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Maroc : à Jerada, le mouvement social défie les interdits

Des manifestants ont bravé l'interdit des autorités pour demander une "alternative économique" le 16mars 2018.
Des manifestants ont bravé l'interdit des autorités pour demander une "alternative économique" le 16mars 2018. Fadel Senna, AFP

Les habitants de Jerada, ancienne ville minière sinistrée du nord-est du Maroc, ont décidé de tenir tête aux autorités qui ont interdit toute manifestation. Ils demandent un nouveau plan d'économie et la libération de militants arrêtés.

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"Plutôt la mort que la soumission" : déterminés, des milliers d'habitants de Jerada ont poursuivi leur mobilisation, vendredi 16 mars, malgré l'interdiction de manifester imposée par les autorités. Ils exigent du gouvernement des mesures d'aide économique afin de lutter contre la pauvreté.

À Jerada, commune déshéritée du nord-est du Maroc, le mouvement de protestation a vu le jour en décembre après la mort de deux mineurs dans un puits clandestin d'extraction de charbon. Un plan d'action économique proposé par les autorités avait permis une accalmie mais le mouvement a été relancé le weekend dernier, après une série d'arrestations.

Pour réfreiner ceux que les autorités considèrent comme des "agitateurs", toute "manifestation illégale" a été interdite en début de semaine. Mercredi, des heurts ont opposé forces de l'ordre et manifestants, faisant des blessés et des dégâts matériels.

Risquer sa vie dans les puits de la mort

Vendredi, plusieurs milliers de personnes ont défilé en direction de la préfecture, avec des nuées de drapeaux marocains rouge et vert qui détonnent dans la grisaille. Certains ont entonné l'hymne national. "On est patriotes, nous réclamons seulement les droits les plus élémentaires", explique un manifestant.

"Ici les gens n'ont rien à perdre, ils sont très pauvres et beaucoup d'entre eux risquent déjà leur vie dans les puits de la mort", ajoute Hassan, emmitouflé dans une djellaba marron pour se protéger du froid, bonnet sur la tête.

Avant la fermeture à la fin des années 1990 de la mine, jugée non rentable, l'activité minière de la ville employait quelque 9 000 ouvriers et constituait alors la principale source économique. Depuis la fermeture des puits, les jeunes continuent de s'y aventurer pour extraire du charbon à la main et le vendre à des négociants locaux, dotés de permis de commercialisation et surnommés localement les "barons".

"On se croirait au XIXe siècle, c'est Germinal"

"Notre mouvement restera pacifique", affirme Hassan, alors que la foule réclame une "alternative économique" aux puits clandestins et la "libération des détenus", au nombre de 14 à ce jour. "ll y a de gros problèmes dans cette région, c'était un devoir de venir", souligne le député Omar Balafrej, élu à Rabat, la capitale, sous les couleurs de la Fédération de la gauche démocratique (FGD), rencontré à Jerada avant la marche.

"J'ai vu cette ville, j'ai vu les puits. On se croirait au XIXe siècle, c'est Germinal", dit-il en référence au roman d'Emile Zola sur la misère des mineurs français. "Il y a autant de forces de l'ordre que d'habitants, alors qu'on a des manifestations pacifiques". Bloqués par les forces de l'ordre, les manifestants ont changé d'itinéraire et malgré des face-à-face tendus, la marche s'est terminé sans incident.

Avec AFP

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