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FRANCE

"Une fleur sur les cadavres" : la quête de justice des chasseurs de preuves en Syrie et en Irak

© Louai Beshara, AFP | Homs, en 2016.

Texte par Florence RICHARD

Dernière modification : 16/05/2018

La journaliste française Émilie Blachère a enquêté sur les chasseurs de preuves des crimes de guerre commis en Syrie, qui entre dans sa 8e année de conflit, et en Irak. Elle en a tiré un livre, "Une fleur sur les cadavres" édité chez Plon. Entretien.

Ils étaient autrefois professeurs, médecins ou étudiants et récoltent aujourd'hui, au péril de leur vie, des documents prouvant l’implication du régime de Bachar al-Assad, des rebelles, des Kurdes ou des organisations jihadistes dans les crimes de guerre commis en Syrie et en Irak.

Dans "Une fleur sur les cadavres", la journaliste française Émilie Blachère livre une enquête saisissante sur ces chasseurs de preuves, fruit d’un an de travail en Turquie, en Irak et au Liban.

>> À voir : 7 ans de guerre en Syrie, un conflit sans issue ?

Cet ouvrage est aussi une quête personnelle bouleversante. Émilie Blachère rend hommage à son compagnon Rémi Ochlik, photojournaliste mort il y a six ans à Homs, en Syrie, le 22 février 2012, avec la journaliste américaine Marie Colvin. Le centre de presse où ils se trouvaient a été visé par un tir d’obus. "Le régime a ordonné cette frappe", affirme la journaliste, preuves à l’appui. Interview.

France 24 : Qui sont ces chasseurs de preuves que vous avez rencontrés au cours de cette longue enquête ?

Émilie Blachère : "Il existe deux profils. Le premier, assez classique, est celui de chercheurs d’organisations internationales comme Human Right Watch ou Amnesty International, qui sont des spécialistes de la recherche de preuves. Le second, que j’ai découvert au fil de mon enquête, est celui de Syriens ou d’Irakiens qui résistent, dans leur pays. Ils étaient médecins, avocats, étudiants, professeurs, journalistes, militants ou activistes. Avec la guerre, ils ne peuvent plus exercer leur métier et ont trouvé là un moyen de faire avancer la justice et de contribuer à la paix dans leur pays. Ils récoltent ces preuves en toute clandestinité, au péril de leur vie.

Cette guerre est un catalogue d’horreurs mais ces personnes représentent quelque chose de positif dans notre humanité, un espoir fou. Ils ne renoncent pas même s’ils sont parfois désespérés, souvent en colère face au nombre de morts qui ne cesse d’augmenter sans que rien ne se passe, mais ils ne lâchent pas. Ils sont d’un courage exemplaire.

>> À voir : Retour sur sept ans de guerre en Syrie

Comment travaillent-ils, que recherchent-ils précisément ?

La collecte de preuves est très cadrée. Ils ont été formés à trouver la bonne preuve. Rien ne sert de prendre des risques inconsidérés pour récolter des papiers inutilisables par la suite. L’idée est de reconstituer les organigrammes décisionnaires. Si un jour un tribunal pénal international existe pour la Syrie, ce sont les commanditaires, les donneurs d’ordre qui seront jugés, pas les exécutants. L’un des buts des chasseurs est donc de récupérer, dans les bâtiments désertés par le régime, par les rebelles, par les jihadistes, des papiers administratifs. Parfois, ils arrivent à les sortir du pays en les cachant dans des sacs de blé, en se grimant en paysan. C’est un vrai film d’espionnage. En général, des enquêteurs internationaux, tout aussi discrets, récupèrent ces documents pour les mettre à l’abri dans des ambassades occidentales, puis ils sont transportés dans les pays européens, dans des centres secrets où des analystes, syriens ou irakiens, les décortiquent et les classent en fonction de leur importance. Plus de 600 000 pages relatives au régime syrien ont déjà été récupérées ainsi. Quand sortir les documents du pays n’est pas possible, ils sont enterrés sur place, comme à Homs, depuis 2012, avec l’espoir un jour de les sortir.

