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"Stranger Things 2" : si vous saviez tout ce que fait Netflix pour que vous regardiez sa série

Noah Schnapp, Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo et Caleb McLaughlin, les héros de "Stranger Things 2".
Noah Schnapp, Finn Wolfhard, Gaten Matarazzo et Caleb McLaughlin, les héros de "Stranger Things 2". Netflix

En exclusivité en France, Mashable FR a pu entrer dans la matrice de Netflix à quelques jours de la sortie de la saison 2 de "Stranger Things" – entre storytelling, innovation technologique et algorithmes personnalisés.

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Netflix distille ses secrets de fabrication avec parcimonie, au gré de son envie. Et alors que la toute-puissante plateforme de streaming aux 110 millions d’abonnés s’apprête à dévoiler les épisodes de la très attendue saison 2 de la série "Stranger Things", elle a accepté de lever le voile sur quelques-uns des rouages de sa mécanique.

En compagnie d’une poignée d’autres journalistes internationaux, Mashable FR a pu échanger avec Todd Yellin, vice-président en charge de l’innovation produit chez Netflix, Denny Sheehan, directeur de la localisation des contenus et du contrôle qualité, et Tim Ives, directeur de la photographie sur les deux saisons de "Stranger Things".

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Du tournage en 8K avec du matériel dernier cri à l’importance du casting des voix de doublages pour les pays non-anglophones jusqu’au choix de la vignette qui s’affichera sur votre page d’accueil le jour de la sortie, voilà tout ce que fait Netflix pour être sûr de vous scotcher devant la saison 2 de "Stranger Things", vendredi 27 octobre. Ou du moins tout ce que l'entreprise a bien voulu nous révéler.

Filmer pour tous les écrans

Bien sûr, "Stranger Things" c’est avant tout un superbe scénario sorti tout droit des cerveaux des frères Matt et Ross Duffer – inspirés par leur amour pour les films de Steven Spielberg et Stephen King dans les années 1980 –, porté par un casting d’enfants acteurs impressionnants. Et si l’histoire a une portée universelle, il fallait que les images l’aient aussi. Les abonnés de Netflix regardent leurs séries depuis une multitude de supports : télévisions, ordinateurs, consoles de jeu, smartphones, tablettes… et chacun d’entre eux doit pouvoir être captivé par la série, peu importe la taille de son écran.

Pour que la magie opère, Tim Ives, directeur de la photographie sur les deux saisons, explique que même si ces considérations n’ont "pas dicté [leur] façon de tourner", "l’essentiel des images de la série sont composées de façon à ce que l’impact émotionnel soit le même que vous la regardiez sur un grand ou un petit écran". Plutôt que de placer des petits détails loin dans le champ, les réalisateurs ont par exemple préféré des plans où les personnages se rapprochent de plus en plus du cadre.

1 200 heures de contenus en 4K et plus de 200 heures en HDR

Pour une plateforme qui affiche désormais au compteur 1 200 heures de contenus en 4K et plus de 200 heures en HDR – "attendez-vous à en voir encore plus en 2018", souffle Todd Yellin, vice-président –, la qualité de l’image est tout sauf un détail. Alors Netflix a mis les moyens qu’il fallait. "On a tourné la saison 2 avec une nouvelle version de la caméra RED qu’on avait pour la saison 1. Elle était sortie une semaine avant qu’on débute le tournage, et je crois que seul Michael Bay en avait un exemplaire à ce moment-là, raconte Tim Ives. Puis on a fait beaucoup de tests pour trouver la combinaison parfaite entre cette caméra de très haute définition et des lentilles pour adoucir l’image et donner l’impression qu’on avait filmé dans les années 80". Pour cette saison 2, le directeur de la photographie promet une ambiance "un peu plus colorée, plus nineties, plus 'Terminator 2' que 'E.T.'".

En plus de ces images "tournées en 8K pour une extraction en 7K", l’équipe a aussi utilisé des drones ce qui n’était pas le cas dans la saison 1. Ajoutez à cela une post-production en HDR et voilà que l’univers pourtant volontairement sombre de "Stranger Things" affiche une profondeur de contrastes impressionnante.

Les doublages et sous-titres, moteurs de la globalisation

Le 27 octobre, Netflix sort donc les neuf épisodes de la saison 2 de "Stranger Things" en simultané dans 190 pays dans le monde. Mais tous ces spectateurs ne les regarderont pas en version originale. Loin de là. La plateforme a remarqué que par rapport à d’autres séries comme "House of Cards" par exemple, "Stranger Things" est particulièrement plus regardé en version doublée. Ainsi en France, 70 % des visionnages de la saison 1 se sont faits en VF. En Italie, ce pourcentage atteint même les 84 %.

Denny Sheehan, directeur de la localisation des contenus, assure avoir passé un temps fou à caster à l’étranger les voix des enfants pour un rendu au plus proche de l’intention et du ton originaux. Tout en optant souvent pour des voix auxquelles le public local est habitué. La voix brésilienne du jeune Mike, Arthur Salerno, est une vraie star du doublage : il était Anakin dans "Star Wars : la menace fantôme", Jack dans "Black Ish" et Kubo dans "Kubo et l’armure magique".

