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L'Aléna menacé, le Canada se tourne vers le Pacifique pour le libre-échange

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Montréal (AFP)

L'avenir de plus en plus sombre de l'Accord de libre-échange nord-américain (Aléna), dont une nouvelle séance de renégociation a débuté mardi à Montréal, a poussé le Canada à créer la surprise en se tournant vers ses partenaires du Pacifique.

Afin de se mettre à l'abri d'un éventuel échec de l'Aléna, le gouvernement canadien a décidé mardi de rejoindre le partenariat transpacifique, zone de libre-échange réunissant dix autres pays riverains du Pacifique, dont le Mexique, sans les Etats-Unis qui s'en étaient retirés il y a un an à l'arrivée au pouvoir du président Donald Trump.

"L'accord obtenu à Tokyo (mardi) va dans le bon sens", a déclaré depuis Davos (Suisse), le Premier ministre Justin Trudeau, en référence au nouvel Accord de partenariat transpacifique global et progressiste (PTPGP).

A Montréal, le Canada et le Mexique vont tout faire pour éviter que les Etats-Unis mettent à exécution leur menace de se retirer de l'Aléna conclu en 1994 et que le président Donald Trump a qualifié il y a quelques jours "de mauvaise blague".

Les tractations sur l'Aléna ont repris dans un climat tendu après l'imposition la veille par l'administration américaine de taxes douanières sur les machines à laver fabriquées au Mexique et dans d'autres pays d'Asie comme la Corée du Sud, ainsi que des panneaux solaires importés de Chine.

Outre la montée du protectionnisme américain, l'Aléna est menacé par l'absence de progrès notables sur plusieurs dossiers litigieux lors des cinq sessions précédentes de négociations engagées depuis la fin de l'été.

Lundi à la veille du coup d'envoi des discussions, le Canada et le Mexique sont convenus que la sixième ronde serait "critique" pour le processus de négociations "et que des décisions devront être prises concernant certains des thèmes les plus complexes", selon le cabinet du ministre mexicain de l'économie, Ildefonso Guajardo.

"Tout sera sur la table", a aussi confié le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne, en évoquant les 28 des 30 dossiers toujours à négocier.

Les discussions bloquent entre autres sur deux propositions américaines jugées "inacceptables" aussi bien par le Canada que par le Mexique.

L'une est une clause "crépusculaire" ("Sunset" en anglais) permettant d'abroger l'Aléna au bout de cinq ans, l'autre supprimerait le chapitre 19 de l'accord prévoyant la constitution de panels binationaux pour régler les différends en matière de droits anti-dumping et compensatoires.

Le Canada a montré à quel point il tient à tout prix à ce chapitre 19 en l'invoquant vendredi pour contester les droits de douane imposés par les Etats-Unis sur ses exportations de bois et les avions CSeries de Bombardier.

- Fin des quotas? -

Autre dossier épineux, les "règles d'origine" pour l'industrie automobile. L?accord actuel spécifie qu?au moins 62,5% des composants d?un véhicule doivent être fabriqués dans l?un des trois pays signataires de l?Aléna pour que celui-ci soit exonéré de droits de douane.

L'administration Trump propose d'élever ce montant minimum à 85% et exige que 50% des pièces soient d'origine américaine. Cette dernière exigence irrite aussi bien le Mexique que le Canada, mais un compromis reste possible sur le volume de contenu régional, selon plusieurs sources.

Parmi les autres sujets de contentieux, l'administration Trump réclame l'abolition du système canadien de "gestion de l'offre" pour le lait, les oeufs et la volaille, un système de quotas et de contrôle des prix défendu par le Premier ministre Justin Trudeau. Washington souhaiterait également limiter de manière drastique l'accès aux marchés publics américains.

Le Canada et les Etats-Unis "doivent faire des compromis" sinon "les jours de l'Aléna sont comptés", a estimé lundi l'Institut économique de Montréal, un groupe de recherches.

Les discussions doivent durer jusqu'à lundi prochain, faisant de cette séance de négociations la plus longue depuis le début des tractations il y a six mois.

Avant de venir tirer le rideau sur les négociations à Montréal lundi prochain, la ministre canadienne des Affaires étrangères Chrystia Freeland, Ildefonso Guajardo et le représentant américain au Commerce Robert Lighthizer se croiseront cette semaine au Forum économique mondial de Davos. Une occasion pour sauver l'Aléna dans une enceinte où le libre-échange est sacré.

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