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Découvertes

La "raw water" : quand des Américains s'entichent de l'eau non traitée

© LIVE WATER | Extrait d'une vidéo postée par Live Water.

Texte par Ana BENABS

Dernière modification : 09/01/2018

Depuis quelques mois, les élites de la Silicon Valley n'ont qu'elle à la bouche : la "raw water" ("eau brute", en français) est une eau non filtrée, non stérilisée et non traitée après son prélèvement.

L’entreprise californienne Live Water fait partie des pionnières de la "raw water". Depuis trois ans, elle commercialise ce breuvage qui est devenu la nouvelle lubie de certains Américains souhaitant un "retour aux sources".

VOIR AUSSI : Manger végétarien, bon pour la santé ? Ce que dit, et ce que ne dit pas la science

Live Water prélève de l'eau dans l'Oregon en l'enferme dans une jarre en verre pour la vendre, tout simplement. La page d'accueil de l'entreprise donne la couleur : "La Terre nous offre constamment de l’eau de source, la substance la plus pure qui existe. Nous célébrons cette denrée qui a fait prospérer l’humanité depuis ses débuts. Nous croyons qu’elle est parfaite, telle qu’elle est." 

À la tête de Live Water, un certain Christopher Sanborn qui se fait appeler Mukhande Singh et n'hésite pas à se mettre en scène nu dans la nature pour vendre son produit. Le voilà :

Une longue enquête publiée le 29 décembre par le New York Times explique la folie de la "raw water", dont le prix est à s'arracher les cheveux : 27 dollars l'orbe en verre de 1 L de contenance, et 15 dollars environ pour la remplir, chez Live Water. Cette "vraie eau", comme l'appelle Mukhande Singh, s'arrache au point que sa valeur a presque doublé, rapporte Business Insider. D'autres start-up (Tourmaline Spring dans le Maine, ou encore Zero Mass Water) se sont lancées à l'assaut de ce marché florissant qui attire des investisseurs de la Silicon Valley, toujours à l'avant-garde.

"L'absence d'eau traitée tue des centaines de milliers d'enfants par an"

Derrière les déclarations oniriques de Mukhande Singh se cache un réel danger pour les consommateurs. "L’eau contaminée et le manque d’assainissement entraînent la transmission de maladies comme le choléra, la diarrhée, la dysenterie, l’hépatite A, la typhoïde et la poliomyélite", précise l'OMS dans un rapport publié en juillet 2017. Un graphique publié par le Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies démontre d'ailleurs la corrélation entre l'apparition du traitement de l'eau au début du XXe siècle et la baisse de la mortalité par infection. 

"L'absence de traitement de l'eau tue des centaines de milliers d'enfants chaque année", explique Michelle M. Francl, professeure de chimie de l'Université de Californie à Irvine, au Washington Post. "L'eau potable a fait une telle différence dans la vie des humains que je ne peux pas imaginer pourquoi certains voudraient boire de l'eau toxique et mettre en danger leur santé."

Flou juridique

Comment donc Mukhande Singh réussit-il à convaincre des adeptes de plus en plus nombreux ? Grâce notamment à des arguments issus de théories du complot, affirmant que la fluorine, souvent présente dans l’eau du robinet, serait en fait un moyen de "contrôler la pensée".

Et, si la "raw water" ne peut être conservée que le temps d'un cycle lunaire – un peu moins d'un mois – avant de devenir verte, Mukhande Singh rappelle que cette eau est vivante, et qu'en consommant de l'eau potable "vous enlevez peut-être 99 % des mauvaises choses, mais vous avez une eau morte". Banco, et contre toute logique alimentaire alors que l'eau sert à s'hydrater, pas à se nourrir de ce qu'elle contient.

Lorsque l’on descend tout en bas de la page d’accueil du site de Live Water, un avertissement est présent : "Ces affirmations n’ont pas été approuvées par la Food and Drug Administration. Nos services ne sont pas aptes à diagnostiquer, traiter ou éviter les maladies. Consultez votre médecin avant de passer à la 'raw water'." Une façon de se dédouaner.

L'avocat spécialisé dans la sécurité alimentaire Bill Marler précise à Business Insider que cette lubie pourrait "rapidement devenir meurtrière". Espérons qu'elle cesse avant.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 09/01/2018