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FRANCE 24

À Mayotte, une maternité "extraterritoriale" dans un désert médical ?

© Ornella Lamberti, AFP | Manifestation dans le chef-lieu de Mayotte, Mamoudzou, mardi 13 mars 2018.

Texte par Florence RICHARD

Dernière modification : 13/03/2018

À Mayotte, la contestation ne faiblit pas depuis 4 semaines. Le gouvernement tente de désamorcer le conflit en proposant un statut extraterritorial pour la maternité de l'île, département français où l’ensemble du système de santé craquelle.

Un hôpital "presque à genoux". Sans détour, c’est ainsi que le directeur de l’Agence de Santé de l’Océan indien (ARS OI) François Maury décrivait, en 2016, l’unique centre hospitalier public de Mayotte (CHM). Sur cette île, département français depuis 2011, vivent un peu plus de 256 000 personnes, le double d’il y a 20 ans, selon l’Insee. À titre comparatif, sa voisine, la Réunion, compte neuf hôpitaux pour moins de 850 000 habitants.

"Le taux d’occupation des lits est compris entre 120 et 150 % sur l’ensemble des services de l’hôpital, il est de 150 % à la maternité ", détaille Youssouf Doua, co-secrétaire de SUD Santé et Sociaux de Mayotte, membre de l’union syndicale Solidaires, joint par France 24. La construction d’un nouvel hôpital, livré à la fin de l’année, qui comprendra un service de soins de suite et un service de réadaptation, inexistants jusque-là dans l’île, "ne permettra même pas d’absorber la demande" et "se sera saturé avant même son ouverture", constate-t-il, dépité.

>> À lire : À Mayotte, "il risque d’y avoir le feu"

Entre 2015 et 2017, la fréquentation du CHM, basé dans le chef-lieu de Mamoudzou, a augmenté de 25 %. Le nombre d’accouchements a explosé jusqu’à atteindre 9 674 nouveaux-nés enregistrés en 2017. Mayotte est le département à la plus forte croissance démographique, devant la Guyane. Il est aussi le plus pauvre et celui où la part d’étrangers est la plus importante. D’après l’Insee, 70 % des femmes qui accouchent à la maternité du CHM sont en situation irrégulière.

Un "équilibre sanitaire dans la région"

C’est dans ce contexte que depuis quatre semaines, les Mahorais manifestent pour demander des moyens pour lutter contre l’insécurité, l’immigration irrégulière et pour développer le territoire, plus densément peuplé que la région lyonnaise. Pour tenter de mettre un terme à la crise, la ministre des Outre-Mer Annick Girardin est actuellement sur place, sans parvenir pour le moment à calmer les esprits des manifestants de plus en plus nombreux et déterminés. Elle a notamment proposé un statut extraterritorial pour la maternité du CHM.

Avec ce statut, ce service serait "en quelque sorte une maternité internationale", mais le droit du sol ne serait pas remis en cause, a expliqué le député LREM Aurélien Taché, dans La Croix. "Au lieu d'obtenir automatiquement la nationalité française", les enfants de femmes comoriennes qui y naîtraient "pourraient être déclarés comme Comoriens au registre de l'état-civil". La loi prévoit aujourd’hui que tout enfant né en France de parents étrangers acquière de plein droit la nationalité à sa majorité s’il y réside depuis au moins cinq ans, ou avant s’il en fait la demande.

"Cela pourrait régler une partie du problème, mais pas tout", déplore Youssouf Doua. Selon lui, ce projet doit impérativement s’accompagner de mesures en faveur des Comores, d’où provient la très grande majorité de l’immigration clandestine et où le système de santé est à terre. "Les Comores bénéficient de dotations de la France et de l’Europe, détournées par le système de corruption", se désole le syndicaliste, qui plaide "pour un équilibre sanitaire dans la région" afin d’endiguer l’immigration. Dans le même esprit, l'ex-ministre des Outre-Mer et députée PS de la Réunion Ericka Bareigts s’est étonnée que "personne ne parle d'investissements aux Comores" et a appelé l'État à engager un "dialogue diplomatique" avec ce pays pour y construire un hôpital.

Le "turn-over du personnel hospitalier

Joint par France 24, la présidente de la Commission médicale d'établissement (CME), la docteur Sophie Olivier ne préfère pas commenter cette proposition gouvernementale avant de "savoir précisément" ce que revêt ce nouveau statut, qui "pourrait changer beaucoup de choses, notamment le statut du personnel."

>> À lire : Les mairies fermées à Mayotte pour protester contre l'insécurité

Aujourd’hui, son principal défi à l’hôpital est le recrutement du personnel, notamment en raison de l’insécurité sur l’île. "Le turn-over est très important", explique Sophie Olivier. "Les gens ne s’installent pas dans la durée. Les jeunes praticiens viennent avec leurs enfants en bas âge. Mais dès que ceux-ci sont en âge d’aller au collège, ils quittent l’île, puisqu’ils se retrouvent confrontés à des problèmes d’insécurité dans les établissements scolaires". "Beaucoup d'infirmières, jeunes souvent, sont venues ici pour trouver un job qu'elles ne trouvaient pas en métropole ou pour le dépaysement. Beaucoup sont reparties au bout de quelques jours, de quelques semaines, rarement au-delà d'une année", confirme une infirmière installée à Mayotte dans un post Facebook partagé plus de 700 fois.

"La réalité est qu’il y a une démission de l’État par rapport à ses missions régaliennes, notamment la sécurité et la justice. L’État a failli et la conséquence est une explosion de l’insécurité et de l’impunité dans le territoire", constate Youssouf Doua. "Nous allons défier le gouvernement," a promis mardi un porte-parole du mouvement, lors de nouvelles manifestations.

Première publication : 13/03/2018

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