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Afrique

Nigeria : des dizaines d'écolières manquent à l'appel après une attaque de Boko Haram

© Capture d'écran d'une vidéo de Boko Haram / AFP | Vidéo publiée le 2 janvier, par le groupe de combattants Boko Haram, filmée au checkpoint militaire près de la ville de Maiduguri.

Vidéo par Nicolas GERMAIN

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 21/02/2018

Deux jours après l'attaque d'une école de filles par Boko Haram, plusieurs dizaines d'entre elles étaient toujours portées disparues, mercredi. Cet événement ravive la peur d'un kidnapping de masse, comme celui des lycéennes de Chibok.

Depuis lundi 19 février, plusieurs dizaines de lycéennes sont portées disparues dans le nord-est du Nigeria, après l'attaque de leur école par des combattants de Boko Haram. Aucun cas d'enlèvement n'est pour l'instant établi, précise la police.

D'après les témoignages, les insurgés du groupe jihadiste nigérian, lourdement armés, ont mené un assaut dans le village de Dapchi, dans l'État de Yobe, tirant en l'air et faisant exploser des grenades. La plupart des élèves et les professeurs de la Girls Science Secondary School, un internat, se sont enfuis en brousse, craignant d'être enlevés par les combattants, comme ce fût le cas pour les lycéennes de Chibok dans l'État voisin du Borno il y a quatre ans.

>> À lire : Lycéennes de Chibok, les coulisses d’une libération

Selon le ministre de la Police de l'État de Yobe, Abdulmaliki Sumonu, "815 étudiantes sont rentrées" à Dapchi où elles ont été "vues", sur un total de 926 élèves. "Les (111) autres sont manquantes", a-t-il déclaré, tout en précisant qu'"aucun cas d'enlèvement n'a pour l'instant été établi". Selon les parents, entre 67 et 94 écolières sont portées disparues, tandis que deux autres sources en évoquent 90.

Les véritables motivations des assaillants à Dapchi restent floues, même si certains villageois affirment qu'ils ont visé en priorité l'établissement scolaire. Après s'être rendus dans l'école déserte, les insurgés ont en outre "pillé" plusieurs magasins à la recherche de vivres et de matériel, selon des médias locaux.

Jointe au téléphone par l'AFP, l'une des jeunes filles ayant réussi à s'échapper, Aisha Yusuf Abdullahi, a décrit "une expérience traumatisante". "Nous étions dans la mosquée sur le point de commencer les prières du soir quand nous avons entendu des coups de feu", a expliqué l'adolescente de 16 ans. "Dans la panique, certaines ont escaladé la clôture et sauté dans des véhicules stationnés à l'extérieur, sans savoir à qui ils appartenaient".

Aisha a dit être parmi les "chanceuses" qui sont "rentrées en courant" dans l'école jusqu'au bureau de la directrice, où elles sont restées cachées en attendant que les insurgés repartent. "Nous sommes sans nouvelles de celles qui sont entrées dans les véhicules", a-t-elle ajouté. "Nous avons le sentiment qu'elles ont été emmenées par les hommes armés".

L'internat, qui accueille des filles âgées de 11 ans et plus, a été fermé pour une semaine, mais les familles des élèves manquant à l'appel se sont rassemblées dans la matinée devant ses portes pour réclamer des explications, craignant le "pire".

"On nous a dit qu'elles s'étaient réfugiées dans d'autres villages, mais nous avons été dans tous ces villages mentionnés, en vain", a déclaré à l'AFP Abubakar Shehu, dont la nièce fait partie des disparues. "Nous commençons à craindre que le pire se soit produit", a-t-il ajouté. "Nous avons peur d'avoir affaire à un nouveau scénario de Chibok".

>> À lire : Rescapée de Boko Haram, une lycéenne de Chibok témoigne

L'armée déployée

Le groupe jihadiste Boko Haram, dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché", mène depuis 2009 une insurrection sanglante dans le nord-est du Nigeria ayant fait plus de 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés.

Il a kidnappé des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants, mais c'est l'enlèvement de 276 lycéennes à Chibok en 2014, qui avait déclenché une vague d'indignation mondiale, donnant au groupe une tragique notoriété sur la scène internationale.

Les rumeurs de paiement de rançons en échange des lycéennes de Chibok libérées pourraient inciter le groupe jihadiste à commettre d'autres enlèvements, prévient Amaechi Nwokolo, analyste pour le Roman Institute for International Studies à Abuja.

"Ils ont compris que les kidnappings peuvent être un nouveau moyen de récupérer de grosses sommes d'argent" pour acheter des armes, des munitions et des véhicules, souligne-t-il.

Mais selon d'autres observateurs, la quête de moyens de subsistance au jour le jour reste le principal objectif du groupe jihadiste.

"Le seul but était le pillage", estime ainsi Babaji Katagum, ancien commandant de l'armée nigériane. "Je ne pense pas qu'ils aient voulu enlever qui que ce soit. Ils cherchaient juste de la nourriture et autres denrées".

Pour Yan St-Pierre, consultant en contre-terrorisme pour le Mosecom (Modern Security Consulting Group), le kidnapping reste toutefois une vieille méthode pour Boko Haram : "Ils organisent des enlèvements toutes les semaines, même sans rançon, pour maintenir la pression".

Première publication : 21/02/2018

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