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Les théories du complot ont la cote auprès des Français

D'après l'Ifop, 71 % des Français adhèreraient à une théorie du complot.
D'après l'Ifop, 71 % des Français adhèreraient à une théorie du complot. Creative commons

Une étude de l’Ifop publiée dimanche dresse le portrait d’une France très friande de théories du complot. Mais, contrairement aux idées reçues, le résultat reste constant et sensiblement identique à celui des autres pays occidentaux.

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On nous ment, on nous cache tout. "La CIA est impliquée dans l’assassinat de John F. Kennedy", "la Terre est en réalité plate" ou encore "le virus du sida a été créé en laboratoire puis testé sur les populations africaines" : les théories du complot ont la cote auprès des Français, d’après une vaste enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et le site Conspiracy Watch, publiée dimanche 7 janvier.

Seul un Français sur cinq n’adhère à aucune thèse conspirationniste, d’après ce sondage auprès d’un échantillon de 1 252 personnes de plus de 18 ans. Les plus populaires concernent un pacte secret qui lierait le gouvernement français à l’industrie pharmaceutique pour cacher la nocivité des vaccins, les thèses alternatives à la mort de JFK, celles concernant l’origine du sida et la manipulation supposée de l’organisation terroriste État islamique (EI) par les gouvernements occidentaux.

Les plus accros : 25 % des Français

Les auteurs de l’enquête tiennent cependant à relativiser ces résultats. Ils séparent les plus de 50 % des Français qui ne croient qu’à trois théories du complot au maximum. Ceux-là ont une approche critique à l’égard des conspirationnistes. C’est pourquoi, "le ventre mou du pays penche plutôt du côté des non-complotistes", note la Fondation Jean-Jaurès.

Les plus mordus – qui adhèrent à plus de cinq thèses complotistes et sont prompts à croire les versions "non-officielles" des informations – ne représentent "que" 25 % de la population. Un chiffre qui paraît néanmoins important, surtout à l’heure des fake news. Ces Français représentent du pain bénit pour tous ceux qui tentent d’influencer l’opinion à coups de rumeur lancés sur la Toile.

Il n’y a pourtant pas une flambée soudaine de conspirationnisme qui ébranlerait les fondations de la France cartésienne. "Les résultats sont en fait dans la droite ligne d’autres enquêtes passées", souligne Julien Giry, politologue à l’université Rennes 1, contacté par France 24. Le nombre d’accros aux théories du complot est relativement constant, et sensiblement le même que dans les autres pays occidentaux, précise le chercheur.

L’étude de l’Ifop confirme aussi que les théories du complot séduisent quel que soit le niveau d’éducation. L’idée répandue selon laquelle les conspirationnistes se recrutent tout d’abord parmi les couches les moins éduquées de la population "a été démontée depuis les années 70", souligne Pascal Froissart, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris 8, contacté par France 24.

Des jeunes stigmatisés ?

Reste que ce nouveau portrait-robot du conspirationniste français réserve quelques surprises. Il a moins de 35 ans, vote Mélenchon ou Marine Le Pen, et consulte souvent son horoscope.

L’existence d’une fracture complotiste – des jeunes crédules, des vieux plus critiques – a rarement été mise en avant comme dans cette étude. Elle s’explique aisément, d’après Julien Giry. Dans un monde complexe, et parfois angoissant pour des jeunes, "les théories du complot sont rassurantes car elles simplifient les problèmes et donnent un sens", assure cet expert.

"Plus on est jeune, plus on fonctionne en communauté. Les réseaux numériques fonctionnent de la même manière ce qui explique les bulles de filtre (le fait de n'être exposé qu'à une version d'un fait relayée par des amis qui partagent les mêmes opinions), rendant les jeunes plus perméables à ces croyances", ajoute Pascal Froissard.

Mais ces deux experts mettent aussi en garde contre la tentation de stigmatiser les jeunes. "Il ne faut pas assimiler toute critique sociale à une adhésion à des théories du complot", affirme Julien Giry. Ce n’est pas parce que les jeunes vont davantage remettre en cause les "versions officielles" et douter des médias établis qu’ils sont forcément conspirationnistes.

Pascal Froissard va plus loin. Pour lui, l’étude montre surtout que "les jeunes ont des croyances, parfois discutables, mais qui sont normales à cet âge". Il faudrait bien que jeunesse se fasse…

D’une manière plus générale, les deux chercheurs estiment que la méthodologie de l’enquête est parfois sujette à caution. Les sondés ne pouvaient pas, par exemple, choisir l’option "ne se prononce pas", qui est pourtant classique dans les études d’opinion. Pour Julien Giry, il est aussi dommage que les personnes interrogées déclarant n’avoir jamais entendu parler de telle ou telle théorie du complot soit tout de même invitées à dire s’ils y croient ou pas.

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