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FRANCE 24

2017 : Les mots qui ont fait l'actu

© France 24

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Guillaume GUGUEN

Dernière modification : 30/12/2017

De #balancetonporc à "Rohingya", tour d’horizon non exhaustif des termes qui ont marqué l’année 2017.

 

• #balancetonporc

D’abord circonscrite aux milieux hollywoodiens, l’onde de choc provoquée par les affaires Harvey Weinstein se répand rapidement à l’ensemble de la société américaine. Sur les réseaux sociaux, des milliers de femmes et d’hommes - célèbres ou anonymes - décident de briser le silence en faisant part, via le hashtag #metoo, des agressions sexuelles dont elles et ils ont été victimes.

En France, c’est le terme #balancetonporc qui sert de relais aux témoignages. En trois jours, le mot-dièse rassemble plus de 150 000 messages sur Twitter. Dans certains d’entre eux, l’identité du ou des agresseurs y est révélée.

Depuis, pas un jour ne se passe sans qu’une personnalité issue du monde de la politique, des médias ou du spectacle ne soit accusée de harcèlement et/ou d’agressions sexuelles. Alors que beaucoup se félicitent de cette libération de la parole, certains dénoncent une incitation à la délation.

La multitude des révélations provoque en tous cas une prise de conscience obligeant les pouvoirs publics à réagir. En France, le gouvernement d’Emmanuel Macron a présenté en novembre un plan destiné à lutter contre les violences sexuelles. Preuve de l’ampleur du mouvement, le magazine "Time" a désigné "celles et ceux qui ont brisé le silence" personnalités de l’année. Tandis que le dictionnaire Merriam-Webster a élu "féminisme" mot de 2017.

>> À voir dans l'émission ActuElles : #Balancetonporc bouscule et dérange la société française

 

• "Despacito"

Vous ne possédez pas le disque, n’avez jamais regardé son clip ni entendu parler de son interprète et, pourtant, vous sifflotez "Despacito" dans les allées du supermarché. Rien d’inquiétant (quoique) : vous avez affaire à un tube planétaire. Depuis sa mise en ligne sur YouTube en janvier dernier, le clip de la chanson des Portoricains Luis Fonsi et Daddy Yankee a en effet été vu près de 4,5 milliards de fois. Ce qui en fait la vidéo la plus vue de tous les temps. Et le phénomène musical de l’année.

Comme tous les tubes qui s’imposent à notre inconscient musical, on fredonne "Despacito" sans en connaître le sens profond. Gênant ? Jugez-en vous-même : "Despacito", qui signifie "doucement", est en fait une délicate ode à la séduction homme-femme. Une œuvre à la sensualité toute métaphorique dans laquelle on peut entendre ces fort jolis vers : "Doucement, je veux lentement te déshabiller de mes baisers, m'inscrire sur les murs de ton labyrinthe, et faire de ton corps tout un manuscrit". Le reste est à l’avenant.

Méga succès oblige, le hit reggaeton a fait l’objet de nombreuses reprises, dont une de Justin Bieber et une autre signée Nicolas Maduro, le président vénézuélien. Si Luis Fonsi a apprécié la première, il a, semble-t-il, un peu moins goûté la deuxième qu'il a qualifiée de "propagande".

"Despacito" aura surtout permis à San Juan, la capitale portoricaine, de devenir une attraction touristique. Charmés par les façades colorées qui figurent dans le clip, des milliers de visiteurs étrangers se sont rendus cet été sur les lieux du tournage : le quartier populaire de La Perla. Les retombées financières auront été toutefois de courte durée puisque fin septembre les ouragans Irma et Maria ont dévasté la région.

>> À lire sur MashableFR : "Siri a confondu "Despacito" avec l'hymne national de la Bulgarie"

 

• Marché aux esclaves

On pensait le terme et la pratique à jamais révolus... Le 14 novembre, la chaîne américaine CNN diffuse des images montrant une vente aux enchères d’êtres humains. La scène se passe en Libye, où des exilés subsahariens sont cédés à des "propriétaires" pour moins de 400 euros. Si de nombreux migrants africains faisaient déjà état de ce type de trafic sur le continent, c’est la première fois qu’une vidéo en montre l’existence.

La diffusion des images déclenche un déluge de réactions internationales. À Paris, Berlin ou encore Bamako, des citoyens se rassemblent devant les ambassades libyennes pour dénoncer cette énième horreur des routes migratoires. Chez les dirigeants politiques, on rivalise d’indignation pour dénoncer, à l’instar d’Emmanuel Macron, un "crime contre l’humanité".

