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Economie

Phantom Secure : fin de partie pour le fournisseur de smartphones des mafieux

© iStock | Phantom Secure proposait des smartphones ultrasecurisés très prisés par le gratin de la criminalité

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 12/03/2018

Vincent Ramos, PDG de la société canadienne Phantom Secure, a été arrêté pour avoir fourni des smartphones ultrasécurisés à certains des criminels les plus violents du monde.

Les criminels de haut vol aussi téléphonent et s’envoient des messages. Mais contrairement au commun des mortels, ils n’utilisent pas un iPhone ou un Samsung Galaxy S. Un vaste marché de smartphones spécifiquement conçus pour leur besoin s’est développé au fil des ans, et Phantom Secure, l’un des principaux acteurs sur ce créneau, vient d’être démantelé par une opération internationale de police qui a duré plus de deux ans, raconte le site Motherboard, samedi 10 mars.

Vincent Ramos, le PDG canadien de Phantom Secure, a été arrêté jeudi 8 mars sur des soupçons de trafic de drogue par la police américaine. Cet entrepreneur n’a pas personnellement écoulé de la drogue, mais ses smartphones ont permis la distribution d’au moins 300 kg de cocaïne, 5 kg de méthamphétamine et 24 kg de MDMA entre 2015 et 2017, raconte l’agent du FBI qui a coordonné l’enquête, dans l’acte d’accusation.

Communications ultrasécurisées

Même si sur son site, Phantom Secure se présente comme une société qui travaille essentiellement avec des gouvernements et des militaires, les enquêteurs n'ont pas été dupes. “Phantom Secure a été établi dans le but de faciliter les activités criminelles transnationales et d'aider à échapper à la vigilance des forces de l’ordre”, écrit cet agent. Cette entreprise était un peu l’Apple du mafieux.

Les smartphones qu’elle vendait étaient des Blackberry revisités par les soins de l’équipe de techniciens maison. Ils récupéraient les téléphones, ôtaient la plupart des fonctionnalités traditionnelles - comme le GPS, le navigateur internet, le microphone, l’appareil photo - pour les remplacer par des solutions ultra-sécurisées. Les acheteurs pouvaient ainsi envoyer des emails depuis un compte Phantom Secure, ou encore utiliser un chat Phantom Secure en toute tranquillité. Toutes les données échangées (messages, numéros de téléphone appelés) étaient stockés sur des serveurs installés à Panama, un pays “qui ne coopère pas avec les autorités étrangères en matière de blanchiment d’argent”, a précisé Vincent Ramos à un agent infiltré, lors d’une discussion dont la transcription a été versée au dossier d’accusation.

Phantom Secure a aussi le sens du service après-vente. Il s’engage ainsi à effacer à distance tout le contenu d’un de ses smartphones qui se retrouverait entre les mains de la police ou qui serait, plus simplement, perdu. La sécurité d’un trafiquant de drogue international, c’est simple comme un coup de fil.

Un filon pour Vincent Ramos et ses associés. La société a écoulé au moins 20 000 smartphones Phantom Secure dans le monde et son affaire lui a rapporté des “dizaines de millions de dollars par an”, assure le FBI. Les profits ne viennent pas uniquement de la vente des téléphones, qui coûtent environ 2 000 dollars l'unité. La société loue l’ensemble des services qu’elle fournit avec l’appareil. Ainsi, les enquêteurs ont fait l’acquisition de six smartphones, ce qui leur a coûté 20 000 dollars pour les six premiers mois d’utilisation puis 25 000 dollars pour six mois supplémentaires.

Des Hell’s Angels aux stars d’Hollywood

Des prix qui semblent élevés, mais qui sont, en réalité, adaptés à la clientèle. Phantom Secure vend au gratin des criminels, souvent des trafiquants de drogue au compte en banque bien garni. Des membres haut placés du cartel de Sinaloa, l’une des plus importantes organisations criminelles mexicaines, ont ainsi coordonné des livraisons de drogues grâce aux smartphones Phantom Secure. Ceux-ci auraient aussi été utilisés pour organiser le meurtre de deux membres des Hell’s Angel par un gang rival en Australie.

Vincent Ramos peut difficilement prétendre qu’il ne vend qu’une technologie et qu’il n’est pas responsable de l’utilisation qui en est faite. Il a ainsi accepté d’installer un logiciel pisteur sur l’un de ses smartphones afin que son propriétaire puisse être localisé et tué. Le PDG ne savait pas, alors, que la demande émanait d’agents infiltrés se faisant passer pour les membres d’un gang qui soupçonnaient l’un des leurs d’être un informateur de la police.

Le démantèlement de l’empire Phantom Secure est probablement le coup le plus dur porté à ce secteur méconnu, mais pas le premier. En 2016 et 2017, deux autres fournisseurs de ce type de smartphones ont été ciblés par la police néerlandaise. PGPSafe et Ennetcom ont été accusés d’avoir fourni du matériel ultrasécurisé à des criminels sur tous les continents.

Plus généralement, une enquête de 2017 du Daily Beast a établi que ces smartphones ultrasécurisés ont permis à des trafiquants d’armes britanniques de faire entrer au Royaume-Uni en 2016 la plus importante quantité d’armes automatiques jamais saisie par la police et que ces téléphones étaient de plus en plus prisés par les bandes criminelles spécialisées dans le kidnapping.

Mais les marchands de smartphones ultrasécurisés ne sont pas tous des hommes d’affaires sans scrupules. Il existe aussi des sociétés qui répondent à des demandes beaucoup plus légitimes. Des hommes d’État ou ministres peuvent avoir besoin d’utiliser ce type d’appareils pour sécuriser leur communication. D’autres sociétés visent les ultra-riches et les stars du cinéma. Pour 17 000 dollars, la start-up israélienne Sirin Labs propose depuis juin 2016 le Solarin, un smartphone “aussi sécurisé que ceux utilisés par les militaires en zone de guerre”. Avec lui, même les stars d'Hollywood peuvent prendre des selfies sans craindre que leurs photos les plus personnelles se retrouvent sur l’Internet.

Première publication : 12/03/2018

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