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Le rêve européen d’un village sur la Lune commence à prendre forme

Illustration de l'Agence spatiale européenne représentant une base permanente sur la Lune.
Illustration de l'Agence spatiale européenne représentant une base permanente sur la Lune. ESA

Jan Wörner, patron de l'Agence spatiale européenne, plaide depuis longtemps pour la construction d'une base permanente sur la Lune. Nous en avons appris un peu plus sur l'élaboration de ce qu'il envisage comme un "concept ouvert" à toutes les nations.

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Dans "Fondation", la série de science-fiction de référence, écrite par Isaac Asimov à partir de 1942, l’humanité a si bien colonisé la galaxie qu’elle en a oublié où se trouvait la planète mère. Les colonies spatiales sont si nombreuses, si distantes, que la Terre n’est plus qu’un vague souvenir, une sorte de légende oubliée.

VOIR AUSSI : Avant d'installer notre nid douillet sur Mars, il va nous falloir apprendre à construire sur la Lune

Même si l’on ne souhaite pas vraiment perdre de vue cette bonne vieille planète bleue, on se demande si le premier pas vers la conquête du reste de la galaxie ne se situerait pas dans l’installation d’une base permanente sur la Lune. Alors que Mars a longuement occupé les esprits ces deux dernières années, notamment grâce à la très bonne communication de SpaceX, l’Agence spatiale européenne (ESA) a lentement mais sûrement imposé son idée de village extraterrestre sur le plus proche satellite naturel de la Terre. 

Préparer le terrain, convaincre les partenaires de l’ESA

Jan Wörner, patron de l’Agence spatiale européenne, a beau marteler qu’il "ne s’agit pas d’un projet, seulement d’un concept ouvert", comme il l’a longuement souligné lors de la réunion de rentrée de l’ESA avec la presse, l'élaboration de cette base semble déjà bien engagée. En novembre 2016, c’était déjà lui qui, le premier, commença à militer pour une "vision de coopération globale" de conquête de la Lune. Alors, qu’est-ce qui coince pour que les choses se concrétisent ?

Pour construire une base permanente sur la Lune, la première question à résoudre est évidemment celle des moyens et des partenaires. "Nous avons déjà recueilli 150 signatures pour la construction d’un village lunaire, un chiffre qui va s’envoler dans l’année, j'en suis sûr", affirme Jan Wörner. "Nous avons demandé à ces signataires quelles étaient leurs demandes et leurs offres. Ils disent : 'OK, nous avons un robot ou un instrument précis, mais pas de moyen de transport pour la Lune’, alors que nous pouvons l’avoir. Si nous assemblons ces demandes, nous arriverons à quelque chose."

L'ESA a également révélé la tenue d'une étude et d'un questionnaire destinés à ses partenaires, notamment industriels, pour mesurer à quel point ceux-ci pourraient s’impliquer si un tel projet était mis en place. Les deux plus proches collaborateurs nationaux de l’ESA hors de l’Europe, la NASA et Roscosmos, l’agence spatiale russe, se lancent également dans des projets ayant trait à la conquête de la Lune. En mars dernier, la NASA révélait son programme Deep Space Gateway, une station spatiale en orbite autour de la Lune qui devrait devenir une "porte vers l'espace". La construction de la station orbitale est également soutenue par l'ESA, Roscomos, la JAXA et la CSA. Côté russe, on développe actuellement le Lunar-Rusers lander, dit Lunar 27, une mission d'atterrisseur lunaire intégrant des technologies développées par l'ESA.

Un plaidoyer pour un projet spatial mondial

L'obsession martienne partage désormais sa place avec la marotte lunaire. Même Elon Musk, grand manitou de SpaceX et chantre de la conquête martienne, a révélé en septembre dernier ses plans pour une base lunaire. "Nous sommes en 2017, on devrait déjà avoir une base lunaire", s'étonnait-il lors de la présentation de ses nouveaux projets.

L'idée d'un village lunaire pourrait permettre à l'humanité de franchir une nouvelle étape dans la collaboration spatiale

L'idée d'un village permanent sur la Lune présente plusieurs avantages. Pour Jan Wörner, l'intérêt réside d'abord dans le développement de la coopération spatiale internationale, c'est la raison pour laquelle il tient tant à parler de "concept ouvert" et non pas de projet propre à l'ESA. "C'est précisément la nature ouverte de ce concept qui permettrait à beaucoup de nationalités d'aller sur la Lune et prendre part aux travaux, laissant sur Terre toutes les différences d'opinions", écrivait le directeur de l'ESA en 2016. "Nous ne sommes pas les maîtres de la Lune. Nous avons besoin de régulations fondamentales pour la protection de la Lune et pour des fins pacifiques", ajoutait-il lors de la réunion de rentrée de l'agence spatiale.

Après la Station spatiale internationale (ISS), l'idée d'un village lunaire pourrait permettre à l'humanité de franchir une nouvelle étape dans la collaboration spatiale, plaide en substance Jean Wörner. L'ISS devrait d'ailleurs arriver à la fin de son service dans les années à venir. "Nous devons faire face à cette situation et prendre en considération ses différents aspects : qu'est ce que l'ISS nous apporte et qu'est-ce qu'elle ne nous apporte pas ?", s'interroge-t-il encore.

Qu'est-ce qu'un village lunaire apporterait à la science ?

La Station spatiale internationale est, grosso modo, est immense laboratoire en orbite basse autour de la Terre. Des centaines d'expériences y sont menées, dans des domaines aussi variés que la physique des fluides, les microbes, les réactions du corps humain à la vie dans l'espace ou la science des matériaux. Durant son passage dans la station, Thomas Pesquet a par exemple mené une centaine d'expériences différentes.

La Lune pourrait permettre de mener des recherches scientifiques similaires sur un environnement évidemment très différent. Les sujets ne manquent pas. Jan Wörner note que les possibilités d'observation de l'espace qu'offre la Lune sans les interférences des lumières terrestres. Par ailleurs, même si la Lune est notre plus proche voisin, nous manquons cruellement de connaissances sur son fonctionnement et son activité géologique. Les essais sur la résistance du corps humain dans un environnement extraterrestre pourraient aussi prendre de l'ampleur. Avec un projet de base lunaire concret, nous pourrions apprendre à véritablement construire un base scientifique sur une autre planète et devenir une espèce interplanétaire. Enfin, un projet de base lunaire pourrait se coupler avec le Deep Space Gateway, puisque la base serait à proximité immédiate de la station orbitale.

De nombreux scientifiques sont en désaccord avec ces arguments. Jean-Yves Le Gall, président du CNRS, soulignait notamment dans Les Échos : "C'est plus facile de voyager sur la Lune que sur Mars, mais je connais nombre de scientifiques qui travaillent sur Mars et aucun chercheur qui s'intéresse encore à la Lune. On y est déjà allé, on a ramené des centaines de kilos de roches lunaires et on n'a rien trouvé d'intéressant." Mais ces ambitions, entre la Lune et Mars, doivent-elles nécessairement s'opposer ? Dans la communauté spatiale européenne et mondiale, le débat est lancé depuis un moment.

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