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Economie

Cryptomonnaie souveraine : le Venezuela mise gros sur le petro

© Studio Graphique France Médias Monde | Le Venezuela compte émettre 100 millions de petro dans l'espoir de lever près cinq milliards de dollars.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 20/02/2018

Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a promis qu’à partir du 20 février, le pays allait se doter de sa propre cryptomonnaie, baptisée petro. Une initiative inédite pour combattre le blocus économique et contrer l’inflation galopante.

Le Venezuela est à court de liquidités, mais aura bientôt le petro. Mardi 20 février, si tout se passe comme prévu, l’État sud-américain doit devenir le premier pays au monde à émettre une cryptomonnaie souveraine.

Conformément à une promesse du président Nicolas Maduro faite le 30 janvier dernier, la Banque centrale vénézuélienne devrait mettre en circulation 31 641 400 “jetons” (unités) de petro à partir de 8h30 du matin. Avec l'espoir que cette nouvelle monnaie dématérialisée suscite le même engouement que les bitcoins, ethereum ou encore ripple.

Indexé sur le baril de pétrole

Au total, et sur une période non-déterminée, le Venezuela compte émettre 100 millions de petros, dont il mettra la quasi-totalité en vente (il en gardera 17,6 % en réserve). Une opération grâce à laquelle il espère lever près de cinq milliards de dollar.

Le petro présente l'avantage d'être indexé sur le cours du pétrole. Contrairement à ses concurrentes, dont le cours dépend souvent de la spéculation, il aura une valeur intrinsèque, et non des moindres. Avec plus de 300 millions de barils de pétrole, Caracas dispose des plus vastes réserves d’or noir au monde, devant l’Arabie saoudite.

Le Parti socialiste unifié du Vénézuéla affirme le 13 février que le petro va devenir la cryptomonnaie la plus demandée du monde.

Si le Venezuela “réussit son pari, c’est fou”, assure Nabil Berouag, trader chez Krechendo trading, contacté par France 24. Des nouvelles cryptomonnaies se créent certes tous les jours, mais elles ont toujours été le fruit d’initiatives privées. Le fait qu'un État charge sa Banque centrale de faire de même est non seulement inédit mais aussi, dans un sens, contraire à l’esprit de ces monnaies. “Elles sont antisystèmes dans leur philosophie, mais aussi dans leur construction, puisqu’elles sont décentralisées [tout le monde peut participer à leurs créations, NDLR]. Aussi, voir une Banque centrale ‘gérer’ sa crypto est étrange”, remarque Nathalie Janson, économiste et spécialiste des bitcoins à l'école de management Neoma Business School, contacté par France 24.

“Le Venezuela n’a pourtant guère d’alternative”, reconnaît-elle. Il lui faut de l’argent frais pour rembourser ses dettes, mais à cause des sanctions économiques américaines et européennes, personne ne peut ou ne veut lui prêter de l’argent contre des bons du Trésor. Le petro “est en fait une émission de dette masquée et une pirouette pour déjouer le blocus des États-Unis”, affirme Nabil Berouag pour sa part.

En ce sens, les cinq milliards de dollars que Caracas peut espérer lever grâce au petro ne changeront pas la face de la dette nationale, comprise entre 100 et 150 milliards de dollars. Mais “il faut concevoir cette expérience comme un test grandeur nature pour évaluer la viabilité d’une levée de fonds en dehors du système financier traditionnel”, estime Nabil Berouag. En d’autres termes, ce pourrait être le début d’une histoire d’amour entre le Venezuela et les cryptomonnaies.

Payer ses impôts en petro

Pour le gouvernement, le petro est aussi un moyen de combattre un autre fléau national : l’inflation galopante. “L’autre pays qui a évoqué la création d’une devise dématérialisée nationale est le Zimbabwe, qui connaît un même phénomène de très forte hausse des prix”, rappelle Nabil Berouag. Pour ces pays, les fortes fluctuations du bitcoin et autres ne sont que des tempêtes dans un verre d’eau comparées aux soubresauts de leur monnaie nationale. Le petro va peut-être générer de la spéculation, mais il sera toujours préférable à la situation du bolivar.

Nicolas Maduro a, d’ailleurs, assuré que cette nouvelle cryptomonnaie pourrait être utilisée pour payer ses impôts, ses amendes ou encore des services publics comme les transports en commun. Le président vénézuélien ne précise cependant pas si le paiement se fera via un smartphone, une carte de débit spécifique ou un autre moyen. “L’idée est d’imposer lentement le petro comme une devise complémentaire plus stable”, résume Nabil Berouag.

Ces grandes ambitions exigent que la levée de fonds soit un succès. Pour cela il faut une demande. “Une monnaie attire parce qu’elle rend des services de paiement à faible coût, qu’elle est largement acceptée et qu’elle est stable”, rappelle Nathalie Janson. Selon elle, le petro va avoir du mal à remplir toutes ces cases car“un gouvernement, largement remis en cause par la population et dont la Banque centrale a failli dans la gestion monétaire, qui créé une ‘crypto’, ne donne pas une bonne publicité pour un lancement”.

Mais pour Nabil Berouag, “des particuliers et investisseurs se ruent actuellement sur les émissions de nouvelles cryptomonnaies, souvent sans se soucier du sérieux des démarches”, rappelle ce trader. Dans ce contexte, il ne serait pas surpris que le lancement du petro – qui a l’avantage d’être adossé au pétrole – soit un succès. Mais, le vrai test sera de voir s’il tient sur la durée.

Et pas seulement pour le Venezuela. “D’autres pays confrontés à des problèmes d’inflation ou de dettes en Amérique du Sud ou en Afrique pourraient s’en inspirer si l’initiative se solde par un succès”, estime-t-il. Pas sûr que les États-Unis ou d’autres pays dits riches voient d’un bon œil qu’un nombre croissant de pays sortent ainsi du système financier traditionnel pour échapper à des sanctions économiques ou aux griffes des créanciers.

Première publication : 19/02/2018

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