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FRANCE

Maisons de retraite : les personnels des Ehpad au bord de la rupture

© Guillemette Jeannot, France 24 | Manifestation pour l'augmentation des effectifs dans les Ehpad, le 30 janvier 2018, à Paris.

Dernière modification : 01/02/2018

Les personnels des maisons de retraite sont descendus cette semaine dans la rue. Ce mouvement inédit et unitaire qui a rassemblé syndicats, patronat et retraités, partout en France, dénonce la dégradation du quotidien dans les maisons de retraite.

Damia, Laura et Olivia, aides-soignantes, pas encore la trentaine, ont choisi ce métier par passion. Elles travaillent dans une maison de retraite à Saint-Maur, en proche banlieue de Paris. Mardi 30 janvier, elles ont manifesté à deux pas du ministère de la Santé. Elles sont venues exprimer leur colère, écrite sur les bandeaux noués autour de leurs têtes : "Ça se dégrade".

C'est pour mettre un coup d'arrêt à cette dégradation que les syndicats de la santé CGT, CFDT, FO, Sud, Unsa, CFTC et CFE-CGC ont décidé, en ce début d’année 2018, d’entrer dans un rapport de force avec le gouvernement pour faire entendre leurs revendications. Comme Damia, Laura et Olivia, les personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et des services à domicile ont répondu présent ce jour-là, dans toute la France, à l’appel de l’intersyndicale. Les salariés des quelques 7 000 établissements privés et publics entendent dénoncer une organisation et des conditions de travail tendues et dégradées : ils pointent du doigt le "sentiment permanent de mal faire son travail" et alertent sur un "épuisement du personnel peu ou pas qualifié". Leurs voix ont été portées par une délégation reçue par le ministère de la Santé, en parallèle de la manifestion. Mais, à ce jour, chacun, État comme syndicats, campe sur ses positions.

Arrêts maladie et accidents du travail en hausse

Les trois jeunes femmes, volontaires mais quelque peu résignées, parlent à France 24 de leur quotidien, qu'elle considèrent comme d’un "travail à la chaîne". "On n'a pas le temps, nous sommes trois aides-soignantes pour 38 résidents, c’est impossible." Et le nombre de résidents ne fait qu'augmenter. Actuellement, ils sont plus de 720 000 à bénéficier de soins en Ehpad ou à domicile, et quand ils arrivent en maison de retraite, ils sont quasiment "tous en perte d'autonomie du fait de leur grand âge (85 ans ou plus en moyenne) et/ou de pathologies handicapantes".

"À bout", certaines de leurs collègues craquent, et il faut attendre un mois pour les remplacer alors Damia, Laura et Olivia prennent sur le temps de congés et viennent travailler encore plus. Fin 2017, la Caisse nationale d'assurance maladie (CNAM) indiquait que l’aide aux personnes âgées est le seul secteur d’activité en France qui voit ses taux d’arrêt maladie et d’accidents du travail augmenter, allant jusqu'à dépasser ceux du BTP.

"Maltraitance institutionnelle"

"Colère" et "mal-être" résument le quotidien de ces aides-soignantes. Les moments de partage disparaissent petit à petit, le personnel est happé dans un cercle vicieux où le temps déshumanise employés et personnes âgées. Angélique, 34 ans, travaille depuis 12 ans dans un Ehpad à Cerny, en région parisienne. Elle avoue en avoir "mal au ventre de cette situation". "J'ai plus le temps de discuter. Demain, on va encore dire à nos résidents de patienter quand ils voudront aller aux toilettes car on n'a pas le temps de les emmener plusieurs fois par jour. C'est incroyable de répondre ça." Sa collègue Christine, 38 ans, animatrice, confirme que tout le monde en pâtit, "car si le résident n’est pas levé, ni lavé, il ne peut pas venir aux ateliers. Alors il se coupe petit à petit de la vie sociale, par notre faute."

Pourtant personne, pas même l'État, ne dément la situation actuelle. La mission parlementaire menée par la députée LREM Monique Iborra, courant 2017, a fait état de l'insuffisance des effectifs et des moyens, rapportant que dans certains Ehpad, on "parle de maltraitance institutionnelle".

"La maison de retraite doit être une continuité dans la vie, pas un mouroir"

Mais aucune de ces aides-soignantes n'est défaitiste. Elles se savent soutenues par les résidents et leurs familles. Certains ont écrit des lettres de soutien, d’autres sont venus mardi soutenir les grévistes. Parmi eux, Bernard a placé son père de 90 ans dans une maison de retraite en décembre dernier. Il a pris le temps de trouver le meilleur établissement pour son père car, selon lui, "il y a à boire et à manger dans les Ehpad. Et cela ne dépend pas du prix, qui peut aller de 1 500 euros à 6 000 euros". Cet aidant a cherché avant tout un établissement qui réponde le mieux à sa philosophie de vie : "Il faut que l'Ehpad soit ouvert sur la vie extérieure, sur la commune, sur la société. Les personnes âgées doivent se sentir encore vivantes et incluses dans la société. La maison de retraite doit être une continuité dans la vie, pas un mouroir."

Un dialogue avec l'État compliqué

Pour faire des maisons de retraite un véritable lieu de vie, ancré dans la société, il faut des moyens. Des moyens financiers, mais surtout humains. Pour l'intersyndicale, il est "indispensable d'arrêter les coupes budgétaires", synonymes de suppressions de postes et donc de dégradation de la prise en charge des résidents. Pour elle, la réforme de la tarification représente près de 200 millions d’euros en moins. Alertée par la Fédération hospitalière de France l’été dernier, la ministre avait alors alloué une enveloppe de 100 millions d'euros auxquels elle a ajouté, le 25 janvier dernier, 50 millions d'euros. Mais pour les syndicats, c'est "un buzz médiatique" : "230 euros par an et par personne, c'est du mépris."

Mardi 30 janvier, la délégation de l’intersyndicale a présenté ses quatre revendications à la chef adjointe du cabinet de la ministre de la Santé :

  • "Un pour un" : un aide-soignant pour un résident, comme le préconise le Plan solidarité grand âge de 2006. Actuellement la moyenne est de 0,6 pour un, voire 0,3 dans certains établissements
  • L'abrogation de la réforme de la tarification des Ehpad qui vise à faire converger notamment d'ici 2023 les dotations entre publics et privés
  • Le maintien des effectifs et l'intégration des contrats aidés
  • Des contrats sécurisés et des carrières valorisées, pour l'ensemble des personnels

Le gouvernement n’a pas répondu à ces quatre revendications comme l’espérait l’intersyndicale. La relation était déjà tendue entre les syndicats et la ministre de la Santé, Agnés Buzyn, qui a récemment déclaré que les difficultés des Ehpad "n’étaient pas qu’une question financière, mais un problème de management, notamment dans les établissements publics". Les excuses attendues par la délégation pour ces propos ne sont pas venues lors de l’entrevue. Ni la décision d'abroger la réforme, qui était un préalable à toute discussion pour l'intersyndicale. Mais pour autant, les représentants syndicaux ont noté que le gouvernement a fait "un petit pas" : il n'y aura pas de réduction du personnel.

Les syndicats réfléchissent à la suite à donner à ce mouvement, déterminés à "ne pas lâcher" car pour eux, c'est "un débat que la société ne peut plus ignorer".

Première publication : 01/02/2018

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