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Kurdistan irakien : les mauvais calculs de Massoud Barzani

Le président kurde a annoncé qu'il quittera ses fonctions le 1er novembre.
Le président kurde a annoncé qu'il quittera ses fonctions le 1er novembre. Safin Hamed, AFP

Il se rêvait comme le père de l’indépendance du Kurdistan irakien. le président de la région autonome, Massoud Barzani, a décidé de jeter l’éponge après la crise ouverte provoquée par le référendum qu'il avait organisé le mois dernier. Portrait.

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Une page s’est tournée dimanche 29 octobre au Kurdistan autonome irakien, avec le départ inévitable du président du Gouvernement régional (GRK), Massoud Barzani, annoncé au cours d’un discours télévisé.

Contraint de jeter l’éponge après son pari raté d’arracher, voire d’imposer, l'indépendance contre vents et marées, la chute est rude pour ce chef de guerre, qui a longtemps rêvé de devenir le père de l’indépendance des Kurdes d’Irak. Un peuple dont le destin est indissociable de l’histoire prestigieuse de sa famille.

Un nom respecté

Né en 1946, Massoud Barzani est le fils de Moustafa Barzani. Ce dernier, guide religieux, chef de clan et commandant militaire, était issu d’une dynastie de religieux, de combattants et de leaders politiques originaires de Barzan, une localité nichée dans le nord de l’Irak. Leader traditionnel, Moustafa Barzani reste à ce jour l’une des principales figures historiques du mouvement indépendantiste kurde. À sa mort, en 1979, il laisse derrière lui un nom respecté, ainsi qu'un lourd héritage moral et politique.

Massoud Barzani, alors à la tête du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), fondé par son père, et patron des services de renseignement kurdes, reprend le flambeau familial, aux côtés de son frère aîné Idris (décédé en 1987). Au fil des années, alors que le rêve indépendantiste kurde pâti des guerres intestines avec le camp rival des Talabani et des persécutions du régime de Saddam Hussein, il devient aussi incontournable que le célèbre habit kaki des peshmerga, qu'il aime revêtir pour rappeler son passé militaire.

En 2005, son élection à la présidence du Kurdistan autonome le propulse sur le devant de la scène et lui permet de s’imposer comme l’interlocuteur privilégié des puissances occidentales. Sous ses différents mandats, ce territoire connaît un essor fulgurant, alors que le reste de l’Irak souffre d’une violence et d’une instabilité chroniques, au point de devenir un eldorado, jusqu’à la chute des prix du pétrole en 2014.

"Les obligés des Barzani se comptent par milliers"

Décrit comme têtu et opportuniste par ses détracteurs, Massoud Barzani est accusé d’avoir enraciné l’hégémonie de son clan sur le Kurdistan grâce à un système de corruption généralisé et un clientélisme en vigueur à tous les niveaux de la société. "Commandants militaires, businessman, intellectuels et hauts fonctionnaires, les obligés des Barzani se comptent par milliers au Kurdistan", rapporte un homme d’affaires installé dans la région, sous le sceau de l’anonymat.

D’aucuns estiment que le leader à la moustache grise s’est montré impatient et imprudent en imposant l’organisation du référendum du 25 septembre sans aucun appui international. Pas même celui de l’ami américain, allié des Kurdes contre les jihadistes de l’organisation État islamique (EI).

 >> À voir : Le référendum au Kurdistan était une "erreur colossale"

Les plus durs d'entre eux le jugent calculateur, promettant l’indépendance à son peuple, malgré les vents contraires, en espérant s’accrocher au pouvoir, alors que son mandat, qui avait expiré en 2013, a été prolongé à deux reprises. Dans son camp, on assure que le chef n’a agi ni par ambition personnelle ni par calcul politicien, mais bel et bien pour saisir une occasion inespérée de proclamer l’indépendance.

Des Kurdes aussi divisés qu’isolés

Plus d’un mois après la victoire pourtant massive du oui lors de "son" référendum, le constat est impitoyable pour Massoud Barzani et amer pour les Kurdes. Non seulement ils ont perdu des zones disputées, notamment la région pétrolière de Kirkouk, surnommée la "Jérusalem kurde", qui représentait quasiment la moitié des revenus de la région autonome, mais ils sont aussi divisés qu’ils sont isolés sur la scène internationale.

Le Premier ministre du Kurdistan, Nechirvan Barzani.
Le Premier ministre du Kurdistan, Nechirvan Barzani. SAFIN HAMED / AFP

Pour se défendre de ce fiasco, de cette erreur de calcul géopolitique, Massoud Barzani a rejeté la responsabilité de cet échec retentissant sur les autres partis kurdes, qu’il a accusés de "haute trahison". "Je suis le même Massoud Barzani. Je suis un peshmerga et je continuerai à aider mon peuple dans sa lutte pour l'indépendance", a-t-il promis.

Avec ce départ en catimini, il serait toutefois fort imprudent d’annoncer le crépuscule des Barzani, tant cette famille reste très ancrée dans les arcanes du pouvoir. Le neveu de Massoud, Nechirvan Barzani, fils d’Idris, est un Premier ministre populaire et charismatique. Son propre fils Masrour, est, depuis 2012, à la tête du Conseil national de sécurité qui chapeaute les forces de sécurité de la région.

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