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La répression de Tiananmen en 1989 aurait fait 10 000 morts selon une archive britannique

Un étudiant pro-démocratie demande aux soldats de rentrer chez eux, le 3 juin 1989, sur la place Tiananmen, à la veille de la répression à Pékin.
Un étudiant pro-démocratie demande aux soldats de rentrer chez eux, le 3 juin 1989, sur la place Tiananmen, à la veille de la répression à Pékin. Catherine Henriette / FILES / AFP

Près de 10 000 morts, des étudiants écrasés par des chars, des blessés achevés… Un télégramme secret envoyé le 5 juin 1989 par l'ambassadeur britannique à Pékin livre un récit cauchemardesque de la répression de Tiananmen, en 1989 en Chine.

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Des documents déclassifiés par les Archives nationales britanniques jettent une lumière crue sur la répression des manifestation de la place Tiananmen, en juin 1989 à Pékin, au cours de laquelle près de 10 000 personnes auraient été tuées, selon un télégramme secret envoyé le 5 juin 1989 par Alan Donald, alors ambassadeur de Grande-Bretagne à Pékin.

L'estimation est presque 50 fois plus élevée que celle transmise par le régime chinois à l’époque, qui avait affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avait fait 200 morts chez les civils et "plusieurs dizaines" du côté des forces de l'ordre.

Un témoignage d'une violence terrifiante

Le rapport d'Alan Donald livre un témoignage terrifiant de la violence qui s'est déchaînée dans la nuit du 3 au 4 juin, lorsque l'armée a atteint la gigantesque place Tiananmen, cœur symbolique du pouvoir communiste, occupée par les manifestants. "Les étudiants ont cru comprendre qu'ils avaient une heure pour évacuer, mais après seulement cinq minutes, les blindés ont attaqué", rapporte alors Alan Donald. Ils "ont été taillés en pièces".

"Les blindés de transport de troupes de la 27e Armée ont ouvert le feu sur la foule (…) avant de lui rouler dessus. [Les blindés ont] roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une 'pâte', avant que les restes ne soient ramassés au bulldozer. Restes incinérés et évacués au jet d'eau dans les égouts", rapporte l’ambassadeur en style télégraphique. "Quatre étudiantes blessées qui imploraient d'être épargnées ont reçu des coups de baïonnette."

Le télégramme de l'ambassadeur Donald
Le télégramme de l'ambassadeur Donald HK01

>> À lire sur France 24 : "Bannie de Chine, la mémoire de Tiananmen survit à Hong Kong"

Alan Donald cite pour source une personne dont le nom est caché, mais qui a obtenu ses informations d'un "ami proche, actuellement membre du Conseil d'État", le gouvernement chinois.

Selon le document, la répression a engendré des tensions au sein de l'armée, le commandant militaire de la région de Pékin refusant de fournir nourriture et casernes aux soldats venus des provinces pour ramener l'ordre. "Certains membres du gouvernement considèrent que la guerre civile est imminente", affirme l'ambassadeur.

Ces documents ont été déclassifiés en octobre selon la BBC. La BBC, qui elle-même note sur son site que des documents ont été repris par le site d'information de la chaîne d'information hongkongais, HK01.

De 10 000 morts à 3 400 morts ?

Cette évaluation du nombre de morts a été jugée crédible par un ancien leader étudiant, depuis naturalisé américain, Xiong Yan, interrogé par l’AFP, ainsi que par le sinologue français, Jean-Pierre Cabestan, qui rappelle que des documents déclassifiés ces dernières années aux États-Unis ont abouti au même ordre de grandeur. Le régime "avait perdu le contrôle de Pékin", rappelle ce dernier.

Un second ancien leader étudiant, Feng Congde, établi aux États-Unis, évoque toutefois un autre télégramme envoyé trois semaines plus tard par l'ambassadeur Donald, ramenant le nombre de morts entre 2 700 et 3 400. Feng Congde, juge cette deuxième estimation "assez fiable", relevant qu'elle recoupe celle faite à l'époque par la Croix-Rouge chinoise (2 700 morts) et par les comités étudiants eux-mêmes auprès des hôpitaux.

En janvier 2017, le quotidien britannique The Independent s’était déjà fait l’écho de télégrammes déclassifiés de l’ambassadeur Alan Donald qui, deux semaines avant les faits, prévenait Londres que de potentiels "bains de sang" pourrait advenir.

Avec AFP

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