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En RD Congo, un programme cherche à établir un marché du ”cobalt éthique”

Quelque 60 % de la production mondiale de cobalt provient de RD Congo.
Quelque 60 % de la production mondiale de cobalt provient de RD Congo. Federico Scoppa, AFP

Un nouveau projet de traçage électronique du cobalt va être expérimenté en République démocratique du Congo. Objectif : limiter les abus, comme le travail des enfants, dans un secteur en pleine expansion.

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C’est une initiative qui pourrait intéresser Apple. Tesla aussi. Plus généralement, tous les constructeurs de smartphones, objets connectés et voitures électriques risquent de suivre de très près le programme pilote pour un “cobalt éthique” qui va être lancé en République démocratique du Congo (RD Congo) cette semaine, et qui a été dévoilé par le Financial Times dimanche 25 mars.

Ce minerai, utilisé dans la fabrication des batteries, est promis à un avenir radieux avec l’explosion annoncée du marché des voitures électriques. Son prix a augmenté de 127 % en un an, se révélant être une ressource stratégique pour la RD Congo, d'où est extrait 60 % du cobalt mondial.

Recours à l'électronique

Derrière ce nouvel eldorado se cache une sombre réalité humaine et sociale mise en lumière par un rapport d’Amnesty international de janvier 2016. Cette enquête dénonce les conditions sanitaires déplorables dans les mines, et le recours trop fréquent au travail des enfants. À la suite de ces révélations, Apple avait assuré chercher une solution pour mieux tracer l’origine de son approvisionnement en cobalt et Elon Musk, patron de Tesla, avait exprimé son désir de se fournir uniquement auprès de mines nord-américaines.

La nouvelle initiative de “cobalt éthique”, supervisée par le cabinet britannique d’audit RCS Global, vise à s’assurer, grâce à un système de traçage électronique, que le cobalt est extrait des mines de RD Congo dans des conditions dignes, n’impliquant, notamment, pas de travail d’enfants.

Ce système, expérimenté dans cinq mines artisanales ou semi-artisanales identifiées par les autorités de RD Congo et des ONG comme étant en conformité avec le droit du travail, permet de taguer électroniquement tout le minerai extrait. Les intervenants de la chaîne d’acheminement - jusqu’à l’acheteur final du cobalt transformé en batterie - peuvent ainsi suivre en direct le parcours emprunté.

Résultat : impossible, ensuite, de dire qu’ils ne savaient pas entre quelles mains le précieux minerai est passé. Ce dispositif permet aussi aux observateurs qui visitent les lieux de production et les marchés d’échange de signaler tout manquement aux règles observé. Ces signalements sont immédiatement transmis à tous les utilisateurs du programme pilote.

Le recours à l’électronique permettrait de contourner des problèmes rencontrés lors d’autres expérimentations de traçage de minerais tels que le tungstène ou le coltan. Au Nord-Kivu (RD Congo), les minerais issus de mines “responsables” étaient placés dans des sacs munis de code-barres censés attester de leur origine. Problème : en pratique, les minerais n’étaient emballés que dans les villages - et non pas dès leur sortie des mines -, et les sacs se retrouvaient en vente sur le marché noir, raconte à France 24 un activiste qui a travaillé sur le sujet et préfère garder l’anonymat.

Facteur humain

Mais la dose de technologie insérée dans le nouveau programme pilote n’est pas une garantie de succès. “Ce genre de programme est toujours difficile à appliquer et au final tout dépend de la manière dont les personnes le mettent en œuvre sur place”, affirme Joshua Rosenzweig, analyste d'Amnesty international qui a travaillé sur le sujet du cobalt, contacté par France 24. Dans le contexte social et politique plus que tendu en RD Congo, la participation de tous les acteurs - entreprises d’extraction, autorités locales, population - est loin d’être acquise.

Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer, jugent les personnes contactées par France 24. “La technologie permet de réduire certains risques, notamment de corruption et de marché noir”, note l’un d’eux.

Tout dépend aussi du soutien apporté à cette initiative par les grands noms du secteur. RCS Global assure travailler avec “des marques internationales”, mais sans les citer. Si des acteurs comme Apple, Samsung ou Tesla venaient à supporter officiellement le programme pilote, les autres acteurs du marché du cobalt seraient d’autant plus incités à suivre des règles du jeu plus éthiques.

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