De son côté, le haut-commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad al-Hussein, pointe également la responsabilité de l'UE, qui coopère avec la Libye pour stopper l'arrivée de migrants.

Fin novembre, à la faveur du sommet Europe-Afrique, plusieurs pays africains s’engagent à organiser le rapatriement des migrants détenus en Libye. Une mission d’autant plus délicate que le nombre d’illégaux subsahariens est difficile à déterminer. Selon Moussa Faki, le président de la Commission de l'Union africaine (UA), ils seraient "entre 400 000 et 700 000".

>> À lire sur InfoMigrants : "Plongée dans l’enfer d’un 'ghetto' d’esclaves en Libye"

 

• Perlimpinpin

"Le monopole du cœur", "Vous avez tout à fait raison, Monsieur le Premier ministre", "Moi, président"… À chaque débat de l’entre-deux-tours de l'élection présidentielle, sa petite phrase emblématique. Celui de l’élection 2017 n'a pas coupé à la tradition avec la "poudre de Perlimpinpin", réplique d’Emmanuel Macron envoyée à son adversaire Marine Le Pen. Sous ses airs gentiment désuets, la formule se veut une charge peu amène : selon le dictionnaire, la "poudre de Perlimpinpin" n’est rien d’autre qu’un "remède de charlatan".

La sortie de celui qui n’était pas encore président aura en tous cas permis de remettre l’expression au goût du jour. Suivant le circuit classique du "buzz", "Perlimpinpin" a ainsi fait son entrée dans les "trend topics" de Twitter (comprendre : les sujets les plus discutés sur le réseau social) avant de finir sa course comme imprimés pour t-shirts, mugs et tote-bags tendance.

Mais "Perlimpinpin" symbolise surtout le goût d’Emmanuel Macron pour les formules susceptibles de générer du bruit médiatique. Sur ce terrain rhétorique, le jeune président français n’aura pas ménagé ses efforts. Entre "jupitérien", "start-up nation", "bienveillance", ou encore "Make our Planet Great Again", on ne compte plus les mots ou expressions aujourd’hui indissociables de la dialectique macroniste.

>> À lire sur RFI : "'Perlimpinpin', 'schlague' : Le Pen et Macron ne se sont pas épargnés"

 

• Puigdemont (Carles)

Encore inconnu du grand public il y a un an, Carles Puigdemont est devenu en quelques jours le visage de l’indépendantisme catalan. En tant que président de la communauté autonome, il est celui qui a organisé le référendum du 1er octobre sur l’autodétermination de la Catalogne. La consultation, jugée illégale par Madrid, déclenche l’une des plus graves crises politiques que l’Espagne ait connues depuis la fin du franquisme.

Engagé dans un bras de fer avec le pouvoir central, Carles Puigdemont gagne d’abord la bataille médiatique : le jour du vote, l’intervention musclée des forces de l’ordre, contre des électeurs notamment, choque une grande partie de l’opinion publique européenne. Mais sur le terrain politique, c’est Madrid qui remporte la mise. Les mauvaises conditions du scrutin jettent le trouble sur les résultats qui donnent une victoire du "oui" à plus de 90 %.

Faute de soutien du roi Felipe VI et des autres pays de l’UE, les leaders indépendantistes se retrouvent rapidement isolés. Madrid met la Catalogne sous tutelle et émet un mandat d’arrêt contre les organisateurs du référendum, dont Puigdemont qui trouve refuge à Bruxelles.

L’avenir politique de l’ancien dirigeant catalan est aujourd’hui très compromis. Car si les élections régionales du 21 décembre lui ont été favorables, la réconciliation avec Madrid semble encore loin.

>> À lire : "Carles Puigdemont, l'inconnu de Gérone qui fait trembler Madrid"

 

• "Remontada"

Il n’aura fallu que sept minutes aux joueurs de FC Barcelone pour accomplir l’une des plus incroyables exploits du football européen. Et infliger, au passage, la plus sévère claque sportive jamais reçue par le Paris-Saint-Germain.

Le soir du 8 mars, en huitième de finale retour de la Ligue des champions, le club catalan parvient à éliminer son adversaire parisien alors qu’il avait perdu 4 à 0 à l’aller. Avec six buts au compteur, dont trois inscrits dans les sept dernières minutes, le Barça accomplit une "remontada" ("remontée" en espagnol) historique que ses supporters eux-mêmes n’avaient osé espérer.

