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Procès de Jawad Bendaouad : le combat des voisins du squat de Saint Denis

Jawad Bendaoud dans le box des accusés au palais de justice de Paris, le 24 janvier 2018.
Jawad Bendaoud dans le box des accusés au palais de justice de Paris, le 24 janvier 2018. Benoit Peyrucq / AFP

La deuxième semaine du procès du "logeur de Daesch", Jawad Bendaouad, s'est ouverte mercredi avec les témoignages des parties civiles. Les anciens voisins traumatisés par l'assaut du Raid demandent réparation.

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C'était au tour des parties civiles de venir témoigner à la barre de la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris,  mercredi 31 janvier. Les anciens voisins de Jawad Bendaoud, jugé pour "recel de malfaiteurs terroristes", sont venus raconter leur traumatisme depuis l'assaut des policiers du Raid, le 18 novembre 2015.

À quelques mètres du squat de Jawad Bendaoud à Saint-Denis, qui a servi de planque à deux jihadistes du 13-Novembre, vivaient des locataires, des familles qui tentent aujourd'hui de se reconstruire. Ils n'ont pas été reconnus victimes du terrorisme.

Un assaut désastreux pour les habitants du quartier

La fille de Léandro avait 3 ans le 18 novembre 2015, quand le Raid a mené l'assaut, tôt le matin, contre les jihadistes retranchés dans l'immeuble du 48, rue de la République à Saint-Denis, au nord de Paris. Parmi eux se trouvait Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats du 13 novembre à Paris et Saint-Denis. Elle a aujourd'hui 5 ans et gratte toujours le mur, près de son lit, avec ses ongles pour pouvoir s'enfuir au plus vite si des terroristes arrivent. Sa mère a expliqué au tribunal avoir acheté un grand sac de plâtre pour reboucher les trous.

Léandro, sa femme et leurs trois enfants habitaient dans un appartement donnant sur le squat de Jawad Bendaoud. Les forces armées ont investis leur domicile pour tirer sur les jihadistes. "Les policiers sont rentrés brutalement. On ne savait pas de quoi il s'agissait. Je suis allé à la fenêtre pour voir et les policiers m'ont dit : 'Couchez-vous'". La famille est restée huit heures couchée par terre pendant l'assaut, a raconté cet homme, la voix étranglée par les sanglots.

Charif, lui, habitait sous l'appartement où se sont retranchés les jihadistes. "À 4 h du matin, j'ai entendu une explosion. J'ai regardé par la fenêtre, j'ai vu beaucoup de policiers. J'ai entendu des rafales. (...) On a attendu entre deux et trois heures. J'attendais que quelqu'un tire sur nous, ou que l'appartement tombe sur notre tête", a-t-il raconté. Les policiers sont ensuite entrés dans leur appartement: "Ils nous ont poussés, (...) nous ont mis à terre pour nous contrôler". Charif a reçu un éclat de balle dans l'épaule.

Des victimes collatérales non reconnues

Deux ans et demi après, ces résidents sont toujours dans des hébergements provisoires. Charif est logé par le Samu social, à l'hôtel. Les résidents n'ont pas le droit d'accéder à leur appartement. "Tout est resté là-bas. Les photos de naissance des enfants, les lettres de mon père de 92 ans", a raconté la femme de Léandro, éffondrée, "J'entends toujours la voix de mes enfants : 'Sors-moi d'ici maman'".

Pour certains, travailler est devenu impossible. "Avant, j'avais un emploi, je travaillais. (...) Le jour de l'assaut, j'ai tout perdu", a raconté Léandro. Il dit n'avoir perçu aucune indemnité, à part 250 euros de la mairie de Saint-Denis trois mois après l'assaut. Depuis le 18 novembre 2015, il souffre "énormément d'angoisses" et a perdu l'audition de l'oreille gauche. "Après l'assaut, il y avait énormément de bruit dans ma tête, qui tournait beaucoup. Je travaillais dans le bâtiment et mon chef d'équipe a dit que je ne pouvais pas continuer car c'était trop dangereux". Léandro vit aujourd'hui avec le RSA. Son épouse souffre de problèmes respiratoires. "Au moindre bruit, on se couche par terre. Notre vie, c'est les montagnes russes (...) Avant, on travaillait, on faisait tout pour que (nos enfants) vivent dans de bonnes conditions". En larmes, elle s'est tournée vers Jawad Bendaoud qui lui a dit, les mains jointes, "J'étais pas au courant" (que c'étaient des jihadistes, NDLR), avant de baisser la tête.

Ces anciens voisins se sont présentés devant le tribunal, comme Léandro, "pour être reconnu en qualité de victime du terrorisme", a-t-il déclaré à la présidente, Isabelle Prévost-Desprez.

Avec AFP

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