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Découvertes

L'e-santé pour le continent africain, entre espoirs et manque de gouvernance

© Eric Lafforgue/Art in All of Us / Contributeur

Texte par Émilie LAYSTARY

Dernière modification : 12/09/2018

En 2013, l'épidémie Ebola rappelait au monde le piteux état des infrastructures de santé en Afrique de l'Ouest. Alors que l'OMS estime qu'un système de soin universel et performant peut passer par l'e-santé, le continent se transforme doucement.

CASABLANCA, Maroc. – Elle a 24 ans quand, à l'hôpital dans lequel elle travaille, une femme enceinte arrive avec le besoin urgent de recevoir une transfusion sanguine. Arielle Ahouansou, jeune médecin béninoise, ne peut réaliser l'opération sans connaître le groupe sanguin de la patiente. Problème : cette dernière n'a en sa possession ni l'information, ni les 4 dollars que coûte un examen sanguin. Avec ses collègues de l'équipe médicale, Arielle Ahouansou cotise et rassemble l'argent. Mais le temps d'obtenir les résultats, la femme enceinte décède.

VOIR AUSSI : Ces applis révolutionnent l'accès à la santé dans les pays en développement

Bouleversée par cet épisode, "une perte de temps inutile et qui a une conséquence désastreuse", la médecin béninoise décide alors de troquer sa blouse blanche pour une casquette d'entrepreneuse. "Après tout, il y a différentes façons d'œuvrer pour la médecine", explique-t-elle à Mashable FR, lors de FUTUR.E.S in Africa, un événement qui réunissait à Casablanca (Maroc) les 1er et 2 mars des discussions et des rencontres sur le thème des nouvelles technologies, de la santé, de l'éducation et des territoires.

Avec son entreprise KEAMedicals, elle crée la carte médicale universelle, un QR code qui permet d'assurer la traçabilité de l'historique sanitaire des patients. Grâce à ce dispositif, n'importe quel médecin peit scanner et consulter les données de santé de son patient afin d'agir au plus vite.

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Aujourd'hui pèsent sur les nouvelles technologies de grandes attentes en matière d'amélioration de la santé sur le continent africain. Problème de qualité d'infrastructure, manque de personnel soignant, difficulté à acheminer les médicaments... Les inégalités dans l'accès aux services de santé et les disparités dans leur qualité impactent d'abord les classes les plus défavorisées. Mais alors que la moitié de la population possède un téléphone comme le fait remarquer Rebecca Enonchong à la tête du réseau des incubateurs AfriLabs, le principal levier pour un système de santé plus performant sera numérique ou ne sera pas.

Manque d'implication politique des élus

Applications mobiles, matériel connecté permettant de soigner ailleurs que dans les hôpitaux, drones de livraison... Moins coûteuses qu'auparavant, les nouvelles technologies se démocratisent peu à peu. Ainsi, former de nouveaux médecins ne suffit pas. Pour faire des bonds de géant, il faut également "admettre que l'humanité possède aujourd'hui des solutions techniques pour répondre à un certain nombre de problématiques", explique Muhammad Simjee, fondateur A2D24, une entreprise basée en Afrique du Sud qui place l'innovation comme réponse aux grands défis de notre époque. Par exemple, un logiciel d'intelligence artificielle permet de balayer une base de données d'images afin d'identifier des changements de couleurs dans le col de l'utérus – un outil incroyable lorsque l'on sait que le cancer de l'utérus tue 60 000 femmes chaque année sur le continent africain. Ou encore, au Mali, la télémédecine permet de répondre au manque de spécialistes en aidant au partage de connaissances entre praticiens. 

"Nous sommes le seul continent qui a des leaders qui se soignent en dehors du continent"

Alors bien sûr, chaque nouvelle initiative technologique peut être perçue comme une réponse locale à une pénurie de moyens humains ou d'infratrusctures. "Mais il y a un manque criant de gouvernance", dénonce Jaafar Heikel, président du comité scientifique du groupe international de management en santé INISAN au Maroc. Selon lui, le manque d'implication politique des élus empêche une réelle dissémination des bonnes pratiques. L'épidémiologiste estime en effet que les pouvoirs publics n'ont pas pris à-bras-le-corps la question de l'e-santé. Faudrait-il créer une instance panafricaine afin de mettre en commun des idées de nouvelles technologies au service des soins ? Il n'y croit pas non plus, "seules des rencontres sur le terrain peuvent inspirer les acteurs entre eux".

Pour l'heure, les innovations ne sont pas financées afin d'être appliquées à l'échelle continentale. "Nous sommes le seul continent qui a des leaders qui se soignent en dehors du continent. Nous devons avoir honte de cela. Nous devons promouvoir nos systèmes de santé", se choquait l'année dernière le ministre sud-africain de la santé Aaron Motsoaledi

Le défi de la planification

L'organisation actuelle des systèmes de santé des pays africains remonte surtout aux années 20-30, comme on peut le lire dans le numéro 243 de la revue "Afrique contemporaine". Aujourd'hui, repenser "une politique de santé adaptée au contexte de pénurie des ressources publiques suppose l’identification des priorités, la détermination des objectifs et le choix des instruments pour servir la politique définie".

Les projets de santé numérique peinent encore à se déployer

"Quelle est la part respective des ressources disponibles qu’il faut allouer aux actions de prévention (éducation, hygiène, vaccination) et aux actions médicales curatives ? Quelle est l’efficacité comparée des systèmes centralisés et des systèmes décentralisés ? Qu’en résulte-t-il pour l’organisation de la pyramide sanitaire ? Comment faire supporter le financement du système de santé : indirectement par l’impôt ou l’assurance maladie ou directement en contrepartie de la prestation et, dans ce cas, dans quelle proportion ?", s'interroge Pierre Jacquemot, chercheur et membre du Conseil national du développement et de la solidarité internationale.

Surtout, au-delà des initiatives de start-ups, c'est la question de leur fonds qui est posée. Avec la création en 2016 d'un observatoire de l’e-santé dédié aux pays du sud, la Fondation Pierre Fabre entend bien connecter les startups africaines (mais aussi asiatiques ou d'Amérique latine) à des investisseurs. Aujourd'hui, les projets de santé numérique peinent encore à se déployer dans les pays en voie de développement. Avec davantage d'investisseurs, une meilleure formation du personnel soignant et une politique volontariste, l'offre de soins évoluera.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 12/09/2018