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Russie: l'opposition et des ONG dénoncent des milliers d'irrégularités

© AFP | Un bureau de vote dans la gare Kazansky à Moscou, le 18 mars 2018

MOSCOU (AFP) - 

Electeurs transportés par autocars entiers par la police, observateurs menacés, bourrages d'urnes: l'opposition russe et des ONG ont dénoncé des milliers d'irrégularités lors de la présidentielle de dimanche en Russie, visant surtout à augmenter la participation pour un scrutin sans suspense.

L'ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections et qui dresse une carte des fraudes sur son site internet, faisait état vers 15H00 GMT de 2.288 cas d'irrégularités tels que du bourrage d'urnes, des cas de votes multiples ou des entraves au travail des observateurs.

Le mouvement du principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, qui affirme avoir dépêché plus de 33.000 observateurs dans les bureaux de vote, a rapporté également des centaines de cas de fraudes, surtout dans le Caucase du nord ou dans la région sibérienne de Kemerovo réputée pour ses mines de charbon et ses grandes industries métallurgiques.

Golos s'est inquiétée notamment d'informations faisant état de contraintes exercées par des employeurs ou universités forçant employés et étudiants à voter non pas à leur lieu de domicile mais sur leur lieu de travail ou d'étude, "où l'on peut contrôler leur participation au scrutin".

L'élection semblant jouée d'avance aux yeux de nombreux Russes, avec la victoire annoncée de Vladimir Poutine, le Kremlin a tout fait pour s'assurer que la participation, seul véritable baromètre de ce scrutin, soit aussi forte que possible.

Pour doper le taux de participation à Iakoutsk, dans l'Extrême-Orient russe, "on a promis aux électeurs des poulets" en échange de leur vote, a ainsi rapporté Ivan Jdanov, juriste de l'équipe de M. Navalny.

Des coupons de réductions pour des produits alimentaires, des "médailles", des sandwichs ou encore des billets pour des concerts ont aussi été distribués aux électeurs, selon des témoignages diffusés sur les réseaux sociaux.

- Bulletins annulés -

Mais au-delà de ces incitations, des irrégularités et violations ont été souvent constatées. "Les principales violations sont le bourrage d'urnes et le transport organisé d'électeurs", a déclaré M. Navalny lors d'une conférence de presse.

De nombreux bus ont été affrétés, y compris par les autorités, pour amener les électeurs aux bureaux de vote dans plusieurs régions du pays, notamment dans les régions sibériennes de Kemerovo et Krasnoïarsk, ainsi que dans le Caucase du nord, selon les observateurs dépêchés par l'opposant.

Les dirigeants de ces régions "ont besoin" de montrer un "taux de participation" satisfaisant au Kremlin, a-t-il assuré, ironisant sur le fait que "la majorité des électeurs russes sont venus voter à 08H00 du matin".

"Toute personne normale aura du mal à croire que c'est une élection normale", a estimé l'opposant.

Dans un bureau de vote de Grozny, en Tchétchénie, "les chiffres officiels (du taux de participation) donnés par la commission électorale sont trois fois supérieurs à ceux des observateurs indépendants", signale aussi l'ONG Golos.

"Dans certaines régions, les observateurs donnent un taux de participation qui est 10% plus faible" que celui donné par la commission électorale locale, a indiqué également à l'AFP M. Jdanov.

Selon des vidéos filmées et diffusées par les observateurs de Golos, des bourrages d'urnes ont eu lieu dans plusieurs endroits du pays, comme à Lioubertsi, à quelques kilomètres à l'est de Moscou.

Ce dernier cas a été confirmé par la Commission électorale, selon l'une de ses responsables citées par l'agence Interfax, et les bulletins ont été annulés.

Au moins deux urnes à Moscou ont vu leurs bulletins déclarés invalides en raison de soupçon de fraudes, selon la commission électorale locale.

Alexeï Navalny, ainsi que plusieurs sites indépendants, ont aussi diffusé de nombreuses images d'exemples présentés comme des violations ou des pressions sur les électeurs, sans qu'il soit possible de les vérifier de manière indépendante.

On voit par exemple des nonnes dans un couvent remplir leur bulletin sous l'oeil de leur mère supérieure.

Les observateurs ont également dénoncé des entraves à leur travail, notamment en Tchétchénie où ils ont été "menacés physiquement" par des membres de bureaux de vote, a indiqué l'ONG OVD-Info.

D'autres observateurs étaient interdits d'accès aux bureaux de vote, comme à Oufa, Kémérovo (Sibérie) et à Krasnodar (sud), selon Ivan Jdanov.

© 2018 AFP