FRANCE

Saint-Étienne-du-Rouvray : Mediapart pointe un raté du renseignement

Des passants déposant des fleurs devant l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 29 juillet 2016, trois jours après l'assassinat du père Hamel.
Des passants déposant des fleurs devant l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray, le 29 juillet 2016, trois jours après l'assassinat du père Hamel. AFP

Selon Mediapart, une note signalant des messages menaçant d'un des futurs auteurs de l'attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray n'est jamais arrivée aux services compétents. La police aurait même postdaté des documents pour étouffer le raté.

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L’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray aurait-il pu être évité ? C’est ce que laisse penser une enquête du site d’information Mediapart selon laquelle le renseignement parisien aurait négligé des messages menaçants d'un des auteurs de l'attaque qui a coûté la vie au père Jacques Hamel le 26 juillet 2016. Circonstance aggravante : d’après le site, le service aurait antidaté des documents pour se couvrir.

Tout commence le 21 juillet, soit cinq jours avant l'attentat, lorsqu’un policier de la Direction du renseignement parisien (DRPP) rédige à l’attention de la Direction générale des services intérieures (DGSI) une note faisant état d’un certain Adel Kermiche, 19 ans, dont des propos publiés sur la messagerie Telegram évoquent une "attaque dans une église". La ville de Saint-Étienne-du-Rouvray est mentionnée.

Coincé dans les tuyaux

Problème : la fiche de signalement n’arrivera jamais à la DGSI. La faute à un trop long circuit de transmission de l’information au sein de la DRPP. Selon Mediapart, pas moins de quatre échelons hiérarchiques doivent approuver les notes avant leur envoi à la DGSI. "Ils veulent tout contrôler tout ce qu’on produit mais ne nous font pas confiance, ni même entre eux, rapporte un policier au site d’information. Cela crée un goulet d’étranglement, des notes restent en souffrance…" Et en cette période estivale, plusieurs chefs sont en vacances et la note sur Adel Kermiche reste dans les tuyaux de la DRPP.

Pendant ce temps, Adel Kermiche et Abdel-Malik Petitjean commettent l’attentat à l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray. "Une fois le prêtre assassiné, la DRPP a alors postdaté deux documents afin de masquer sa passivité", accuse Mediapart, laissant par ailleurs entendre que cet attentat aurait pu être évité.

Aucun "ciblage d'un lieu précis"

La préfecture de police (PP), dont dépend la DRRP, a rejeté ces accusations dans un communiqué. Selon elle, la note, datée du 22 juillet, n'évoque "en aucun cas [...] l'imminence d'un passage à l'acte, et encore moins le ciblage d'un lieu précis". "Cette note, qui ne comportait pas de caractère d'urgence et s'inscrivait dans le travail de détection quotidien du service, a suivi le circuit habituel de validation", ajoute la PP.

Selon la préfecture, cette note identifiait simplement un individu donnant des cours à la mosquée de Saint-Étienne-du-Rouvray, appelant "sur les réseaux sociaux, ‘les fidèles’ à le rejoindre dans le but de former un groupe à vocation terroriste" et faisant part de "sa volonté de se rendre en Syrie pour rejoindre les rangs de Jabbat-Al-Nosra".

Lorsque l'attentat a lieu le 26 juillet, "le rédacteur de la note a immédiatement fait le lien avec l'individu qu'il avait identifié", indique le communiqué. "Sans délai, la DRPP a informé oralement les services enquêteurs et a rédigé une nouvelle note datée du 26 juillet", affirme la préfecture. "Les deux documents originaux, enregistrés et traçables dans les serveurs de la DRPP, sont à disposition de toutes les autorités administratives et judiciaires", ajoute-t-elle.

Me Mehana Mouhou, avocat de deux victimes de l'attentat, a annoncé à l'AFP qu'il allait "solliciter du juge d'instruction la déclassification totale des documents classés secret-défense afin que toutes les pièces soient versées au dossier". "La vérité est due aux victimes", a-t-il ajouté. "Le but du renseignement est de prévenir le terrorisme mais pas de laisser filer et ensuite d'étouffer un raté gravissime", a-t-il estimé.

Avec AFP

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