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Alabama: Roy Moore refuse toujours de concéder sa défaite contre un démocrate

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Washington (AFP)

Le candidat républicain malheureux au Sénat dans l'Alabama, Roy Moore, a déposé un recours de dernière minute contre la victoire retentissante de son adversaire démocrate, Doug Jones, qui doit être officialisée jeudi.

L'élection du 12 décembre avait provoqué un mini-séisme aux Etats-Unis, car jamais depuis 25 ans un démocrate n'avait été élu dans ce bastion conservateur, où Donald Trump l'avait largement emporté face à Hillary Clinton l'an dernier.

Mais Roy Moore, un ancien magistrat ultra-conservateur accusé d'agressions sexuelles sur des adolescentes il y a plusieurs décennies, a refusé de reconnaître qu'il avait perdu. A contre-courant de son parti et du président américain, qui a lui-même félicité le démocrate.

Roy Moore a déposé un recours tard mercredi soir devant un juge de Montgomery, demandant une décision en référé pour empêcher les autorités de l'Alabama de certifier les résultats jeudi.

Mais sa requête a été rejetée par un juge, selon des journalistes de médias locaux, une demi-heure avant la cerfication prévue des résultats, à 13H00 (19H00 GMT).

"Doug Jones sera certifié comme le vainqueur à 13 heures", a martelé John Merrill, secrétaire d'Etat de l'Alabama, sur CNN. "Nous signerons les documents certifiant qu'il est sénateur de l'Alabama. Il prêtera serment devant le vice-président (Mike) Pence le 3 janvier, au début de la prochaine session du Sénat".

Dans sa plainte, Roy Moore affirme que les autorités locales n'ont pas suffisamment enquêté sur d'éventuelles fraudes électorales, notamment sur une publicité jugée diffamatoire et diffusée avant le vote.

Il fournit également les analyses "statistiques" de trois experts, dont un à la réputation de théoricien du complot, qui concluent que Roy Moore a obtenu un nombre de voix "invraisemblable" dans certains bureaux de vote habituellement républicains, dans le comté de Jefferson.

John Merrill, qui est républicain et supervise les élections dans l'Etat, a expliqué que la plupart des plaintes pour fraudes sur lesquelles ses services avaient enquêté étaient fantaisistes: les cinq cars d'électeurs noirs venus du Mississippi voisin n'existaient pas, tout comme les trois minivans de Mexicains soi-disant venus voter illégalement. Ou encore cette ville, "Borderlama", qui aurait eu deux fois plus de bulletins de vote que d'habitants... mais qui n'existe pas.

- Roy Moore isolé -

Roy Moore cite aussi le témoignage d'une femme ayant travaillé dans un bureau de vote de Montgomery où, selon elle, il y avait un nombre anormalement élevé d'électeurs blancs ou porteurs de pièces d'identité de Géorgie ou de Caroline du Nord, et non d'Alabama - sous-entendu, des militants démocrates venus voter illégalement dans un autre Etat que le leur.

Mais Roy Moore est isolé, les républicains étant pressés de tourner la page d'un épisode qui a déchiré le parti entre l'establishment et l'aile emmenée par le populiste trumpiste Stephen Bannon.

Au Congrès, les chefs parlementaires ont pris acte de la défaite, qui va ramener la majorité sénatoriale de 52 à 51 sièges, sur 100, à partir de janvier.

M. Jones a obtenu 49,9% des voix et M. Moore 48,4%, sur 1,3 million de bulletins.

Roy Moore avait perdu son avance dans les sondages après la publication par le Washington Post, un mois avant le scrutin, d'accusations de femmes pour des faits remontant aux années 1970 et 1980.

Le recours contient d'ailleurs une attestation de M. Moore "déclarant qu'il a passé avec succès un test au polygraphe (détecteur de mensonges) qui a confirmé que les allégations de mauvaise conduite faites à son encontre durant la campagne étaient totalement fausses".

Agé de 70 ans, Roy Moore avait été élu deux fois président de la Cour suprême de l'Alabama, fonction dont il a été déchu deux fois: la première en 2003 pour avoir refusé de retirer d'un bâtiment judiciaire une statue de deux tonnes en l'honneur des Tables de la Loi; la seconde en 2016, après avoir défié la Cour suprême des Etats-Unis en refusant d'appliquer sa décision légalisant le mariage homosexuel.

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