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ÉGYPTE

#MyPicForShawkan, une campagne pour la libération du photojournaliste égyptien

Le photographe Shawkan lors de son procès au Caire, le 9 août 2016.
Le photographe Shawkan lors de son procès au Caire, le 9 août 2016. Khaled Desouki, AFP
Texte par : Monique El-FAIZY
6 mn

Reporters sans frontières lance mardi une campagne sur les réseaux sociaux en soutien à Mahmoud Abou Zeid, alias Shawkan, photojournaliste emprisonné depuis quatre ans en Égypte. En mars dernier, le parquet a requis la peine de mort à son encontre.

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Mahmoud Abou Zeid est un photojournaliste égyptien connu sous le nom de Shawkan. Son arrestation date du 14 août 2013, alors qu’il couvrait, pour l’agence de photo britannique Demotix, la manifestation contre la destitution de Mohamed Morsi sur la place Rabaa al-Adawiya, au Caire. Il avait 26 ans à l’époque. Il n’a pas quitté la prison depuis.

Au mois de mars 2018, le parquet égyptien a requis la peine de mort contre lui. Face à cette menace, l’organisation Reporters sans frontières lance, mardi 10 avril, une campagne sur les réseaux sociaux pour que se répande le hashtag #MyPicForShawkan, et que des personnes publient une photo d’elles-mêmes derrière des barreaux, pour imiter une photo répandue du reporter égyptien.

L’organisation non-gouvernementale espère qu’une vaste mobilisation puisse faire reculer les autorités égyptiennes, et qu’elles abandonnent les charges contre Mahmoud Abou Zeid.

Shawkan travaillait aux côtés de deux journalistes étrangers lorsqu’il a été arrêté, au cours de l’assault des forces de l’ordre sur la foule réunie à Rabaa al-Adawiya. Le massacre s’est soldé par des centaines de morts, peut-être plus d’un millier. On dénombre plusieurs milliers de personnes blessées. Les journalistes étrangers présents sur les lieux ont été relâchés peu de temps après. Pas Shawkan.

Depuis ce jour-là, le photojournaliste croupit en prison. Il souffre d’une hépatite C, d’une anémie sévère et de dépression. Sa famille s’inquiète qu’il ne reçoive pas une aide médicale suffisante et que sa santé se soit dégradée.

Shawkan a été jugé au milieu de centaines d’autres détenus, retenus depuis les manifestations de la place Rabaa le 14 août 2013. Ils sont accusés collectivement de détenir des armes, de s’être rassemblés illégalement, de meurtre, de tentative de meurtre et d’appartenance à une organisation défendue, celle des Frères musulmans, confrérie à laquelle appartiennent le président Morsi et nombre de manifestants réunis ce jour-là.

À procès collectif, réquisitions collectives : le parquet s’est prononcé en faveur de la pendaison pour tous les accusés.

Les procès de masse sont affaires courantes en Égypte depuis 2013, et ne se plient même pas aux exigences les plus élémentaires de la justice. Un collectif américain, "Reprieve U.S.", a collecté des données sur la justice égyptienne, montrant qu’en janvier 2014 et février 2018, les tribunaux ont prononcé la peine de mort envers 2 159 personnes. Vingt-huit de ces peines ont été exécutées, dont une pendaison de masse concernant 15 personnes. À quatre reprises, la cour a requis la peine de mort contre plus de cent personnes, jugées en même temps.

Le cas le plus emblématique reste cet enfant, âgé d’un an lors du massacre de 2013, et qui a été condamné en 2016 à une peine de prison à vie pour meurtre, tentative de meurtre, vandalisme et menaces envers la police, malgré les efforts de sa famille pour persuader les autorités de lire en détail les dossiers et de tenir l’enfant à l’écart d’un tel procès.

Si l’innocence d’un nourrisson est aussi difficile à faire reconnaître par les autorités, celle d’un photojournaliste l’est davantage encore. Les organisations qui plaident pour la libération de Shawkan font valoir que l’individu ne faisait que son métier, celui de journaliste. En août 2016, au sein du comité pour les droits humains aux Nations unies, le groupe travaillant sur la détention arbitraire a appelé à la libération de Shawkan, estimant qu’il était détenu en violation des accords sur les droits humains.

Des organisations non-gouvernementales, telles que la fédération internationale des journalistes, le Rory Peck Trust, le Comité pour la protection des journalistes, Reporters sans frontières et Amnesty International, ont régulièrement pressé les autorités de relâcher le photojournaliste, depuis son arrestation en 2013.

À cette heure, les autorités égyptiennes semblent peu s’émouvoir. Au contraire, plus de 20 journalistes étaient derrière les barreaux, fin 2017, et ce nombre a augmenté depuis. Le 5 avril dernier, trois journalistes ont été arrêtés, dont Mohamed Ibrahim, alias Mohamed Oxygen, qui tient un blog critique envers le gouvernement actuel, selon les informations du Comité pour la protection des journalistes.

L’Égypte se trouve à la 161e place, au classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

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