Et si Netflix s’applique pour les doublages, c’est sur les sous-titres que le bât blesse encore. Denny Sheehan jure qu’il veille à standardiser la traduction de certains termes spécifiques (comme le fameux "Demogorgon") et fournit une liste de recommandations aux traducteurs. Reste que n’importe qui, amateur ou professionnel, peut postuler pour s’occuper de ces traductions – à la simple condition de réussir un test d’anglais sous forme de QCM soumis par un algorithme via la nouvelle plateforme Hermes de Netflix. Ce qui conduit parfois à quelques traductions hasardeuses.

En tout, la saison 2 de "Stranger Things" sera disponible dans 22 langues, doublages et sous-titres compris. Et Netflix promet d’ajouter des langues supplémentaires en fonction des usages et des besoins de ses abonnés.

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La science de la valorisation

Une fois le contenu produit, reste à le promouvoir sur l’interface de Netflix. On sait depuis longtemps que le géant du streaming maîtrise l’art des algorithmes et de l’A/B testing pour personnaliser au mieux la page d'accueil de chaque abonné – on vous l’avait déjà raconté en détails sur Mashable FR. Plutôt que de catégoriser sa série dans une seule case, Netflix rangera la saison 2 de "Stranger Things" dans la rubrique "science-fiction", "drame" ou "policier" selon ce que vous regardez le plus. Idem pour la vignette d’illustration : elle change en fonction de vos goûts pour que même les amateurs de documentaires soient captés par le visuel de "Stranger Things". Ce tableau montre ainsi les images qui ont attiré le plus de clics sur la saison 1 dans les différentes "communautés de goûts" des abonnés Netflix :

Mais la plateforme va-t-elle vraiment respecter vos goûts au point de se priver de promouvoir son super-show sur l’interface de ses quelque 190 millions d’abonnés ? Admettons que j’ai pour habitude de ne regarder que des documentaires français sur le sport, ma page d’accueil va-t-elle vraiment faire abstraction de "Stranger Things 2" ? On a posé la question à Todd Yellin, le vice-président en charge de l’innovation produit, et voilà ce qu’il nous a répondu : "'Stranger Things' ne sera pas le seul nouveau contenu à sortir ce jour-là. Oui ce sera sans doute le plus gros, parce que c’est devenu un tel phénomène populaire. Mais si on pense qu’un documentaire ou un drame indépendant qui sort la même semaine plairait mieux à certains abonnés, c’est celui-ci qui sera en haut de leur homepage."

Binge-watcher sans accrocs

Ça y est, on arrive au bout du processus, au moment où vous avez cliqué, bien décidés à binge-watcher cette deuxième saison. Les abonnés Netflix veulent pouvoir commencer à regarder une série sur leur télévision, poursuivre sur une tablette dans leur lit et la terminer le lendemain matin sur leur smartphone dans les transports en commun. Alors pour que l’expérience de binge-racing (un mot inventé par Netflix pour désigner ceux qui terminent une série dans les 24 heures après sa sortie) soit parfaite, tout problème de connexion doit être évité.

Un streaming capable de s'adapter chaque minute à notre puissance de connexion

Bien sûr il y a les chanceux, équipés d’une télévision 4K et d’une connexion très haut débit, qui profitent de la meilleure qualité d’image, et puis il y a ceux, minoritaires, qui optent pour le téléchargement hors-ligne. Pour tous les autres, la plateforme payante se doit de fournir un streaming parfait et d’éviter l’énervant buffering ou temps de chargement. À coup de centaines de millions de dollars d’investissement en recherche et développement, les ingénieurs du groupe ont mis en place un streaming capable de s’adapter d’une minute à l’autre pour ajuster la qualité d’image à notre puissance de connexion. Et ils travaillent actuellement sur un système d’encodage pensé pour les devices mobiles qui fait varier la densité de pixels d’un plan à l’autre sur l’écran pour économiser des bits. De façon à ce qu’un Américain devant son écran géant vive (presque) la même expérience qu’un Indien sur son smartphone devant "Stranger Things 2".

Netflix ne communique pas sur le détail de ses investissements (on sait juste qu’elle a misé 6 milliards de dollars sur la production originale en 2017), mais une enquête du magazine Variety a évalué que chaque épisode de la saison 2 de "Stranger Things" aurait coûté 8 millions de dollars de production à la plateforme. Soit plus de 70 millions de dollars au total.

Alors si Tim Ives, le directeur de la photographie des deux saisons de "Stranger Things", tient à préciser que "jamais l’esthétique n’a été sacrifiée" au profit de la technique ou du marketing, Netflix a tout intérêt à optimiser un maximum son contenu auprès de ses 110 millions d’abonnés. Et de donner envie à de nouveaux fans de s’abonner.

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