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#JeremstarGate : les médias critiqués pour leur "silence" à propos de l'affaire à laquelle est mêlé Jeremstar

Capture d'écran C8

Une enquête a été ouverte mercredi par le parquet de Paris après la diffusion d’une vidéo pornographique montrant Jeremstar, une célébrité chez les adolescents français.

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C’est une histoire de vengeance via les réseaux sociaux qui a pris une ampleur considérable chez les adolescents et jeunes adultes. Le célèbre snapchatteur, youtubeur et spécialiste de la téléralité Jérémy Gisclon, aka Jeremstar, est la cible d’un blogueur, Aqababe. Très actif sur les réseaux sociaux, ce dernier accuse Jeremstar de lui avoir volé un "scoop" : des images où Shanna et Adrien, deux candidats de l’émission de téléréalité "Les Anges 10", s'embrassent.

VOIR AUSSI : Comment les chercheurs français ont enfin pris les youtubeurs au sérieux

L’attaque part d'abord sur Twitter, dimanche en fin de journée : "Tu as copié ma story, tu vas le regretter", tweete Aqababe qui diffuse ensuite, cette fois sur Snapchat ainsi que sur Tumblr, une vidéo de Jeremstar en train de se masturber.

L’affaire ne s’arrête pas là. Le jeune homme de 19 ans, qui se présente comme un "rebeu colérique mais talentueux", accuse Pascal Cardonna, un cadre de Radio France âgé d’une cinquantaine d’années, proche de la célébrité, de rapports sexuels avec des mineurs. "Babybel" – son pseudo dans les stories de Jeremstar –, promettait, pour les attirer, de leur faire rencontrer le youtubeur.

Jeremstar, d'habitude très prolixe, reste d'abord totalement silencieux. Mardi, il prend la décision d'annuler une séance de dédicace de son dernier livre, prévue samedi à Pau, et "suspend son activité" au sein de l’émission Salut les Terriens de Thierry Ardisson sur C8, en accord avec la direction de la chaîne. Mercredi, Radio France, où travaille Pascal Cardonna, explique dans un communiqué avoir "pris connaissance par les réseaux sociaux d'accusations très graves" contre son employé. La radio indique que si ces faits étaient avérés, ils seraient condamnables. 20 Minutes apprend de source judiciaire que le parquet de Paris a ouvert une enquête pour atteinte à l'intimité de la vie privée de Jeremstar.

Mercredi, vers 17 h 30, Jeremstar est enfin sorti de son silence en diffusant sur Facebook et Twitter un long communiqué de deux pages où il se dit "profondément bouleversé par les événements qui se sont produits ces derniers jours". Diffuser sa vidéo était "odieux", affirme-t-il. Et de nier en bloc : "On m’accuse d’avoir facilité les supposés agissements de Pascal Cardonna. Je nie. On m’accuse d’y avoir participé. Je nie", martèle-t-il. 

Pascal Cardonna a, de son côté, annoncé à l’AFP avoir porté plainte pour "diffamation et atteinte à la vie privée". Il dénonce des "attaques diffamatoires et mensongères" et précise : "Ma vie privée n’a rien à voir avec mon personnage sur les réseaux sociaux."

Le temps d'inertie des médias dénoncé en ligne

Avant ces derières informations, tout le début de la semaine, de nombreuses personnes ont dénoncé sur les réseaux sociaux le "silence médiatique" à propos de cette affaire. Florilège :

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Certains n'ont pas hésité à écrire, sûrs d'eux, que c’est parce qu’une "personne haut placée dans les médias serait impliquée" que ces derniers tarderaient à couvrir le sujet :

En effet, l'histoire a commencé dimanche soir, mais il a fallu attendre mardi en milieu d'après-midi pour que les premiers médias s'emparent de l'affaire, titrant sur l'annulation d'une séance de dédicaces à Pau (pour Sud-Ouest) puis sur l'arrêt de la participation à Salut les Terriens (pour Le Parisien). 

Pourquoi un tel temps pour se mettre à écrire ?

"Les rédactions qui veulent en parler doivent gérer une immense masse d’infos à vérifier et qu’il s’agit d’un milieu peu connu et exploré jusque-là", explique le journaliste Vincent Manilève, qui écrit parfois pour Mashable FR. Ce dernier fait partie de la petite dizaine de journalistes français a se pencher sérieusement sur les youtubeurs et le monde de la téléréalité.

Il rappelle à juste titre que les médias "ne veulent pas traiter ça comme un blog people le ferait" :

En réponse, Christophe Carron, rédacteur en chef de Slate.fr, résume bien le problème : "Ce sont surtout des gens qui ne savent pas trop comment marche le métier." Et d’ajouter : "Un papier, ce n’est pas reprendre telles quelles les accusations d’un mec chelou sur Twitter."

Mais combien de personnes, qui plus est en grande majorité des adolescents, ont entendu parler de cette histoire avant que le premier article soit publié par une entreprise de presse conventionnée ? Des centaines de milliers ? Un million ? Sur Twitter et Instagram, le hashtag #JeremstarGate a été largement diffusé, des centaines de tweets étaient retweetés et likés plusieurs milliers de fois. Sur Snapchat aussi, réseau fermé très prisé des ados, l'affaire a eu un retentissement énorme. Tous médias sociaux confondus, la société Visibrain affirme avoir compté plus de 300 000 messages postés en 48 heures autour de cette seule affaire.

Quelles solutions ?

Ce que tout cela met en lumière, c'est d'abord la méconnaissance de cet univers des youtubeurs et snapchatteurs par les journalistes des médias mainstream. Certains osent même parler d'un mépris générationnel.

Ensuite, cela rappelle à tout le monde que l’enquête journalistique, notamment lorsque les faits sont graves, a parfois un temps incompressible qui n’est clairement pas celui des réseaux sociaux. La suppression de certains contenus par les plateformes (vidéos et photos suite aux signalements), la fermeture de comptes (Pascal Cardonna a fermé son compte Twitter mardi soir) et le silence radio des mis en cause n'ont pas simplifié le travail des journalistes.

Mais comme l'explique dans un thread sur Twitter la chercheuse et enseignante Marie Peltier, qui travaille notamment sur le complotisme, ce décalage entre la rapide propagation de l'affaire sur les réseaux et l'absence de traitement médiatique rapide et sérieux n'est pas de nature à apaiser la défiance actuelle à l'égard des médias.

Aussi il est urgent que nous, journalistes, réfléchissions à ce que nous pouvons et devons faire dans ce genre de situation. Il nous faut une parade. Car non, le sujet n'a pas été "ignoré" par toutes les rédactions mais le silence a été pris comme tel par le grand public.

L'enjeu est énorme. Car le boulevard, ces 48 heures de quasi black-out médiatique, a été emprunté par des blogs et sites peu sérieux voire nauséabonds qui, en étant les premiers sur le coup, ont créé des contenus qui ont fait autorité sur la Toile et les réseaux auprès d'un public en demande d'informations. 

Quelle est donc la solution pour les médias ? Jouer la transparence en écrivant un article vide de toute information pour qu'il remonte sur Google avec les mots-clés et occupe le terrain pour faire patienter le public ? Expliquer sur Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat que oui, nous journalistes avons vu passer ce sujet qui fait tant parler et que nous débutons notre (peut-être long) travail d'enquête ?

Quoi qu'il en soit, les médias ne peuvent plus se permettre d'attendre lorsqu'une affaire a un tel retentissement sur les réseaux. Ils doivent jouer le rôle d'authentification et de validation de l'info qui est le leur, et dont le jeune public est au final demandeur. Deux jours, en 2018, c'est trop long.

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