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France : l’affaire Seznec, symbole "fascinant" des crimes non résolus

Archéologues bénévoles qui fouillent la maison de Guillaume Seznec, à Morlaix, le 24 février 2018.
Archéologues bénévoles qui fouillent la maison de Guillaume Seznec, à Morlaix, le 24 février 2018. Fred Tanneau, AFP

Près d'un siècle plus tard, l’affaire Seznec défraye toujours la chronique. Non résolue, elle débute en 1923 avec la disparition de Pierre Quemener. Seznec a toujours clamé son innocence. Retour sur un fait divers qui passionne les Français.

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Tout commence la nuit du 25 au 26 mai 1923. Pierre Quemeneur, conseiller général du Finistère et négociant en bois, est aperçu sortant d’un restaurant avec son associé Guillaume Seznec. C’est la dernière fois que Pierre Quemeneur est aperçu vivant. L’homme s’est volatilisé et son corps n’a jamais été retrouvé. Guillaume Seznec, lui, a été inculpé quelques semaines plus tard pour le meurtre du conseiller, puis condamné aux Assises en novembre 1924 aux travaux forcés à perpétuité, ayant échappé de peu à la guillotine.

Guillaume Seznec a toujours nié le crime et a même refusé d’être gracié et ce, alors qu’il était à Cayenne, un bagne dont peu sont revenus vivants. Pour lui, accepter cette grâce signifiait reconnaître un crime qu’il n’avait pas commis. Après plusieurs remises de peine , il est libéré et quitte la Guyane après vingt ans passés au bagne. Une liberté dont il profite peu : il est renversé par une camionnette à Paris et meurt des suites de son accident le 13 février 1954.

Sa mort n’a cependant pas clos l’affaire, loin de là. Dernier coup de théâtre en date : la découverte, les 24 et 25 février 2018, d’ossements humains dans la maison de Guillaume Seznec, près de Morlaix, dans le Finistère. La police et la justice ont ouvert l’enquête pour déterminer si ces restes appartenaient – ou non – à Pierre Quemener. Rien ne le prouve pour le moment.

Le "Dreyfus breton"

Avant même d’avoir un début de réponses, le Télégramme lançait un direct sur les recherches, les articles dans la presse se multipliaient et les forums en ligne reprenaient du service. Sur le forum "Justice, affaire criminelle" par exemple, journalistes, ex-magistrats et passionnés de faits divers échangent régulièrement sur l’affaire depuis des années, validant ou invalidant à l’envi les différents scénarios. Un buzz médiatique aussi vieux que l’affaire finalement. Mais pourquoi tant d’intérêt pour un fait divers du siècle dernier ?

"Parce que, comme toute affaire non résolue, cette histoire fascine", explique à France 24 Liliane Langellier, journaliste à la retraite qui consacre un blog à l’affaire Seznec depuis 1992. "C'est vrai que l'enquête et l'instruction, menées à Paris de juillet 1923 à juillet 1924, ont été bâclées. C'est vrai que le procès en Assises à Quimper n'était pas équitable. C'est vrai aussi que l'on n'a toujours aucune preuve tangible de la culpabilité ou de l'innocence de Guillaume Seznec", explique-t-elle.

Condamné pour un crime sans cadavre, sans arme, sans aveu, Seznec a divisé la France, devenant une sorte de "Dreyfus breton". La famille Seznec, elle, s’est toujours battue pour prouver l’innocence de Guillaume. "Dès l’annonce du verdict, Marie-Jeanne Seznec a porté le drapeau pour défendre son mari. Après sa mort en 1931, c’est la mère de Guillaume qui a repris le flambeau. Puis, sa fille Jeanne, et maintenant son petit-fils Denis Seznec", qui, rappelle Liliane Langellier, a fait de la réhabilitation de son grand-père le combat d’une vie.

En 2012, il a publié son ouvrage "Nous, les Seznec", référence dans le Landernau des afficionados de l’affaire. Les Seznec ont ainsi maintenu l’histoire vivante et cristallisé les divisions entre les "pour" et les "contre". "Cette division perdure aujourd’hui", poursuit Langellier.

Un dossier refermé par la justice

La passion aussi. Au point que les fouilles du week-end dernier ont été effectuées dans un cadre privé, avec l’aide d’une dizaine de bénévoles et d’un tractopelle. Ni la police ni la justice ne sont derrière cette initiative lancée par Denis Langlois, ex-avocat de la famille Seznec remercié en 1990, et son comparse, le brocanteur breton Bertrand Villain.

La justice, elle, a refermé le dossier depuis bien longtemps. Le procureur de Brest a refusé, par trois fois, d’accorder toute autorisation à Langlois et Villain, estimant que le dossier était clos depuis des années et qu'il n'y avait pas de doute quant au fait que Guillaume Seznec avait tué Pierre Quémeneur. Au total, la justice a refusé à quatorze reprises des demandes de révision, dont celle de 2006 qui était à l’initiative de l’ancienne Garde des sceaux et maire-député de Morlaix, Marylise Lebranchu.

Pour Langlois, auteur de "Pour en finir avec l’affaire Seznec", ouvrage paru en 2015, dans lequel il émet l’hypothèse que ce soit en fait la femme de Seznec la coupable, "si la commission des révisions est saisie, la procédure pourra prendre des mois". Mais il promet : "Nous ne laisserons pas le dossier s'endormir, car l'affaire Seznec pourrait bien incarner le symbole de toutes les victimes d'erreurs judiciaires".

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