Accéder au contenu principal

La France pire que l'Irlande ? Un classement des paradis fiscaux bouscule les idées reçues

Un manifestant dénonce les paradis fiscaux lors du G8 de 2013 en Irlande du Nord.
Un manifestant dénonce les paradis fiscaux lors du G8 de 2013 en Irlande du Nord. Justin Tallis, AFP

Un nouveau classement sur l'opacité financière, publié par l'ONG Tax Justice Network, place les États-Unis, la France et l'Allemagne devant des pays généralement considérés comme des paradis fiscaux.

PUBLICITÉ

Les États-Unis sont devenus le deuxième paradis fiscal au monde aux yeux de Tax Justice Network. Cette ONG de lutte contre l’évasion fiscale place aussi l’Allemagne (7e) et la France (25e) devant l’Irlande, dans son classement sur “l’opacité financière”, publié mardi 30 janvier. N’en déplaise à Angela Merkel ou Emmanuel Macron, cette liste bouscule un bon nombre d’idées reçues sur les centres financiers offshore.

Certes, la Suisse, célèbre pour son secret bancaire, domine ce classement renouvelé tous les deux ans. Mais les “coupables traditionnels” - comme le Panama, Monaco, Andorre ou encore Trinité et Tobago - sont relégués en queue de peloton. La raison : Tax Justice Network ne se contente pas de désigner qui décroche la palme de la ristourne fiscale ou de l’impôt le plus bas. L’ONG prend en compte une dizaine de critères, comme l’opacité du système judiciaire, les lourdeurs administratives et le secret bancaire.

• Les États-Unis en deuxième place. Le cas américain illustre le vieux dicton de l’hôpital et de la charité. Très critique à l’égard des largesses fiscales de certains pays comme le Panama ou la Suisse, Washington ferait bien de balayer devant sa porte, d’après Tax Justice Network.

La facilité avec laquelle il est possible d’y ouvrir des sociétés écrans, à travers des boîtes à lettres au Nevada, des fiducies dans le Wyoming ou dans le Delaware, font des États-Unis un sérieux concurrent des îles Caïmans (3e du classement), de Singapour (5e) et du Luxembourg (6e). “On cite toujours ces trois États américains, mais il y en a bien plus qui offrent ces facilités administratives susceptibles d’être utilisées pour rendre intraçables des flux financiers”, ajoute Markus Meinzer, l’expert qui a dirigé l’équipe de cette ONG en charge du classement.

• Le “paradis” allemand. Moteur économique européen et “boussole” politique de l’Union européenne, l'Allemagne est également plus attirante que les îles Vierges britanniques ou encore Chypre pour qui veut mettre son argent à l'abri, d’après Tax Justice Network.

Pour parvenir à cette conclusion, l’ONG a mis dans la balance deux éléments pour évaluer un pays : l’opacité de son système financier et sa taille financière. Et l’Allemagne pèse lourd. “Le pays accapare 5 % des flux financiers transfrontaliers”, précise Markus Meinzer. Des milliards d’euros sont placés chaque année outre-Rhin. Du coup, la moindre faille dans la réglementation fiscale allemande a des répercussions autrement plus importantes sur la finance offshore qu’une ristourne panaméenne. Et il y en a : “Les règles de déclaration au registre commercial et au cadastre sont trop facilement contournables en Allemagne”, assure l’expert de Tax Justice Network.

• La France pire que l’Irlande. Depuis que les géants du Net, comme Apple ou Google, ont fait de l’Irlande leur terre promise européenne, le pays est régulièrement accusé de servir de paradis fiscal pour multinationales cupides. Pour Tax Justice Network, la France s’en sort, en réalité, moins bien au classement de l’opacité financière… d’une place (25e pour la France, 26e pour l’Irlande).

Là encore, comme pour l’Allemagne, la taille du secteur financier offshore français compte. L’Irlande ne joue, à cet égard, pas dans la même cour. “Il y a, par exemple, énormément d’argent qui vient des anciennes colonies africaines, pas toujours en toute transparence”, note Markus Meinzer. Tax Justice Network n’apprécie pas non plus qu’il “n’existe pas, comme dans d’autres pays, de registre en ligne consultable permettant de déterminer le propriétaire d’un bien immobilier si ce n’est pas sa résidence principale”, déplore Markus Meinzer. Une lacune qui peut trop facilement être utilisée pour dissimuler son argent.

Ce classement rappelle que les petites îles du Pacifique et la Suisse ne sont pas les seules responsables de la dérive fiscale internationale, illustrée par les plus de 20 000 milliards de dollars qui sont, d’après Tax Justice Network, placés dans des centres financiers peu transparents. Il se situe aussi à des années lumières de la liste noire des paradis fiscaux établie par la Commission européenne en décembre 2017. Palaos, les Samoa ou encore la Namibie, mis à l’index par Bruxelles, ne figurent même pas dans le classement de Tax Justice Network. “La liste européenne est d’une immense hypocrisie politique”, assure Markus Meinzer. Pour lui, la décision d’exclure d’office les États-Unis ou des pays européens “décrédibilise totalement la démarche européenne”.

Pour Markus Meinzer, ce classement “montre qu’obliger ces petits pays qui ne pèsent pas grand-chose sur l’échiquier mondial de la finance parallèle ne va pas faire une grande différence, et que les vrais enjeux se situent plutôt au niveau de pays comme les la Suisse, les États-Unis, Hong-Kong, le Luxembourg ou l’Allemagne”.

Cette page n'est pas disponible.

Il semblerait qu'il y ait une erreur de notre côté et que cette page ne soit pas disponible. Nos équipes vont se pencher sur la question pour résoudre ce problème au plus tôt.