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Manifestations en Iran : le Conseil de sécurité de l'ONU isole les États-Unis

Le membre de la délégation iranienne, Javad Safaei, écoute attentivement l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Nikki Haley, lors du Conseil de sécurité du 5 janvier.
Le membre de la délégation iranienne, Javad Safaei, écoute attentivement l'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Nikki Haley, lors du Conseil de sécurité du 5 janvier. Drew Angerer, Getty Images, AFP

Les États-Unis se sont retrouvés isolés diplomatiquement au Conseil de sécurité de l'ONU, où plusieurs membres ont estimé, vendredi, que les manifestations en Iran relevaient des affaires intérieures du pays.

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Les manifestations qui ont agité l’Iran du 28 décembre au 2 janvier relèvent de ses affaires intérieures, ont estimé, vendredi 5 janvier, la majorité des États membres du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les États-Unis se sont retrouvés isolés diplomatiquement lors de la réunion du Conseil de sécurité dédiée à la République islamique, qu'ils avaient convoquée. L'occasion pour le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, de dénoncer, samedi 6 janvier, "une autre gaffe" de l'administration Trump de porter cette question devant le Conseil de sécurité.

"Le Conseil de sécurité a rejeté la tentative flagrante des États-Unis de le détourner de son mandat", a écrit Mohammad Javad Zarif dans un tweet. "La majorité du Conseil a souligné la nécessité d'appliquer complètement l'accord nucléaire [conclu entre l'Iran et les grandes puissances en 2015, NDLR] et de s'abstenir de s'ingérer dans les affaires intérieures des autres pays. Une autre gaffe de politique étrangère de l'administration Trump", ajoute-t-il.

"Une ingérence dans les affaires intérieures iraniennes"

Lors du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Iran a pu compter sur le soutien de son allié russe : "C'est à l'Iran de régler ses propres problèmes", a insisté l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, en évoquant "une situation interne [qui] est en train de se normaliser". Le diplomate russe a évoqué des "prétextes fantaisistes" pour la tenue de cette session, en évoquant une "ingérence dans les affaires intérieures iraniennes". Et d'accuser Washington de "gaspiller l'énergie du Conseil".

La Russie a notamment été soutenue au Conseil par la Bolivie, l'Éthiopie et la Guinée équatoriale. Il ne faut "pas saper l'autorité du Conseil, alors que son unité est cruciale", a souligné l'ambassadeur éthiopien, Tekeda Alemu. "La situation iranienne ne menace pas la stabilité régionale", a abondé, de son côté, l'ambassadeur adjoint chinois à l'ONU, Wu Haiteo, en déniant tout rôle au Conseil dans une situation interne à un pays.

Les Européens également partagés

Du côté européen, les prises de position ont aussi montré des divisions. Si le Royaume-Uni a jugé tout à fait légitime une réunion du Conseil de sécurité sur l'Iran, la France s'est montrée beaucoup plus prudente. Cette semaine, Emmanuel Macron avait plaidé la modération et mis en garde contre un risque de "guerre" si les discours belliqueux venus des États-Unis, d'Israël ou d'Arabie saoudite se poursuivaient.

François Delattre, ambassadeur de la France à l'ONU

Vendredi, son ambassadeur à l'ONU, François Delattre, a souligné qu'il fallait observer de la "vigilance" pour la liberté d'expression en Iran mais il ne faut "pas d'instrumentalisation" de la situation iranienne "de l'étranger".

Cette approche mesurée a été partagée par la Suède et le Pérou, autres nouveaux membres non permanents du Conseil.

"Nous ne nous tairons pas"

Les États-Unis avaient insisté, mardi, sur l’organisation d’une réunion du Conseil de sécurité au sujet des protestations, qui ont touché des villes iraniennes pendant environ une semaine et ont fait 21 morts. Pour Nikki Haley, ambassadrice des États-Unis à l’ONU, "le régime iranien bafoue les droits de son peuple". Dans son intervention au Conseil de sécurité, elle a dénoncé les dépenses d'armement iraniennes aux dépens, selon elle, du bien-être de la population. "Le message de ce peuple, c'est : 'Cessez de soutenir le terrorisme !'", a-t-elle assuré en réclamant le rétablissement total de l'Internet en Iran. Un point repris par les Pays-Bas, nouveau membre non permanent du Conseil de sécurité.

"Nous ne nous tairons pas. Les efforts malhonnêtes déployés pour faire passer les manifestants pour des 'marionnettes des puissances étrangères' n'y changeront rien", a ajouté la diplomate.

Dans une lettre adressée mercredi à l'ONU, l'Iran, soutenue par la Turquie, avait déjà dénoncé les "ingérences" des États-Unis à son égard. Des accusations reprises vendredi par son ambassadeur aux Nations unies devant le Conseil de sécurité. Pour certains dirigeants iraniens, c'est la main américaine qui est à l'œuvre derrière le mouvement de contestation, qui a agité son pays depuis le 28 décembre.

Le calme est globalement revenu depuis le 2 janvier, au prix d'un déploiement important de forces de sécurité.

Avec AFP

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