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Moyen-Orient

Ghouta orientale : les selfies de guerre d'un adolescent sèment le trouble

© Capture youtube | Muhammad Najem dans une vidéo selfie postée le 2 janvier 2018.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 24/02/2018

Les selfies pris par un jeune adolescent syrien dans la Ghouta orientale, bombardée par les forces du régime et leur allié russe, suscitent émotions comme interrogations. Certains y voient une démarche d'activiste, d'autres un acte de résistance.

La vidéo a été mise en ligne le 2 janvier 2018. On y voit un adolescent en survêtement regarder intensément, et en silence, l’objectif qu’il tient à bout de bras. Un selfie en vidéo avec un décor hors du commun : derrière le garçon, une ville aux bâtiments dévastés d'où s'élève une colonne de fumée. L’ado reste silencieux mais on entend, au loin, des sirènes puis ce qui semble être les pleurs d’un enfant. Au bout d’une minute, le garçon se retourne pour regarder lui aussi la colonne de fumée, avant de fixer de nouveau l’objectif… comme pour prendre à témoin ceux qui le regardent.

C’est un selfie de guerre si l’on en croit le hashtag qui l’accompagne : #BreakGhoutaSiege. De fait, son auteur, Muhammad Najem, se présente comme un adolescent syrien de 15 ans‏ vivant dans la Ghouta orientale, cette enclave rebelle à l'est de Damas soumise, depuis janvier, à un déluge de feu de la part des aviations syrienne et russe.

Dans d’autres vidéos, l’adolescent, toujours face caméra, dénonce dans un anglais saccadé avec des bruits de guerre en fond sonore : "Votre silence nous tue. Bachar al-Assad, Poutine et Khamenei tuent notre enfance. Sauvez-nous avant qu’il ne soit trop tard. Pourquoi le monde peut envoyer des machines sur la planète Mars et ne peut rien faire pour arrêter de tuer des gens ?"

Des messages inévitablement troublants pour celui qui les regarde : du fait de la jeunesse du protagoniste mais aussi à cause de l’apparent décalage entre le sujet – la guerre – et la forme, le selfie.

Un aspirant reporter… qui ne se positionne pas comme tel

Dans une des vidéos, l’adolescent explique vouloir devenir reporter "quand il sera grand". Mais pour le photojournaliste franco-américain, Jonathan Alpeyrie, qui a notamment couvert le conflit syrien (en 2013, il a passé 81 jours de captivité dans le pays entre les mains d'un groupe islamiste) : "un journaliste ne doit pas se montrer physiquement… sinon il est le sujet traité", explique-t-il à France 24.

Pour le photographe, le positionnement du jeune garçon est plus activiste que professionnel : "Il affiche son hostilité à Bachar al-Assad mais le rôle de la presse n’est pas d’être pour ou contre". Dans une autre vidéo, l’adolescent dit que ce qui se passe en Syrie est ‘un génocide’, un terme inadéquat pour Jonathan Alpeyrie : "Chaque guerre a son contexte. Il y a eu un génocide au Rwanda, on ne peut pas dire cela pour la Syrie."

Alors que plusieurs médias ont relayé le témoignage du jeune adolescent, Jonathan Alpeyrie estime que c’est dangereux : "On ne peut pas certifier la provenance de ces vidéos. Il est dit que c’est filmé dans la Ghouta orientale, mais on n’en sait rien".

En diffusant les vidéos du jeune syrien qu'elle qualifie de "reporter de combat", la chaîne américaine CCN a d’ailleurs indiqué, dans un discret bandeau, n’avoir pas pu "vérifier de manière indépendante l’authenticité de ces vidéos". Le photojournaliste qui a couvert le conflit en Ukraine raconte avoir vu des dérives dans ce même pays, où des médias internationaux qui n’avaient pas de professionnels sur le terrain exagéraient des combats en se basant justement "sur des posts diffusés sur les réseaux sociaux ".

Quid de la pratique du selfie en tant que telle sur des zones de guerre ? "Ce n’est pas nouveau", estime celui qui dit avoir vu en Ukraine comme en Irak, lors de la bataille de Mossoul, "des soldats se prendre en photo durant les combats et les envoyer dans la foulée à leurs amis".

Le selfie comme acte de résistance ?

Pour Elsa Godart, professeur de philosophie et psychanalyste, auteure de ‘Je selfie donc je suis’, interrogée par France 24, "la question de la sincérité est un enjeu central" dans cette histoire comme dans la société numérique en général.

À ses yeux, si la démarche de l’adolescent est bien personnelle, son recours au selfie peut avoir différentes motivations. Dans le pire scénario, outre celui de la manipulation : "On peut envisager un narcissisme extrême qui consisterait à surfer sur un évènement tragique avec une posture imparable de défense de l’humanité que personne ne peut contredire".

Et si on part du principe que le geste est réel et sincère de la part de cet adolescent qui se met en scène ? "Cela peut être un selfie comme élément de résistance comme cela est apparu depuis un moment. L’artiste chinois Ai Weiwei avait immortalisé son arrestation en 2009 par un selfie… qu’il avait ensuite exposé", analyse-t-elle.

Pour elle, un selfie pris à la guerre s’inscrit dans la même démarche. "Il s’agit de dénoncer quelque chose d’extra-ordinaire dont on est témoin et que l’on estime avoir le devoir de rapporter : ‘Je m’insurge et en voici la preuve par la photo’", relève-t-elle.

Pour Elsa Godart, cet usage du selfie par un adolescent syrien est sans doute également un effet de la mondialisation doublé d’une question de génération. "J’ai envie d'y voir un enfant du monde qui s’adresse au monde pour lancer un appel : 'Réveillez-vous on est en train de crever !'"

Première publication : 24/02/2018

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