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"Nazi VR" : comment la réalité virtuelle a pu faire condamner un criminel nazi 70 ans après Auschwitz

Un extrait de "Nazi VR", réalisé par David Freid.
Un extrait de "Nazi VR", réalisé par David Freid. David Freid/MEL Films

Le Web-documentaire "Nazi VR" revient sur le rôle décisif qu'a joué la réalité virtuelle dans le procès de l'ancien garde d'Auschwitz Reinhold Hanning. "Faire voir le camp tel qu'il l'avait vu", voilà le tour de force réussi par cette technologie.

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Le 17 juin 2016, l’Allemand Reinhold Hanning, 94 ans, ancien SS et garde à Auschwitz-Birkenau, est condamné par le tribunal de Detmold à cinq ans de prison pour "complicité dans l’extermination d’au moins 170 000 Juifs", entre janvier 1943 et juin 1944. Mené soixante et onze ans après la Seconde Guerre mondiale, ce procès, qui aura duré quatre mois, pourrait bien rester dans l’histoire comme le dernier d’un criminel nazi.

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"La réalité virtuelle est un excellent outil pour définir de manière objective ce que l’accusé pouvait voir"

Une chose est sûre, il fut en tous cas le tout premier procès à avoir fait usage de la réalité virtuelle en pleine salle d’audience. En 2015, la police judiciaire de Munich (LKA), en Bavière, a mis au point une technologie capable de fournir une reconstitution 3D très précise des baraquements, des chambres à gaz, des salles crématoires ou encore des parties extérieures du plus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich. Pour y parvenir, les enquêteurs se sont appuyés à la fois sur des photographies d’époque, des images aériennes actuelles et des scans laser effectués sur le terrain. C’est bien cette reconstitution virtuelle qui a permis à la cour d’affirmer que Reinhold Hanning ne pouvait ignorer le fait que des gens étaient exécutés à quelques mètres de lui, dans des chambres à gaz ou sous les balles.

Le Web-documentaire "Nazi VR", réalisé par David Freid et mis en ligne le 12 décembre dernier par la maison de production MEL Films, revient ainsi sur cette intervention inédite de la technologie dans le procès de Hanning, décédé en mai dernier. Durant 17 minutes, on apprend comment la VR a pu faire basculer le verdict, alors même que l’accusé, âgé de 21 ans au moment des faits, avait toujours prétendu ne jamais avoir été au courant, en tant que surveillant, des crimes perpétrés à Auschwitz. "La réalité virtuelle est un excellent outil pour définir de manière objective ce que l’accusé pouvait voir", y explique David Freid.

Casque sur la tête, experts, procureurs et jurés présents dans la salle d’audience ont pu se déplacer dans les allées du camp tel qu’il était dans les années 1940, au pan de mur, au poteau ou à l’arbre près – autant d’éléments qui auraient pu d’une manière ou d’une autre limiter le champ de vision de l’accusé. En octobre 2016, Ralf Breker, l’expert en imagerie numérique du LKA, expliquait à l’AFP qu'"à [sa] connaissance, il n’existe pas de modèle plus exact qu’Auschwitz." "C’est beaucoup plus précis que Google Earth", déclarait-il à l’époque.

Un rôle capital dans d'éventuels futurs procès

C’est Johann Breyer, un mécanicien né en Tchécoslovaquie et exilé aux États-Unis, soupçonné de complicité dans le meurtre de plus de 200 000 Juifs à Auschwitz, qui a incité en 2014 la justice allemande à développer cet outil inédit. En effet, Breyer mourut au mois de juin de cette année-là, à l’âge de 89 ans, avant d’avoir pu être extradé vers l’Allemagne et jugé pour ses actes. Grâce à cette reconstitution 3D, la responsabilité de Breyer aurait peut-être pu être établie sans équivoque.

À l’heure actuelle, des dizaines d’anciens nazis pourraient eux aussi, avec l’aide de la VR, être enfin reconnus coupables de leurs crimes. Dont certains encore vivants. Le jour où tous ces dossiers seront clos, la LKA envisage de prêter sa modélisation 3D au mémorial de l'Holocauste Yad Vashem, à Jérusalem, ou à celui d'Auschwitz. Mais Ralf Breker reste prudent, car la mise à disposition du public d’un tel "objet" présente des risques, notamment celui de l’utilisation malveillante de ces images. En 2016, il confiait à l’AFP que son "cauchemar" serait que ces données servent à la création d’un jeu vidéo. À la rentrée 2017, "Witness : Auschwitz", une réplique du camp en VR permettant de "faire l’expérience" de l’Holocauste, réalisée à partir de photos et de témoignages, était dévoilée par le studio italien 101% Believe Virtual Reality. Une simulation soutenue par l’Union des communautés juives d’Italie.

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