Votre compagnon, le photographe de guerre Rémi Ochlik, a été assassiné en 2012 par un tir d’obus à Homs, en Syrie. Il ne fait plus aucun doute que c’est bien le régime qui a ordonné cette frappe écrivez-vous.

Le hasard de cette enquête m’a conduit à rencontrer une personne qui enquêtait sur la mort d’Ochlik. Dès le départ, on avait peu de doutes sur l’origine du tir grâce notamment aux témoignages apportés par les survivants, mais je n’avais que peu de détails. Les chasseurs de preuve ont fait un travail remarquable depuis son assassinat, en récoltant des témoignages, des documents qui permettent aujourd’hui de raconter ce qu’il s’est passé de manière très précise, chirurgicale. J’ai découvert que Marie Colvin, journaliste américaine tuée aussi par ce tir d’obus dans le quartier rebelle de Baba Amr, à Homs, a été suivie dès son arrivée au Liban où les sbires d’Assad pullulent. Le régime est donc au courant de son arrivée. Une fois en Syrie,à Homs, elle fait plusieurs directs pour la télévision, par Skype, en utilisant une connexion internet non sécurisée. Ces messages sont immédiatement localisés par le régime qui dispose de moyens de surveillance ultra-perfectionnés. Les journalistes sont repérés de cette manière. En enquêtant, j’ai aussi appris que des personnes espionnaient pour le compte du régime à proximité du centre, dont une femme qui va alerter les renseignements du régime sur la position des journalistes. Dans la nuit, la décision est prise de bombarder dès l’aube. Rémi est arrivé quelques heures plus tôt. On sait, grâce aux chausseurs de preuves, que le régime a ordonné cette frappe pour laquelle les exécutants sont récompensés de deux voitures. Des mandats d’arrêt pourraient être lancés, malheureusement, ils ne le sont pas. Deux enquêtes sont ouvertes, une en France, l’autre aux États-Unis.

>> À lire : Les cinq principales zones de combats en Syrie

Que va-t-il advenir de toutes ces preuves collectées ? Bachar AL-Assad et son régime seront-ils un jour présentés devant la justice internationale ?

Quand j’ai commencé cette enquête, j’ai d’abord pensé à me rendre à la Cour pénale internationale (CPI). Je suis donc allée dans ce bâtiment ultra-blindé, à la rencontre du personnel de cette énorme machine. D’emblée, les personnes que j’ai rencontrées m’ont expliqué par A plus B qu’elles étaient pieds et mains liés pour enquêter. Pourquoi ? Parce que la Cour pénale internationale n’a de pouvoir que si les pays ont signé un traité de coopération, ce qui n’est pas le cas de la Syrie, encore moins de l’Irak. Elle n’est donc pas autorisée à enquêter sur place. L’autre moyen, m’ont-ils expliqué, serait que le Conseil de sécurité de l’ONU vote une motion pour les contraindre à laisser entrer, sur leurs territoires, des enquêteurs de la CPI. Nouveau problème puisque la Chine et la Russie (alliée de Damas, NLDR) ont un droit de veto qu’ils utilisent. Je me suis alors rendue compte que la justice internationale est loin d’être indépendante et qu’elle était complétement liée aux relations diplomatiques. Elle est par ailleurs extrêmement complexe et manque cruellement de moyens. Il y avait une seule personne au pôle crime de guerre de la France censée, entre autre, enquêter sur la mort de Rémi et de Marie sans pouvoir se rendre sur zones. Mais qui sait, le cas d’Hissène Habré ou celui du Rwanda démontrent que, malgré tout, même si cela peut prendre plusieurs générations, ce n’est pas impossible.

Première publication : 20/03/2018

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