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FRANCE

Affaire Tarnac : en correctionnelle, l'épilogue attendu d'un fiasco judiciaire

© Pascal lachenaud, AFP | Le petit village de Tarnac dans le nord de la Corrèze a été rendu célèbre par l'arrestation des huit militants du groupe dit "de Tarnac"

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 12/03/2018

Le procès des huit militants anticapitalistes du groupe dit de Tarnac s'ouvre mardi au tribunal correctionnel de Paris, dans le cadre d'une affaire de dégradations de ligne TGV, présentée à l'époque comme du terrorisme "d'ultra-gauche".

À ses débuts en 2008, l'affaire dite de Tarnac est une histoire de terrorisme, démontrant les "risques de résurgence violente de l'extrême gauche radicale", selon les mots de la ministre de l'Intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie. Depuis, la baudruche s'est dégonflée. Le procès qui s'ouvre mardi 13 mars au tribunal correctionnel de Paris ne relève plus que du droit commun.

Pendant les trois semaines que doit durer le procès, les deux leaders présumés du groupe, Julien Coupat, 43 ans, et Yildune Lévy, 34 ans, vont être jugés pour "dégradations d’un bien appartenant à autrui". Les six autres prévenus répondront de délits mineurs. L'"association de malfaiteurs à caractère terroriste" qui pesait sur eux, il y a 10 ans est loin.

Des contre-enquêtes ont montré comment la sphère politique avait instrumentalisé ce dossier, censé symboliser le retour d'un terrorisme d'extrême gauche en France. Pour mieux comprendre ce fiasco judiciaire, France 24 a interrogé David Dufresne, auteur de l'une de ces contre-enquêtes, "Tarnac, magasin général", publié en 2012 et réédité chez Fayard à l'occasion du procès.

Quel est le contexte à cette époque dans la lutte contre le terrorisme ? Pourquoi la piste terroriste est immédiatement évoquée ?

Dans l'imaginaire collectif, poser des crochets sur un caténaire SNCF renvoie à la bataille du rail et aux actes des résistants durant la Seconde Guerre mondiale. Ça renvoie à du sabotage, et donc à du terrorisme. En réalité, la pose des crochets ne pouvait que ralentir les trains. Cela ne peut pas les faire dérailler et mettre en danger des vies. La bataille lors du procès doit avoir lieu là-dessus.

La ministre de l'Intérieur de l'époque, Michèle Alliot-Marie, est très focalisée sur les mouvances de gauche qui sortent des circuits traditionnels (partis, syndicats, associations) et préfèrent les combats de rue. Selon des témoignages que j'ai recueillis au sein de son équipe, elle fait alors tout pour nourrir le fantasme de la résurgence de l'ultra-gauche, quitte à ressortir ce vieux qualificatif datant des années 70. Elle avait une théorie : quand la gauche parlementaire baisse, la gauche radicale monte. La police et la justice vont donc qualifier les auteurs de ses actes 'd'ultra-gauche'.

Qu'est ce qui explique la faillite de l'antiterrorisme dans cette affaire ?

L'affaire a été enclenchée de manière malhonnête. À l'époque des faits, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) vient d'être créée. Nicolas Sarkozy en parle alors comme d'un "FBI à la française". Il fallait une affaire pour promouvoir ce nouveau service. Beaucoup de gens ont considéré que l'affaire dite de Tarnac était cette vitrine.

Ce qui est passionnant dans cette affaire, ce sont les méthodes de l'antiterrorisme. Et force est de constater que celles-ci sont parfois foireuses. L'affaire de Tarnac est à ce titre éloquente : on voit des policiers qui ont trop de moyens, qui sont livrés à eux-mêmes, qui en vertu du secret-défense n'ont à répondre à personne. L'État de droit et les libertés individuelles sont largement piétinés à certains moments. Ce ne sont pas des failles dans l'antiterrorisme, c'est le système lui-même qui est en cause.

Ces dernières années, avec l'émergence des ZAD, les manifestations contre la loi Travail, on agite de nouveau le chiffon de la violence de l'ultra-gauche : pourquoi ?

Ce qui est intéressant, c'est la construction médiatique autour de ces évènements. On parle de violence mais en réalité on manque singulièrement de recul. Par exemple, Emmanuel Macron veut célébrer Mai 68 mais en réalité, ces manifestations étaient bien plus violentes qu'aujourd'hui.

Depuis quelques mois, on voit réapparaitre dans la presse des articles qui sont quasiment les mêmes, à la formule près, que ceux de l'époque. Quelques mois avant les arrestations, on voyait fleurir dans la presse, de droite et de gauche, cette menace. Dix ans plus tard, on retrouve les mêmes peurs.

De plus, il faut bien voir que la violence politique est loin d'être l'apanage de la gauche radicale. Quand un proche du FN vend des armes à Amedy Coulibaly, personne ne dit qu'il y a résurgence de l'ultra-droite…

 

L'affaire en cinq dates

• 2008 : le sabotage et les arrestations

Dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, des caténaires de lignes SNCF font l'objet de sabotages dans l'Oise, l'Yonne et la Seine-et-Marne.

Le 11 novembre, 20 personnes sont arrêtées à Paris, Rouen, dans la Meuse et dans une communauté libertaire, à Tarnac, un petit village de Corrèze. La ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie agite le spectre de "risques de résurgence violente de l'extrême gauche radicale".

Neuf d'entre elles, dont le leader présumé du groupe Julien Coupat et sa compagne, Yildune Lévy, sont mises en examen pour "association de malfaiteurs à caractère terroriste".

• 2009 : sortie de prison de Julien Coupat

Dernier suspect encore détenu, Julien Coupat sort de prison le 28 mai 2009. Ses avocats dénoncent en novembre dans une note au juge des "anomalies" et "incohérences" de l'enquête. Toutefois, onze mois plus tard, en octobre 2010, la cour d'appel de Paris valide l'intégralité de l'enquête et rejette les demandes d'annulation déposées par la défense.

• 2011 et 2012 : contre-enquêtes

Début novembre 2011, une information judiciaire est ouverte à Nanterre pour faux et usage de faux en écriture publique après une plainte des mis en examen. Ils accusent la police d'avoir rédigé un PV mensonger pour les mettre en cause dans le sabotage de Dhuisy (Seine-et-Marne).

Le 24 octobre 2012, la défense déclare que la carte bancaire de Yildune Lévy a été utilisée à Paris dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, loin des lieux de sabotage, ce qui "anéantit la version policière", tandis que la justice ordonne l'audition des policiers qui ont participé à la surveillance du groupe.

• 2015 : renvoi en correctionnelle sans le caractère terroriste

Le 8 août 2015, huit militants libertaires sont renvoyés en correctionnelle, dont Julien Coupat, Yildune Lévy et deux autres pour "association de malfaiteurs". Mais le juge d'instruction ne retient pas le caractère terroriste de leur action. Julien Coupat et son ancienne épouse seront jugés pour le sabotage de Seine-et-Marne mais celui de Moselle fait l'objet d'un non-lieu. Le parquet fait appel.

• 2017 : rejet définitif du caractère terroriste

Le 10 janvier 2017, la Cour de cassation écarte définitivement la qualification terroriste pour les poursuites contre Julien Coupat et les autres membres du groupe de Tarnac.

Première publication : 12/03/2018

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