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"See my Raqqa", plongée dans la ville d’avant l’EI

Lamis Aljasem, Syrienne de 28 ans aujourd'hui exilée à Paris, à l'entrée de Raqqa en 2012, avec en arrière-fond, l'Euphrate.
Lamis Aljasem, Syrienne de 28 ans aujourd'hui exilée à Paris, à l'entrée de Raqqa en 2012, avec en arrière-fond, l'Euphrate. DR

Le projet numérique "See my Raqqa" donne à voir la vie à Raqqa avant l’occupation de l’EI. Sa créatrice Lamis Aljasem, une Syrienne de 28 ans exilée à Paris, a rassemblé des clichés plein de nostalgie de la ville de son enfance.

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Des paysages et des visages d’un Raqqa qui n’est plus et ne sera plus. Mais cette cité vit toujours dans les souvenirs des Syriens qui ont dû fuir la ville martyre, désignée capitale du califat autoproclamé del’organisation État islamique en 2014, avant d’être libérée à la mi-octobre 2017 par les Forces arabo-kurdes.

Des commerçants devant leur étal, une grand-mère au visage grave, les bords de l’Euphrate déserts sous un soleil d’été – la vie telle qu’elle va… Ce sont les précieuses et émouvantes images que recèle "See my Raqqa", un projet développé sur divers réseaux sociaux –Twitter, Instagram, Facebook – par Lamis Aljasem, une Syrienne de 28 ans exilée en France et native de la cité du nord syrien.

Une soixantaine de photos, prises entre les années 1980 et 2012, ont pour l’heure été publiées sur ces plateformes par l’étudiante en master droits de l’Homme et action humanitaire à Sciences-Po Paris. Elle a effectué un important travail de recherches pour exhumer ces clichés, à mille lieues des images de rues dévastées ou de drapeaux noirs de l’EI que convoque immanquablement l’évocation de Raqqa.

Ils ont été réalisés par des photographes locaux, amateurs ou reconnus, tel Hamza Al-Hussein, mais aussi par des Occidentaux qui ont immortalisé la ville – on retrouve ainsi une production du photographe Yann Arthus-Bertrand, qui a survolé Raqqa dans le cadre de sa célèbre série "La Terre vue du ciel".

"Ceux que j’ai contactés ont été enthousiasmés par le projet et ont été ravis de m’envoyer ces clichés que je partage", raconte Lamis Aljasem.

"Un travail de mémoire"

À l’origine de sa démarche, une vidéo. Celle que des amis de sa ville natale lui ont envoyée mi-octobre 2017. De Paris, où elle vit et étudie depuis 2013, Lamis Aljasem regarde défiler les images de ce qui fut sa maison. "En lieu et place de cet endroit où j’ai vécu toute mon enfance, il n’y avait rien d’autre que des gravats, tout s’était effondré", dit celle qui, pour la première fois, comprend que cette Raqqa d’antan est définitivement enterrée.

De sa tristesse naît une obsession : témoigner de ce que fut sa cité, pour se souvenir et aider ses habitants meurtris à en faire autant. "‘See my Raqqa’ est d’abord un travail de mémoire, pour faire revivre le Raqqa humain, ordinaire, dans lequel j’ai grandi", insiste-t-elle.

C’est ainsi qu’elle a retrouvé ce cliché de la pâtisserie Ibn al-Walid, une célèbre enseigne de Raqqa des années 2000 connue pour ses '"shaabiyat". Une photo qui montre des hommes souriants, "heureux de poser devant leurs réalisations". La jeune femme partage volontiers des clichés de plats locaux alléchants, "car la cuisine syrienne est particulièrement riche et variée, et comme toutes les cuisines, elle rassemble".

Elle tient également à célébrer la vie des locaux, comme en témoigne cette photo d’un mariage dans la campagne de Raqqa, où les convives esquissent quelques pas de dabkeh, cette danse folklorique traditionnelle pratiquée au Proche-Orient.

Changer l’image de Raqqa

Sous une image de la ville vue depuis ses hauteurs, Essam, 20 ans, se souvient : "Tout me manque à Raqqa, même le temps froid. J’aimais arpenter les rues de ma ville dans le matin brumeux pour aller à l’école". Car Lamis Aljasem, qui souhaite aussi faire de cet espace numérique un lieu de témoignage pour les habitants de Raqqa, convie ceux-ci à s’exprimer en ligne.

Au-delà du travail de mémoire, l’autre objectif de "See my Raqqa" est de changer l’image de cette ville devenue symbole des atrocités commise par l’EI. "Lorsque Daech a été définitivement chassé le 17 octobre 2017, je n’ai plus eu honte de dire que je venais de Raqqa, et j’ai voulu donner à voir un autre aspect de la cité, la montrer belle, paisible, dévoiler ses trésors cachés d’avant la révolution ( de 2011 NDLR) et d’avant la guerre", explique Lamis Aljasem.

Bords de l’Euphrate et porte de Bagdad

La jeune femme a eu la sensation que son identité avait été confisquée avec la proclamation du califat : "Raqqa était jusque-là une localité syrienne inconnue, parfois même de certains de mes compatriotes, et elle est devenue du jour au lendemain, aux yeux du monde entier, symbole de la barbarie de l’EI", s’insurge celle qui a participé à la création du premier réseau de femmes journalistes syriennes, en 2013.

Alors elle donne à voir les bords de l’Euphrate par une chaude journée d’été, le château ou la monumentale "porte de Bagdad", qui trône à l’entrée sud-est de la ville.

"Cela ne veut pas dire que la vie était rose avant la révolution (de 2011, contre le régime de Bachar al-Assad, NDLR) mais c’est simplement ma façon de redorer l’image de ma ville", insiste-t-elle. Bientôt, elle lancera un site internet où s’exprimeront des habitants de Raqqa de tous âges. Ils y diront comment ils envisagent l’avenir de leur cité. Lamis Aljasem souhaite elle y retourner au plus vite, et "se battre" pour en soutenir les projets de reconstruction.

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