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À la rencontre de ces communautés qui se servent de Facebook pour se retrouver

VICKY LETA/MASHABLE

Grâce à sa position dominante sur le marché des réseaux sociaux, Facebook peut se targuer d'héberger des communautés d'internautes soudés et réactifs.

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Sarah a perdu sa mère à l'âge de 9 ans et a toujours appris à grandir sans elle. Mais lorsqu'à 25 ans elle attend son premier enfant, l'absence de la figure maternelle rejaillit. À qui allait-elle poser toutes ces questions que l'on se pose la première fois que l'on fait quelque chose ? Qui pourrait lui faire part de son expérience, la rassurer, lui expliquer que tout ira bien ? Esseulée, la jeune femme fait alors une dépression. Mais grâce à Internet, elle trouve son salut. 

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Vidéos YouTube, forums de discussions... Les questions de Sarah ont toujours leurs réponses quelque part sur le Web. Problème : les informations sont disséminées au hasard des clics — il faut savoir les trouver. La future maman mûrit alors une idée avec sa cousine elle aussi jeune maman : "Et si on réunissait tout sur une même plateforme ? Les futures mères, jeunes mères et mères tout court n'auraient qu'à y poser leurs questions et attendre que les autres leur répondent...", se souvient-elle s'être dit, interrogée par Mashable FR lors du Facebook Communities Summit organisé à Londres début février, auquel Mashable FR a assisté. Très vite, c'est le réseau de Mark Zuckerberg qui s'impose comme le meilleur endroit où créer un tel espace : "C'est gratuit, il y a un système de messagerie, la possibilité de commenter directement en dessous des posts et celle de publier des photos…", énumère-t-elle. Aujourd'hui, Donna Mamma by Sarhel réunit 13 000 membres, qui communiquent à toute heure du jour et de la nuit, s'aident et se rassurent comme autant de grandes et de petites sœurs devenues mères.

22 millions de groupes français

En France, près de 22 millions de groupes sont actifs par mois. Ils sont à Facebook ce que les forums de discussions de communautés sont à Internet : des lieux qui réunissent les internautes selon leurs intérêts, parfois même des safe places, ces espaces de discussion que l'on décrit comme bienveillants. Peut-être est-ce finalement là ce que le réseau social a de meilleur ? Lorsqu'on retire à Facebook les pages de marque, les fake news, les jeux, les photos de vacances et les analyses politiques à l'emporte-pièce publiées en statut, ne restent peut-être que ces groupes à impact social.

Écologie, féminisme, handicap, réfugiés, initiatives locales… Toutes ces causes qui nécessitent de se rassembler autour de sujets de discussions trouvent leur place sur Facebook. Un militantisme sur fond d'hégémonie des GAFA ? Fort de 100 000 membres, Fermes d'avenir est peut-être l'un de ceux qui incarnent le plus ce paradoxe. Alors que cette page Facebook est le prolongement virtuel d'une association de promotion de l’agroécologie et de la permaculture lancée par l'activiste écologique Maxime de Rostolan, on aurait pu attendre de l'organisation qu'elle choisisse de se créer une plateforme libre n'appartenant pas à un géant de la Silicon Valley. Pas si simple, nous explique Marion : en l'état actuel des choses, presque toutes les fermes de France possèdent des pages Facebook leur permettant de communiquer sur leur actualité sans que les agriculteurs n'aient eu à débourser un centime. "Fermes d'avenir" parle régulièrement de ces fermes en renvoyant vers leur page. "C'est aussi un espace sur lequel on discute de semences, on met en place du bénévolat, on documente notre tour de France des fermes…" En fait, "Fermes d'avenir" n'a pas beaucoup d'autre choix que celui d'être sur Facebook : "C'est gratuit et simple d'usage, alors les ruraux cherchant à communiquer sur leurs activités ont pris l'habitude de s'y inscrire. Aujourd'hui, c'est comme un grand annuaire que l'on ne peut pas nier", explique Marion.

Gratuité et popularité du réseau

Cette accessibilité auprès d'un large public, c'est aussi l'argument qui revient chez Madeleine du groupe Astuces pour dys. Avec ses 60 000 membres, ce groupe est un espace d'entraide pour parents d'enfants dyslexiques et dysphasiques, autrement dit ces enfants qui souffrent d'un déficit de l'acquisition (du langage écrit et de la parole). "Être sur Facebook nous permet d'être facilement trouvés par les professeurs qui auraient envie de travailler avec du matériel d'éducation pour leurs élèves souffrant de ces atteintes neuronales : il leur suffit de taper le mot-clé pour tomber sur nous", se félicite-t-on chez "Astuces pour dys". Démocratiser l'aide appportée à ces enfants est primordial. "Un enfant dys n'est pas un enfant qui ne sait pas faire les choses : il peut y arriver mais prendra simplement beaucoup plus de temps et de concentration que son camarade de classe. C'est pour le soulager dans cet effort que nous développons des astuces de compensation", explique Françoise, mère d'un enfant dys et responsable du groupe. Elle donne un exemple pratique à Mashable FR : "Là où l'enfant classique s'habillera sans problème le matin avant d'aller à l'école, le mien vit ça déjà comme une épreuve fatiguante avant même de commencer sa journée... Mais pour l'aider à ne plus mettre ses vêtements à l'envers et le délester de ce stress, j'ai compris qu'il fallait toujours lui choisir des pulls et des slips à motif. Cette idée toute bête l'aide à se raccrocher à un repère : il est correctement habillé lorsque les motifs se trouvent sous son menton". Pour Françoise, il est urgent de démocratiser ces petits conseils qui rendent la vie de ces familles bien moins lourde au quotidien. Aujourd'hui, le groupe Facebook n'est qu'une partie de son travail puisque la femme elle-même dys travaille avec des écoles et des bibliothèques pour distribuer une mallette contenant des fiches pour aider les enfants dys. Sa communauté en ligne lui a offert une certaine légitimité dans ce combat.

