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Journaliste tué en Slovaquie: le président veut un remaniement ou des élections anticipées

© AFP | La tombe du journaliste slovaque Jan Kuciak à Stiavnik en Slovaquie le 3 mars 2018

BRATISLAVA (AFP) - 

Le président slovaque Andrej Kiska a appelé dimanche à un remaniement profond du gouvernement ou des élections anticipées, après le meurtre du journaliste Jan Kuciak qui enquêtait sur des affaires de corruption présumée impliquant responsables politiques et mafia italienne.

"Je vois maintenant deux solutions: un remaniement en profondeur du gouvernement (...) ou des élections anticipées qui seraient la solution la plus naturelle dans nombre de pays démocratiques", a déclaré M. Kiska dans une allocution télévisée.

"J'ai attendu une semaine pour voir quelles mesures et décisions politiques le gouvernement allait prendre pour essayer d'apaiser les tensions et rétablir la confiance", a expliqué M. Kiska. "Aucune solution n'est évoquée. Certains ont démissionné, mais je ne vois aucun plan pour sortir le pays de la crise de la confiance", a-t-il déploré.

L'assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée, tués par balles à leur domicile, a provoqué un choc dans le pays et relancé le débat sur la liberté de la presse et la corruption, tant en Slovaquie qu'en Europe.

Jan Kuciak était sur le point de publier un article sur les liens présumés entre des hommes politiques slovaques et des hommes d'affaires italiens soupçonnés d'être liés à la mafia calabraise, la 'Ndrangheta, opérant en Slovaquie.

Des procureurs italiens n'ont pas exclu que la 'Ndrangheta puisse être derrière ce meurtre, mais la police slovaque a libéré samedi les sept Italiens interpellés deux jours plus tôt dans l'est du pays.

- Manifestations anti-corruption -

Jan Kuciak, 27 ans, s'était spécialisé dans les affaires de corruption, dont celles concernant les possibles liens entre le monde des affaires et le parti SMER-SD du Premier ministre Robert Fico.

Des milliers de personnes, dont 25.000 à Bratislava, ont participé vendredi soir à des manifestations anti-corruption, organisées en Slovaquie et à l'étranger.

Les manifestations ont fait écho à une vague de rassemblements l'an dernier appelant à la démission de hauts fonctionnaires, critiqués alors pour leur lenteur à combattre la corruption.

Le chef du gouvernement Robert Fico a accusé l'opposition d'instrumentaliser ce meurtre comme un "outil politique pour faire sortir les gens dans la rue".

Deux proches collaborateurs du Premier ministre ont quitté leur poste après la publication posthume de l'article de M. Kuciak: sa conseillère Maria Troskova et le responsable du conseil de Sécurité nationale Viliam Jasan, tout en niant leur implication dans l'affaire. Le ministre de la Culture a quant à lui démissionné en signe de protestation contre le meurtre.

- Défendre les journalistes -

L'ONG française Reporters sans frontières (RSF) a demandé aux responsables politiques européens de s'abstenir de saper la sécurité des journalistes.

"Les leaders européens ont la responsabilité de défendre le journalisme et non pas de l'affaiblir", a déclaré à l'AFP Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF, à l'issue d'une rencontre avec Robert Fico.

Le Premier ministre slovaque avait par le passé qualifié les journalistes de "simples hyènes idiotes" ou "sales prostituées anti-Slovaques". Après le meurtre de Jan Kuciak, il a cependant rencontré les responsables des principaux médias pour leur assurer que "la protection de la liberté d'expression et la sécurité des journalistes" étaient "une priorité" pour son gouvernement.

Le meurtre de Jan Kuciak intervient quelques mois après l'assassinat à Malte, en octobre 2017, de la journaliste Daphne Caruana Galizia, qui avait dénoncé la corruption sur cette île méditerranéenne.

© 2018 AFP