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Dr Tedros, le controversé patron de l'OMS à l'origine de la polémique sur Mugabe

Tedros Adhanom Ghebreyesus a été élu le 23 mai 2017 à la tête de l'OMS. Il a pris ses fonctions le 1er juillet.
Tedros Adhanom Ghebreyesus a été élu le 23 mai 2017 à la tête de l'OMS. Il a pris ses fonctions le 1er juillet. Fabrice Coffrini, AFP

Élu en mai dernier à la tête de l'OMS, l'Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus a déclenché un tollé en nommant, avant de renoncer, Robert Mugabe ambassadeur de bonne volonté. Mais, avant même cette polémique, le "Dr Tedros" était controversé.

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Derrière le Dr Tedros, Mister Adhanom ? Cinq mois presque jour pour jour après avoir été élu à la tête de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, alias Dr Tedros, a fait l’unanimité... contre lui. En cause : sa décision, annoncée mercredi 18 octobre en Uruguay, de nommer Robert Mugabe, au pouvoir au Zimbabwe depuis 1980, "ambassadeur de bonne volonté de l’OMS". Un titre essentiellement honorifique justifié, selon le directeur général de l'OMS, par le fait que le Zimbabwe est un "pays qui place la couverture universelle en matière de santé (...) au cœur de ses efforts pour apporter des soins à tous".

"Risible", "ridicule", "absolument inacceptable", "surprenant et décevant", ont aussitôt dénoncé de nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme ainsi que plusieurs pays. Sous la pression internationale, le rétropédalage a eu lieu, sans empressement. Samedi, l'OMS tentait encore de légitimer la nomination de Mugabe par les efforts du Zimbabwe contre le tabac et les maladies non transmissibles. Finalement, dimanche, le Dr Tedros indiquait, dans un bref communiqué, "avoir décidé de revenir sur cette nomination"… non sans avoir consulté le Zimbabwe.

La polémique ne va pas contribuer à redorer le blason de l’OMS : l’agence des Nations unies spécialisée dans la santé publique est régulièrement critiquée pour son opacité. Par ailleurs, personne n’a oublié la lenteur de l’organisme à réagir à l'épidémie de fièvre Ebola qui a fait plus de 11 000 morts en Afrique de l'Ouest en 2014 et 2015, sous le mandat de celle qui a précédé le Dr Tedros, Margaret Chan.

Premier africain à prendre la tête de l’OMS dans l’histoire de l’organisation, fondée il y a près de 70 ans, le Dr Tedros est un personnage contrasté. Ses partisans mettent en avant son brillant parcours   il est titulaire d’un master en immunologie des maladies infectieuses à l'université de Londres et d’un doctorat en santé communautaire à l’université de Nottingham – et son bilan comme ministre de la Santé de l’Éthiopie de 2005 à 2012. De fait, il est crédité pour avoir fait chuter de plus de 50 % la mortalité maternelle et infantile dans le pays. Les décès dus au VIH, au paludisme et à la tuberculose ont aussi drastiquement reculé.

Voilà pour le côté face. Côté pile, il a été accusé par l’entourage de David Nabarro, son rival britannique dans la course à la tête de l’OMS, d’avoir passé sous silence trois épidémies de choléra en Éthiopie en 2006, 2009 et 2011.

"Hautes fonctions au sein d'un gouvernement répressif"

En matière de droits de l’Homme, sa place, jusqu'en 2016, au sein de l’appareil d'État éthiopien posent question. Il était ministre des Affaires étrangères lorsqu'en novembre 2015 et en août 2016, notamment, des manifestations avaient été réprimées dans le sang par les forces de l'ordre, causant la mort de centaines de personnes.

Interrogé sur les violations des droits de l’Homme en Éthiopie lors de la campagne pour l’élection à la direction générale de l’OMS, l’intéressé avait fait valoir que ces maux étaient ceux d’"une démocratie naissante".

"Parmi les neuf directeurs généraux qu’a connu l'OMS, le Dr Tedros détonne par ses hautes fonctions au sein d’un gouvernement répressif", écrivait aussi en juin 2017 Lawrence Gostin, un universitaire américain, considéré comme un proche de David Nabarro.

Emprisonnée pendant quatre ans en Éthiopie, la journaliste Reeyot Alemu, qui vit désormais en exil aux États-Unis, voit, elle, le directeur général de l'OMS comme "l’un des pires violeurs des droits de l’Homme". Dans une lettre adressée à l’OMS lors de la campagne, elle avait dénoncé le manque de soins médicaux qu’elle avait reçu dans les geôles éthiopiennes alors même qu’elle souffrait d’une tumeur au sein. Pour la journaliste, l’élection du Dr Tedros à la tête de l’OMS était à même de "ternir la réputation" de l’organisme.

Autant d’ombres autour de la candidature du Dr Tedros qui avaient contribué sur Twitter, au succès, lors de la campagne, du mot-clé #NoTedros4WHO ("Non à Tedros à l’OMS").

Ce qui fait aujourd’hui dire à Yoseph Badwaza, responsable Afrique de l’ONG Freedom House, basée à Washington : "N'y a-t-il pas un peu d'hypocrisie de la part d'un monde qui a choisi le Dr Tedros pour diriger l'OMS à faire mine d'être étonné que celui-ci désigne Mugabe comme ambassadeur de bonne volonté ?"

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