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Scandale Oxfam : "La question des abus sexuels est débattue depuis longtemps par les ONG"

Plusieurs personnalités ont annoncé qu'elles renonçaient à leur rôle d'ambassadeurs de l'ONG Oxfam.
Plusieurs personnalités ont annoncé qu'elles renonçaient à leur rôle d'ambassadeurs de l'ONG Oxfam. Andy Buchanan, AFP

Après le scandale sexuel d’Oxfam, plusieurs ONG ont indiqué avoir été confrontées à des dérives. Rony Brauman, ancien président de MSF, reconnaît l’existence de comportements à risques mais appelle à ne pas réduire le travail des ONG à ces abus.

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Les révélations de cas d’abus sexuels se multiplient au sein d’Oxfam, une puissante confédération d'une vingtaine d'ONG présentes dans plus de 90 pays. L’International rescue committee a reconnu, mercredi 14 février, avoir, elle aussi, eu à déplorer trois cas d'abus sexuels en République démocratique du Congo.

De son côté, Médecins sans frontières (MSF) a admis avoir elle aussi été confrontée à 24 cas de harcèlement ou d'abus sexuels en 2017 au sein de son organisation, sans préciser s'il s'agissait de cas en France ou à l'étranger.

Parmi les personnes qui ont révélé ces abus, plusieurs victimes ont évoqué une "culture d’abus sexuels". Pour Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF), ces termes sont excessifs mais les risques de dérives existent bien.

France 24 : L’ancienne directrice d’Oxfam Helen Evans a évoqué une "culture de l’abus sexuel". L’aide humanitaire est-elle un milieu qui peut favoriser ces dérives ?

Rony Brauman : Parler de "culture de l’abus sexuel" me paraît exagéré. Les ONG sont composées d’êtres humains, avec leurs défauts et leurs failles. Cependant, c’est vrai, les humanitaires sont souvent dans des rapports de pouvoir, parfois de type postcolonial, avec les populations auxquelles elles viennent en aide. Il y a toujours, pour certains, une tentation d’en abuser.

Par ailleurs, il peut y avoir un ressort malsain quand on est à l’étranger : on est relativement désinhibé, loin du regard des siens, on peut se sentir plus libre. Il faut ajouter à ça la faiblesse de l’État et l’absence de justice dans certains pays. L’absence de meilleurs moyens pour les victimes de recourir à la justice ne fait qu’amplifier le problème.

Quelles sont les méthodes de recrutement des ONG humanitaires telles que Médecins sans frontières ?

Les candidats doivent passer un entretien qui porte sur leurs compétences, leurs disponibilités et, parfois, sur leurs motivations. On regarde la qualité des diplômes, des formations et des expériences précédentes. On demande aussi des appréciations auprès des personnes référentes qui ont côtoyé les candidats dans de précédentes expériences.

En revanche, il n’y a pas d’entretien psychologique. Cela serait, selon moi, un abus de pouvoir et une sur-réaction [aux récentes affaires d’abus] que d’essayer de sonder les personnalités des candidats.

Quelles solutions peuvent être envisagées pour éviter les abus ?

La question des abus sexuels est débattue depuis longtemps par les ONG, en particulier britanniques. Save the children a été la première à mettre sur la place publique les comportements violents au sein du monde de l’aide humanitaire.

Le premier grand scandale d’abus sexuels a eu lieu en 2002 avec des cas de viols au Liberia. L’affaire concernait surtout des soldats, mais pas que. Cet épisode a déclenché une prise de conscience de ce problème à MSF. Une "cellule abus", dont la fonction est d’être un recours interne pour les personnes qui estiment être victimes d’abus, a été mise en place. Elle a bien fonctionné mais MSF estime encore qu’il y a un sous-signalement des cas d’abus.

Avant un départ en mission, des façons de se comporter sont évoquées (respecter les lois du pays, ne pas se comporter de manière arrogante etc.) et l’existence de cette "cellule abus" est communiquée à tous. Il est important qu’il y ait un espace de discussion au sein des équipes de terrain pour que les gens qui s’estiment victimes d’abus puissent en parler librement.

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