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Economie

Un investisseur saoudien sauve des cyberespions de mèche avec des régimes autoritaires

© iStock | Un investisseur saoudien dispose de 20 % du controversé groupe italien Hacking Team

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 02/02/2018

De l’argent versé par un mystérieux investisseur saoudien a permis d’éviter la faillite d'Hacking Team, un groupe italien controversé qui vend des logiciels de cybersurveillance massive à des régimes autoritaires.

Hacking Team, l’une des sociétés de cybersécurité les plus controversées au monde, n’existerait plus sans un soutien financier venu d’Arabie saoudite. Ces spécialistes italiens de cyberespionnage, qui ont vendu des logiciels de surveillance massive au Soudan, au Bahreïn, à l’Égypte ou encore à la Turquie, étaient au bord de la faillite en 2016, lorsqu’une mystérieuse société s’est offert 20 % du groupe, a révélé le site Vice, mercredi 31 janvier.

Cet investissement de dernière minute a été effectué par Tablem Limited, un véhicule financier enregistré à Chypre au nom d’Abdullah Saif al-Qahtani, un ressortissant saoudien. Le montant total de l’investissement n’a pas été révélé : la prise de participation, qui n’a coûté que 44 000 dollars ne constitue probablement pas l’intégralité des sommes versées. Les finances de Hacking Team ont, en effet, fait un virage à 180°, passant d’une perte nette d’un million de dollars en 2015 à un bénéfice de 600 000 dollars l’année suivante.

Course aux armements numériques

Lorsque Tablem Limited est venu frapper à la porte de Hacking Team, la société était passée du statut de fournisseur attitré des États autoritaires à celui de paria de ces régimes. Ces Italiens venaient d’être les victimes d’un important piratage qui avait révélé au grand jour la longue liste de leurs clients. Pas de quoi inspirer confiance à des clients potentiels, plutôt désireux de garder secret leur programme de cybersurveillance de leur population.

Hacking Team connaissait alors une hémorragie de clients et d’investisseurs, convaincus que le groupe ne survivrait pas à ce coup dur. Mais Tablem y a vu une opportunité : les logiciels espions vendus par le groupe représentaient, toujours, des références pour tout apprenti Big Brother. L’investisseur était aussi en position de force financière pour imposer ses termes à une entreprise aux abois.

Pour le Saoudien, l’affaire était d’autant plus alléchante que plusieurs pays du Moyen-Orient se sont engagés dans une course aux armements numériques ces dernières années. Les Émirats arabes unis tentent depuis 2016 de devenir un centre régional de cybersécurité par l’entremise, notamment, de DarkMatter, une société de Dubaï qui recrute à tour de bras, notamment parmi les ex-agents des services secrets occidentaux. L’Iran, le rival régional de l’Arabie saoudite, a aussi considérablement augmenté sa force de frappe dans le cyberespace ces dernières années.

Un lien direct avec le pouvoir ?

Mettre un pied dans l’antre de Hacker Team permettait aussi d’avoir un accès privilégié à un savoir technologique, certes controversée, mais de pointe. Tablem obtenait aussi un siège aux premières loges pour savoir quels autres pays s’intéressent aux services de ces cyberespions.

Reste à savoir si Abdullah al-Qahtani agissait pour le compte du pouvoir saoudien, client de longue date de Hacker Team. Il est difficile d’établir un lien direct entre Tablem et Riyad. Il n’existe pas, sur Internet, de trace d’un Abdullah al-Qahtani proche du gouvernement. Il ferait partie du groupe saoudien Abdel Hadi Abdullah Al-Qahtani & Son, d’après un proche de Hacker Team, interrogé par Vice. Il s’agit du plus important conglomérat privé du pays - avec des intérêts dans le pétrole, l’aéronautique ou encore le BTP -, dont les relations avec le pouvoir sont réputées “excellentes”.

Mais en lieu et place d’Abdullah al-Qahtani, Tablem a été représenté par un autre saoudien, l’avocat Khalid al-Thebity, lors de plusieurs conseils d’administration, dont les minutes ont été récupérées par Vice. Ce conseiller juridique intervient souvent pour représenter les intérêts de l’État. Il a reconnu, en 2011, s’être fait une spécialité de “représenter le gouvernement pour défendre les intérêts des grands groupes saoudiens”.

Que Tablem agisse ou non pour le compte du pouvoir saoudien ne change rien : au final, c’est grâce à de l’argent saoudien qu’Hacking Team continue à vendre des outils à des régimes qui peuvent s’en servir à des fins de cyber-répression.

Première publication : 02/02/2018

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