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Comment YouTube France s'engage pour faire plus de place aux femmes sur sa plateforme

Les onze créatrices de la deuxième édition de l'initiative "Elles font YouTube", entourées de Vanessa Brias et Nadja Anane au YouTube Space Paris.
Les onze créatrices de la deuxième édition de l'initiative "Elles font YouTube", entourées de Vanessa Brias et Nadja Anane au YouTube Space Paris. Thomas Bismuth / YouTube France

Mashable FR a passé un peu de temps au YouTube Space Paris lors de la deuxième édition de l'initiative "Elles font YouTube" qui incite les femmes à prendre leur place sur la plateforme.

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En 2016, Google faisait le constat que sur les 100 chaînes françaises les plus suivies, 13 seulement étaient tenues par des femmes. La plateforme de vidéos, encore jeune et qu’on pensait donc plutôt novatrice, n’est en fait que le reflet des inégalités entre hommes et femmes de toute notre société. Pire encore que l’inégalité de représentation, YouTube relaie aussi bien souvent des stéréotypes de genre selon lesquels les femmes ne seraient légitimes que sur des thématiques "de femme" comme la mode ou la beauté, quand l’humour ou la science seraient réservés aux hommes. "YouTube, c'était une feuille blanche, ça aurait pu être une image de société à réinventer où les femmes feraient aussi des jeux vidéo. C'est très triste de voir qu'on y reproduit exactement les mêmes schémas", relevait ainsi le youtubeur Guilhem, "MasculinSingulier", pour Slate.

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Face à ce constat, YouTube France a lancé la saison dernière l’initiative "Elles font YouTube" qui propose à une dizaine de youtubeuses de venir passer trois jours au YouTube Space de Paris pour un genre de bootcamp de la création. Et de rempiler pour une deuxième saison, qui s’est tenue du 23 au 25 novembre dernier, à laquelle Mashable FR a assisté en partie. "En fait, on aimerait créer un mouvement, une émulation pour avoir in fine plus de diversité sur YouTube, autant en termes de genre que de thématique", explique Charles Savreux, porte-parole de Google France.

Lutter contre le manque de légitimité

Ce jeudi matin-là dans les studios de YouTube, onze "créatrices" (c’est comme ça qu’on nomme les youtubeuses dorénavant) ont rendez-vous pour trois jours qui s’annoncent intensifs. Objectif : faire connaissance, pitcher des idées, se mettre d’accord sur l’écriture, attribuer des rôles à chacune et finir le tournage d’une ou plusieurs vidéos d’ici le surlendemain. Pour venir à bout de leurs idées et de leurs envies, les filles peuvent compter sur l’aide de Nadja Anane, chef opératrice, et Vanessa Brias, productrice, qui comptent bien "donner envie aux filles de se dire qu’elles sont légitimes".

"J’ai l’impression que ma pire barrière, c’est moi-même"

Car souvent, c’est le sentiment de légitimité qui coince. "J’ai l’impression que ma pire barrière, c’est moi-même", confie Fanny Malek qui officie sur la chaîne d’humour Fannyfique et sur Madmoizelle. "Il m’est déjà arrivé de ne pas oser participer à une discussion ou un débat sur un sujet de société parce que j’avais peur de ne pas avoir assez de culture générale". Même discours pour Eloïse Callet, de la chaîne pour enfants Kidi Fun, qui s’est longtemps interdit de s’adresser aussi aux adultes : "Lorsqu’on choisit la cible des enfants, on se persuade qu’il y a une certaine image à respecter. Alors je me mettais des barrières. Je me demandais toujours : est-ce que j’ai le droit de faire autre chose ?"

Et lorsque cette autodisqualification se voit confortée par des commentaires négatifs et souvent violents, la situation se cristallise. "En fait sur YouTube, on est beaucoup plus exposés qu’au cinéma ou à la télévision. On se livre et on reçoit en direct les retours. À cause de l’anonymat, il peut y avoir des phénomènes de lynchage public qui rendent la problématique différente", concède Nadja Anane.

