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"My Friend Dahmer", l’histoire vraie aussi captivante que perturbante de l’adolescence d’un serial killer

L'acteur Ross Lynch dans le film "My Friend Dahmer" sur l'adolescence du serial killer Jeffrey Dahmer.
L'acteur Ross Lynch dans le film "My Friend Dahmer" sur l'adolescence du serial killer Jeffrey Dahmer. FilmRise

Le film "My Friend Dahmer", adapté de la BD du même nom de Derf Backderf, raconte l'adolescence troublée d'un jeune lycéen du Wisconsin devenu l'un des pires serial killers de l'histoire des États-Unis.

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Ce ne serait même pas vous spoiler de vous dire qu’à la fin de l’histoire, Jeffrey Dahmer meurt sous les coups d’un codétenu d’une prison du Wisconsin où il purgeait une peine de 957 ans pour les meurtres de 17 jeunes hommes principalement homosexuels. Parce que "My Friend Dahmer" ne parle pas du tout de ça.

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Alors qu’à l’époque de l’arrestation en 1991, la presse américaine a fait ses choux gras des morceaux humains et des squelettes découverts dans le réfrigérateur et le placard de ce meurtrier blond aux yeux bleus, le film du réalisateur Marc Meyers n’en évoque même pas l’ombre. "Ce n’est pas une histoire sur le monstre qu’on connaît tous. C’est l’histoire avant cette histoire", résume-t-il dans les notes de production du film.

Adapté du roman graphique de l’auteur Derf Backderf qui a côtoyé Jeff Dahmer pendant ses années lycée dans le fin fond de l’Ohio, le long-métrage "My Friend Dahmer", disponible sur la plateforme française e-cinema.com à partir du 2 mars, s’intéresse à l’adolescence de celui qui allait devenir le tristement célèbre "cannibale de Milwaukee".

Et à une époque où les fictions à la mode sur les serial killers "Dexter", "Mindhunter", "Hannibal" et autres se délectent d’images de massacres sanguinolents, d’auditions dérangeantes et de prisons lugubres, le récit sans hémoglobine et sans violence de Derf Backderf – qui a inspiré Marc Meyers donc – captive autant qu’il perturbe. "Beaucoup de films dépeignent une personne ordinaire qui doit faire face à des circonstances extraordinaires. Je crois que j’ai fait le contraire : c’est l’histoire d’un individu bizarre, troublé et vraiment différent qui essaie de vivre dans un monde ordinaire", décrit le réalisateur.

"Ça n’a jamais été une question de savoir si j’allais raconter ou non cette histoire, bien sûr que je devais le faire"

En 1991, Derf Backderf boit tranquillement son café chez lui lorsque sa femme, journaliste dans la ville d’Akron, l’appelle : "Un type a tué un paquet de gens dans le Wisconsin ! Son appartement était rempli de cadavres ! Il avait des rapports sexuels avec les cadavres… et parfois il les mangeait ! Derf, c’est un mec qui était à Revere (un lycée de la banlieue de Cleveland, NDLR) ! Il était dans ta classe !!" Ce mec-là, c’était Jeffrey Dahmer, copain de classe de Derf Backderf entre 1975 et 1978.

"Je suis un raconteur d’histoires, c’est mon métier. Cette histoire m’est tombée dessus comme ça et ça n’a jamais été une question de savoir si j’allais la raconter ou non, bien sûr que je devais le faire", se souvient Derf Backderf pour Mashable FR lors de son passage à Paris après la présentation du film au festival international de la BD d’Angoulême. "Mais je voulais le faire à ma façon, je n’ai jamais voulu participer à toute la folie médiatique qu’il y a eu à l’époque, j’ai pris mon temps pour faire ce que je voulais faire."

Entre la difficulté émotionnelle d’accuser le coup de ces révélations qui ont troublé les souvenirs d’adolescent de Derf Backderf et les contraintes techniques de réalisation et d’édition d’un tel projet, l’auteur américain aura mis 20 ans pour publier "My Friend Dahmer" – "Mon ami Dahmer" aux éditions Ça et Là en VF. Depuis, les scénaristes et réalisateurs se bousculent au portillon pour acquérir les droits d’adaptation de l’œuvre de Derf Backderf mais seule la filmographie de Marc Meyers ("Harvest", "How we fell in love") aura convaincu le dessinateur d’approuver ce projet indé.

Un ado paumé et alcoolique

Comme la BD, le film "My Friend Dahmer" – en partie tourné dans la vraie maison d’enfance de Dahmer – raconte donc l’histoire d’un adolescent homosexuel perturbé et paumé au milieu d’un cocon familial qui se déchire entre les troubles psychiatriques de sa mère et les absences répétées de son père. Au lycée, le solitaire Jeffrey Dahmer attire l’attention de la "bande d’intellos fans de musique" de Derf Backderf en simulant des crises d’épilepsie dans les couloirs, à la cantine ou à la bibliothèque. Fascinés et amusés par ce "gars bizarre", Derf et ses potes commencent à traîner avec Jeffrey et montent même le "Dahmer Fan Club".

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Pourtant très vite, l’amusement laisse place à la gêne. Comme lorsque Jeff montre à ses amis les chats et autres animaux morts qu’il dissèque dans la cabane de jardin de ses parents, ou lorsque qu’il charcute sans raison un poisson inoffensif lors d’une partie de pêche. "J’avais plusieurs fois été mal à l’aise devant lui, surtout lorsqu’il était ivre", raconte Derf Backderf. "Mais ce jour-là au centre commercial (alors que ses amis le paient pour qu’il simule l’une de ses crises les plus spectaculaires, NDLR), je me suis dit ‘merde, il y a vraiment quelque chose qui ne va pas chez ce mec‘. Mais qui pouvait vraiment imaginer ce qu’il ferait ? Personne n’aurait pu."

Une histoire d'échecs

Au fur et à mesure, Jeffrey Dahmer boit de plus en plus, et s’éloigne de ses amis. La fin de l’école et la séparation de ses parents marquent son retour à la solitude – et le début de ses meurtres. "Quand, en prison, Jeff a parlé de cette époque, il avait de très bons souvenirs du lycée. Alors c’était certainement les moments les plus heureux de sa vie – en tout cas les moins pires quand on sait à quel point sa vie était horrible. C’était de bons moments pour lui, il avait des amis, des gens qui lui portaient de l’attention. Et quand tout ça s’est arrêté, il a commencé à tuer. Je ne crois pas que ce soit une coïncidence", explique Derf Backderf.

L’auteur en est convaincu, la descente aux enfers de Jeffrey Dahmer est une histoire d’échecs : de la part de ses parents, de ses enseignants, de son médecin et de tous les adultes qui gravitaient autour de lui mais qui n’ont rien vu venir et rien su faire.

Quarante ans plus tard, la collectivité ne semble pas plus sensibilisée à repérer des individus isolés et instables. "Ces gars-là continuent d’exister, tous les mois il y a de nouvelles histoires de tuerie de masse et de serial killers. Et pas seulement aux États-Unis, mais aussi en Allemagne ou en France. Je crois que ça fait partie de notre société humaine", constate amèrement Derf Backderf.

– Le film "My Friend Dahmer", avec Ross Lynch et Alex Wolff, est disponible sur e-cinema.com à partir de 3,99 euros l'e-billet.

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