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EUROPE

Allemagne : prêt à négocier, le SPD refuse d’être instrumentalisé par Merkel

© John MacDougall, AFP | Le président du SPD Martin Schulz a déclaré lors d'une conférence de presse le 24 novembre 2017 qu'il était ouvert à des discussions pour former une coalition gouvernementale avec Angela Merkel.

Texte par Anne-Diandra LOUARN

Dernière modification : 25/11/2017

Longtemps opposés à former une nouvelle coalition avec les conservateurs d’Angela Merkel, les sociaux-démocrates du SPD envisagent finalement de discuter. Il y a une semaine, les négociations avec les libéraux et les Verts avaient échoué.

On efface tout et on recommence. Après l’échec cuisant des négociations pour une coalition gouvernementale en Allemagne entre les conservateurs du bloc CDU-CSU, les libéraux du FDP et les Verts, le Parti social-démocrate (SPD) a accepté d’entrer à la table des discussions.

“Dans un appel solennel, le président de la République a demandé à tous les partis de discuter. Nous ne refuserons pas”, a déclaré dans la soirée du vendredi 24 novembre, le chef du SPD Martin Schulz. Les membres du parti seront toutefois appelés à voter, a-t-il fait savoir, pour avaliser toute participation à une nouvelle coalition gouvernementale de quatre ans avec les conservateurs.

Jusqu’à présent, il était hors de question pour le SPD de reformer une grande coalition avec la CDU-CSU d’Angela Merkel comme celle qu’a connue l’Allemagne entre 2013 et 2017. Le parti martelait même, il y a encore quelques jours, son empressement à passer dans les rangs de l’opposition.

>> À lire : Merkel, l'indéboulonnable chancelière, chancelle

Pressions du président pour convaincre le SPD

Mais devant l’impasse politique dans laquelle s’enfonce l’Allemagne, le président de la République Frank Walter Steinmeier – qui en vertu de la Constitution a la responsabilité de guider le processus pour désigner un nouveau chancelier – a exercé d’importantes pressions sur le SPD ces derniers jours. Lui-même ancien ministre social-démocrate, Steinmeier veut éviter de convoquer de nouvelles élections, estimant que la responsabilité de former un nouveau gouvernement “ne peut simplement être renvoyée aux électeurs”. Plusieurs entretiens en tête à tête entre le président et les leaders des partis sont en cours.

En attendant, huit semaines après les élections législatives, les Allemands ne savent toujours pas à quoi ressemblera leur prochain gouvernement. De même pour Bruxelles qui s’impatiente et se voit contrainte de remettre à plus tard d’importantes décisions à l’échelle européenne en l’absence notoire de Berlin. Lors du scrutin fin septembre, le bloc conservateur CDU-CSU a obtenu le score décevant de 33 % des suffrages, tandis que le SPD avec 20,5 % a signé le plus mauvais résultat de son histoire. Les libéraux du FDP et les Verts ont grappillé respectivement 10,7 % et 8,9 %, la gauche radicale 9,2 %, et enfin 12,6 % pour l’extrême droite (AfD), dont la percée historique leur permet une entrée inédite au Bundestag.

>> À lire : Angela Merkel coincée par la percée des nationalistes

Déjà grand perdant des législatives, le SPD pourrait encore plus souffrir “si le parti donne l’impression qu’il évite ses responsabilités” en refusant de discuter d’une éventuelle coalition, estime l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, dans une longue tribune signée de la main de huit éditorialistes. À titre personnel, Martin Schulz a tout intérêt à éviter un nouveau scrutin, “on le voit mal se représenter pour le poste de chancelier après sa mauvaise campagne et un tel échec”, poursuivent-ils.

“Ne pas devenir l’instrument d’accession au pouvoir de Merkel”

“Pour s’en sortir, le chef des sociaux-démocrates devra faire des demandes extrêmement exigeantes auprès d’Angela Merkel si de nouvelles négociations pour une coalition débutent”, selon le Spiegel. Or, après quatre ans à gouverner de concert avec la CDU-CSU, le SPD a déjà fait adopter un bon nombre de ses réformes-clé, tels que le salaire minimum et la diminution de l’âge du départ en retraite à 63 ans.

Le parti a laissé entendre par la voix de la leader social-démocrate au Bundestag, Andrea Nahles, qu’il refusait d’être “un simple instrument d’accession au pouvoir pour Angela Merkel”. Reste à s’accorder sur une ligne directrice forte à imposer à la chancelière. Et les négociations risquent d’être longues. “Toute décision précipitée n’aidera personne. Il va y avoir beaucoup de discussions à partir de maintenant, prévient Johannes Kahr, chef de file de la frange conservatrice du SPD. “Avant de se tourner vers une nouvelle élection, nous nous devons d’épuiser toutes les options”, ajoute-t-il. “Les partis et les groupes parlementaires ont le devoir, particulièrement en ces temps difficiles, de prendre les choses avec précaution, étape par étape”, renchérit Achim Post, chef du groupe Rhénanie-du-Nord - Westphalie au Parlement.

>> À voir : La montée des populismes, une menace pour l'UE ?

Peu emballé par la perspective d’un nouveau scrutin, mais surtout ouvertement contre une grande coalition avec la CDU-CSU, Martin Rabanus, le porte-parole de l’aile plus pragmatique du parti s’en remet au président pour “mener calmement des discussions” et trouver une sortie de crise. Angela Merkel et Martin Schulz seront reçus ensemble jeudi prochain par le président Steinmeier.

Première publication : 25/11/2017

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