Eloïse Callet, de la chaîne Kidi Fun, témoigne avoir été la cible de nombreuses critiques : "Quand on est une fille sur YouTube, on veut nous coller une étiquette. Et quand on ne matche pas avec ces étiquettes préconçues, on se prend des réflexions. Moi par exemple, on m’a reproché d’être une nunuche et critiqué ma façon de m’exprimer lorsque je m’adresse aux enfants. Et j’ai aussi eu des commentaires très négatifs sur mon physique parce que je n’ai pas forcément envie d’être super sexy alors que les femmes sont hypersexualisées sur YouTube."

"De la même façon qu’on n’a pas envie d’entendre 'tu cours comme une fille', on ne veut pas faire 'des vidéos comme des filles'

Alors avec "Elles font YouTube", la plateforme s’emploie à "prendre par la main" les youtubeuses pour les encourager à créer sans considération de genre. "Le fait est qu’hélas, il y a une difficulté plus grande pour les femmes sur YouTube, de par le fait qu’elles sont plus souvent insultées en commentaires, et que c’est plus difficile pour une femme de s’exposer physiquement que pour un homme", condède Nadja Anane. "Cette inégalité existe et c’est pour ça qu’on fait cet événement. Mais l’idée, maintenant qu’on est dedans, c’est d’oublier toute cette histoire et de créer des choses. De la même façon qu’on n’a pas envie d’entendre 'tu cours comme une fille', on ne veut pas faire 'des vidéos comme des filles'. On veut juste faire des vidéos."

Des vidéos non excluantes

En cette fin de mois de novembre, alors que l’affaire Weinstein a mis la question du harcèlement des femmes au centre de l’actualité et que les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc continuent de recueillir des témoignages du monde entier, le sujet est forcément évoqué pendant le brainstorming des onze créatrices. Lorsque l’une d’entre elles propose une vidéo mettant en scène des femmes qui harcèlent des hommes, la productrice Vanessa Brias rappelle l’importance de "veiller à ce que le traitement et le propos soient intelligibles et non excluants. Il ne faut pas que ce soit un lynchage inversé. Je pense que le combat se mènera lorsque justement on inclura tout le monde et que ce sera une réflexion collective et complètement dégenrée".

Au final, les filles feront finalement le choix d’évoquer "avec subtilité et humour" toutes ces situations où les femmes doivent "faire semblant". "On est parties sur l’idée d’une école où on t’apprend à faire semblant pour être une femme en société : comment crier devant une araignée, comment simuler un orgasme, comment s’exciter devant un sac à main… Et à la fin, on découvre que dans la même école, il y a une classe pour les mecs, où ils apprennent à ne pas pleurer devant Titanic", nous raconte Fanny Malek.  En tout, trois concepts différents pour trois vidéos ont été réalisés par les participantes – des vidéos qui devraient être mises en ligne début 2018, une fois le montage et la post-production finalisés.

D'autres initiatives existent

S’il est louable que YouTube itself s’empare du combat pour la parité et contre les stéréotypes sur sa plateforme, d’autres initiatives tout aussi intéressantes œuvrent dans le même sens. Créée au printemps 2016, l’association Les Internettes "encourage et valorise la création féminine sur YouTube". Leur documentaire "Elles prennent la parole", sorti en avril 2017, avait permis de faire entendre les nombreux témoignages de vidéastes femmes, parmi lesquelles Natoo et Marion Seclin, sur la plateforme. Le salon de youtubeurs Video City consacrait lui une conférence aux "femmes sur YouTube" lors de son édition 2017 avec la participation de Camille Ghanassia et Sophie Garric qui réalisent "des vidéos faites par, pour et avec des meufs" sur leur chaîne Le Meufisme.

Reste maintenant à voir si ces initiatives auront des conséquences pérennes sur la plateforme où sont visionnées chaque jour plus d’un milliard d’heures de vidéos. YouTube France n’a pas encore réactualisé son classement des 100 créateurs et créatrices les plus suivis. Mais Donatien Bozon, le responsable du YouTube Space Paris, est optimiste : "Lorsqu’on se penche sur la fréquentation du Space Paris, on a la plus forte proportion de créatrices dans le monde."

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