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En France, quel fichage pour les radicalisés?

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Paris (AFP)

Près de 20.000 personnes sont recensées comme radicalisées par le ministère de l'Intérieur, contre seulement une dizaine en 2014. Un fichage au large spectre, de la dérive sectaire au jihadiste en puissance, dont l'usage nourrit le débat politique.

D'où vient ce nombre ?

19.745: c'est le nombre de personnes inscrites au Fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT), selon un décompte du 20 février.

Créé en 2015, ce fichier vise à comptabiliser tous les islamistes radicaux présents en France et susceptibles de constituer une menace, afin d'assigner un service à leur suivi et d'éviter "les trous dans la raquette".

On y trouve aussi bien un homme signalé par son employeur parce qu'il ne veut plus serrer la main des femmes, une mineure récemment convertie à l'islam radical ou un homme en lien avec le groupe Etat islamique (EI) se disant prêt à passer à l'acte.

Y figurent aussi ceux qui sont partis ou soupçonnés d'être en zone irako-syrienne.

Une fois entrée dans le fichier, la personne peut être fichée pendant cinq ans. "Toute l'échelle de la radicalisation y est représentée", résume un policier. Ce fichier est alimenté par les services antiterroristes, les états-majors de sécurité (EMS) - réunissant autour du préfet dans chaque département les responsables en charge de ces dossiers - et par l'exploitation des appels au numéro vert de la plateforme de signalement, lancée en avril 2014.

Le FSPRT est mis à jour au fur et à mesure des vérifications. Selon des données de février, quelque 11.000 individus sont "pris en compte", et pour 4.604 d'entre eux, leurs fiches sont dites "clôturées", c'est-à-dire que les services estiment qu'ils ne nécessitent plus de surveillance, mais demeurent dans le FSPRT du fait des signes de radicalisation constatés. Enfin, ils sont 3.557 à être dits "en veille". "Ils ne nécessitent plus de suivi actif mais restent néamoins attribués à un service", explique le professeur Jean-Marie Cotteret dans le rapport "Les fichiers de police et de renseignement en France".

Ce fichier, à diffusion restreinte, contient les données personnelles des individus repérés et leurs liens avec d'éventuels autres suspects.

Quel profil ?

Selon des données du ministère de l'Intérieur fin 2017, plusieurs milliers d'inscrits au FSPRT sont suivis, dont 4.000 considérés comme étant sur le "haut de spectre".

Toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées, même si une majorité concerne des jeunes hommes issus des banlieues. Quelque 500 détenus pour terrorisme et 1.300 détenus de droit commun et radicalisés y figurent.

Si aucun département n'est épargné, la majorité des individus concernés sont concentrés dans quatre régions: Ile-de-France, Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d'Azur.

"Il ne faut jamais oublier que c'est le sommet de l'iceberg. 60% des individus qui ont frappé en France depuis 2014 étaient inconnus des services de police et n'étaient pas fichés. Donc les fichiers c'est bien, mais même les fichiers ne représentent pas l'intégralité de la menace endogène", observe Jean-Charles Brisard, président du Centre d'analyse du terrorisme (CAT). "La mesure de la radicalisation n'est pas une science exacte", souligne Jean-Marie Cotteret.

Tous fichés "S" ?

Tous les "fichés S" (pour "sûreté de l'Etat") ne sont pas inscrits au FSPRT, et inversement. Et pour cause: ils ne sont pas tous liés à l'islam radical.

La fiche S est un outil de police servant notamment à repérer un individu lorsqu'il tente de passer les frontières. Elle ne justifie pas à elle seule l'inscription au FSPRT. Il faut qu'il y ait d'autres facteurs aggravants, indiquant une radicalisation ou une volonté de passer à l'acte.

Le jihadiste Radouane Lakdim, auteur des attaques de vendredi dans l'Aude qui ont fait quatre morts, a été fiché S dès mai 2014 avant d'être inscrit au FSPRT en septembre 2015.

La fiche S est une balise et non un indice ou une preuve de culpabilité. Ainsi, transmettre les noms des fichés S de leurs communes aux maires, comme certains le demandent, ne serait pas forcément pertinent et est actuellement impossible en l'état de la loi.

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