"Quand un groupe Facebook est massivement rejoint, son administrateur se voit incomber de nouvelles responsabilités"

Un groupe Facebook pour des engagements dans la vraie vie, Christian de Make Sense (plus de 60 000 internautes) peut aussi s'en vanter. Il y a quelques années, il crée une modeste page Facebook pour permettre aux porteurs de projets de rencontrer des bénévoles. L'idée est de valoriser localement le désir de citoyens de s'engager sur des missions pour changer le monde là où on le peut. Très vite, la sauce prend. Ce qui n'était qu'une petite initiative est alors devenue une vaste communauté dont il a fallu s'occuper, à la plus grande surprise du jeune homme. "Quand un groupe Facebook est massivement rejoint, son administrateur se voit incomber de nouvelles responsabilités", explique à Mashable FR celui qui a dû s'improviser leader d'un mouvement. Dans le milieu de l'économie sociale et solidaire, les entrepreneurs sociaux allient causes d'ONG et façons de faire de start-up.

Quand d'une initiative installée sur le Net naît un projet loin de nos ordis : c'est également ce qui est arrivé à Marjorie, qui a crée le groupe Les Intrapreneuses l'année dernière. "Au début, c'était simplement un endroit où j'ajoutais mes contacts professionnels pour les inviter à échanger sur l'esprit d'entreprendre y compris dans les structures dans lesquelles ils appartiennent déjà. Mais en quelques jours, nous étions déjà plus de 500 membres", se souvient-elle avec émotion. Voilà la preuve tangible qu'une communauté ne demandait qu'à se former autour de ces thématiques. Et Marjorie de devenir l'une des ambassadrices françaises de l'intrapreneuriat féminin puisqu'elle fait désormais du mentoring chez Paris Pionnières et organise régulièrement des événements avec sa communauté d'influence. "Au fond, c'est ce groupe Facebook qui m'a lancée dans cette aventure...", commente-t-elle.

Tribalisme numérique

En sociologie, ces différents groupes Facebook appartiennent à une catégorie : celle de communautés virtuelles. Le chercheur Antonio Casilli souligne que celles-ci sont des "rêves de sociologues" puisqu'elles permettent d'étudier de nouvelles interactions sociales, inédites après l'industrialisation de nos sociétés urbaines. Alors qu'autrefois nous naissions dans des groupes par défaut (celui de la famille, celui de la corporation et du syndicat de nos parents, celui du groupe religieux de nos proches, etc.), notre siècle a vu prendre racine l'avènement de l'individualisme. Enfin, l'heure était venue de ne plus se laisser enfermer dans ces cases et de décider (en tout cas en apparence) de l'individu qu'on allait être au monde. Puis Internet est arrivé ; et avec le réseau mondial, la facilité de se rapprocher des autres, même s'ils vivent loin de nous, tant qu'ils partagent un intérêt commun. Le besoin de se rassembler pour échanger, partager et améliorer nos vies quotidiennes est aujourd'hui une forme de nouveau tribalisme numérique.

"Les discussions ont un certain niveau de qualité"

Impossible de ne pas y penser lorsque l'on rencontre Cédric du groupe Facebook French Startupers Network qui réunit 6 000 membres. Un espace d'interactions entre personnes du sérail et triées sur le volet. L'entrepreneur se félicite, pas peu fier : "On nous appelle l'antichambre de la French Tech". À chaque fois qu'un débat est lancé sur le groupe, "les discussions ont un certain niveau de qualité. Par exemple, l'autre fois, on discutait des meilleurs moyens de déployer le télétravail dans une entreprise de 20 personnes. Chaque réponse au débat était argumentée, claire et limpide. C'est enrichissant pour tout le monde", raconte Cédric qui précise que le but du groupe n'est pas de grossir indéfiniment mais plutôt de rester dans cette dynamique de discussions de qualité (contrairement au groupe "Fermes d'avenir", par exemple).

Même réflexion chez Sarah du groupe Donna Mamma by Sarhel : "Je vois notre communauté grossir au jour le jour. Mais si nous sommes trop dans ce groupe, la qualité des échanges se perdra forcément. Surtout que je veux continuer à offrir la possibilité pour les internautes de poser leurs questions en anonyme, ce qui suppose un travail d'organisation de mon côté puisque je reçois les messages en privé et me charge ensuite de les reposter sur leurs pages ou de rediriger les mamans qui demandent de l'aide vers une personne de ma liste de professionnels de la santé bénévole…", raconte la jeune mère qui ne veut pas "bâcler" l'aide apportée aux autres mères. Responsable et mue par un désir d'honorer une mission, Sarah veut aujourd'hui ouvrir sa boîte à outils auprès d'internautes volontaires et leur expliquer comment elle fait pour gérer un tel groupe au quotidien. "L'idée, c'est de créer plusieurs Donna Mama by Sarhel…" Essaimer une idée et partager sous la bannière d'une même communauté, peu importe si elle repose sur différents endroits du Web ? Nous voilà qui retombons sur cette idée d'un Internet ouvert et partageur. Et dont Facebook, par sa position hégémonique sur le marché, a eu le cynique privilège de pouvoir s'approprier.

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