Au-delà de son aspect purement sportif, la "remontada" devient synonyme d’humiliation pour un PSG qui bénéficie de substantiels fonds qataris mais souffre d’un déficit de culture footballistique dite "de la gagne". Soucieuse de réparer l’affront, la direction du club entreprend une politique d’achats de joueurs très offensive lors du mercato d’été. Pour un montant record de 220 millions d’euros, le PSG parvient ainsi à débaucher du Barça l’un de ses anciens bourreaux, le Brésilien Neymar. L’étoile montante du football hexagonal, Kylian Mbappé, le rejoindra quelques jours plus tard.

Entre-temps, la "remontada" s’est installée dans le langage courant. Le terme sert à désigner les renversements de situations - souvent désespérées. Avant le premier tour de la présidentielle française, les partisans du candidat Benoît Hamon, au plus mal dans les sondages, se sont ainsi pris à rêver d’une "hamontada". Au final, le socialiste ne récoltera que 6,36 % des suffrages, soit le plus mauvais score jamais enregistré par le PS lors d’une présidentielle.

>> À voir : "Barça-PSG : 7 minutes, c’est le temps qu’il faut pour…"

 

• "Rocket Man"

La solennité de l’endroit ne l’a pas impressionné. Pour sa première intervention à la tribune des Nations unies, le 19 septembre, Donald Trump est resté fidèle à son verbe. Faisant fi du langage diplomatique d’ordinaire en vigueur dans l’enceinte, le président américain évoque le dirigeant nord-coréen, Kim Jong-un, en l’appelant "Rocket-Man" ("l’homme-fusée").

L’invective pourrait prêter à sourire s’il n’était question, dans cette crise, de menace nucléaire. Depuis le début de 2017, le régime de Pyongyang multiplie en effet les tirs de missiles afin de prouver sa puissance nucléaire. Face aux provocations nord-coréennes, le locataire de la Maison Blanche réplique à coups de tweets rageurs contre Kim Jong-un. Lequel riposte avec le même sens de la mesure. Quand le premier promet "la colère et le feu", le second prédit "un déluge de feu".

La guerre des mots entre les deux dirigeants atteindra son apogée lorsque Donald Trump, visiblement offensé d’être traité de "vieux", qualifie l’homme fort de Pyonyang de "petit gros".

En marge de ces algarades publiques, les diplomates essaient d’arrondir les angles. À la mi-décembre, le secrétaire d’État américain, Rex Tillerson, se dit prêt à entamer des discussions avec Pyongyang "sans conditions préalables". De son côté, la Corée du Nord faisait savoir par l’entremise d’un responsable onusien qu’elle était d'accord sur la nécessité "d'éviter une guerre" avec les États-Unis.

>> À voir : "Donald Trump et Kim Jong-Un : qui saura raison garder ?"

 

• Rohingya

Les autorités de Rangoun ne veulent même pas entendre parler du mot. Lors de sa visite en Birmanie en novembre, le pape François lui-même n’a pas osé le prononcer de peur d’attiser la colère des extrémistes bouddhistes. De fait, le terme "rohingya" est tabou dans le pays puisque le pouvoir birman dénie le caractère ethnique de cette minorité musulmane.

Aujourd’hui, les Rohingya représentent la plus grande population apatride du monde depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, sous le régime militaire. Victimes de discriminations, ils n'ont pas de papiers d'identité, ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation. Et ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics comme les écoles et hôpitaux. Amnesty international a récemment évoqué une situation d'"apartheid".

Depuis août dernier, près d'un million d’entre eux ont fui l'ouest de la Birmanie où l’armée mène une campagne de représailles consécutive à des attaques de la jeune rébellion rohingya. Les Nations unies estiment que cette répression militaire est "un exemple type de nettoyage ethnique". Début décembre, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a pour sa part déclaré qu'il existait des "éléments de génocide".

L'armée, qui nie toute représailles contre les civils, évoque un bilan de moins de 400 morts, tous des "terroristes". Mais l’organisation Médecins sans frontières (MSF) estime que 6 700 Rohingya ont été tués entre août et septembre.

"Apartheid", "nettoyage ethnique", "génocide"… les mots aujourd’hui liés à celui de "rohingya" renvoient au pire de l’horreur étatique. L’association d’idées est d’autant plus troublante qu’elle se joue dans un pays dirigé par la lauréate d’un prix Nobel de la paix : Aung San Suu Kiy.

>> À voir : "La haine des extrémistes bouddhistes envers les Rohingya"

Première publication : 30/12/2017

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