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L'armée israélienne critiquée après la mort d’un photoreporter palestinien

Les confrères du reporter Yasser Mourtaja ont participé à une procession samedi 7 avril, près de la frontière israélienne.
Les confrères du reporter Yasser Mourtaja ont participé à une procession samedi 7 avril, près de la frontière israélienne. Said Khatib, AFP

Le reporter palestinien Yasser Mourtaja est décédé samedi après avoir été touché par un tir de sniper israélien lors de "la marche du retour". Tsahal a tué 30 Palestiniens en 10 jours, s'attirant des critiques de la communauté internationale.

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Le dernier post de Yasser Mourtaja sur Facebook est une photo aérienne du port de Gaza prise avec son drone. "Mon nom est Yasser Mourtaja. J’ai trente ans. Je vis à Gaza. Je n’ai jamais voyagé de ma vie", écrit-il en guise de légende. Le photoreporter palestinien ne réalisera jamais son rêve d’évasion. Touché vendredi 6 avril par des tirs de snipers israéliens à Khan Younès en couvrant "la marche du retour" rassemblant des milliers de Palestiniens à la frontière entre Gaza et Israël, le cameraman a succombé à ses blessures samedi à l’hôpital.
 

Yasser Mourtaja, qui avait créé l'agence indépendante Aïn Media ("œil", en arabe), filmait des jeunes Palestiniens qui brûlaient des pneus quand l’armée israélienne a ouvert le feu, rapporte son confrère Rushdi Serraj, à ses côtés au moment des faits. Ils se trouvaient à environ 250 mètres de la barrière de sécurité séparant l'État hébreu de l'enclave palestinienne. Les reporters se sont mis à courir jusqu’à ce que Rushdi Serraj n’entende son collègue hurler : "Je suis blessé, je suis blessé, mon estomac !".

Dossard "presse"

Une vidéo prise au moment de son transport vers l'hôpital montre Yasser Mourtaja portant un gilet pare-balles bleu avec l'inscription "presse". Selon sa famille, la balle a touché une partie de son torse qui n’était pas protégée.

Toujours avec un appareil photo à la main, le photoreporter et père d’un garçon d'un an filmait principalement le quotidien des Gazaouis étouffés par plusieurs années de blocus et d’offensives israéliens. Ses collègues décrivent un homme au sourire communicatif, qui avait travaillé pour la BBC, Vice et d’autres médias étrangers, mais aussi avec l’artiste chinois Ai Weiwei pour son documentaire "Human Flow", en 2017.

Samedi, des dizaines de proches et de confrères du journaliste ont participé à une procession entre l'hôpital et sa maison, lors de laquelle son corps était recouvert d'un drapeau palestinien et d'un gilet avec la mention "presse". Le syndicat des journalistes palestiniens lui a rendu hommage en dénonçant la "détermination de l'armée israélienne à commettre des crimes délibérés contre les journalistes palestiniens". Trois autres journalistes ont été blessés ce jour-là, selon les autorités gazaouies.

"Meurtre illégal de civils à Gaza"

Israël fait face à de vives critiques des organisations de défense des droits de l'Homme, y compris israéliennes, pour son utilisation de balles réelles contre les manifestants de la "marche du retour" organisée par les Palestiniens. Sa mort vient s’ajouter à celles des neuf autres Palestiniens tués par l’armée israélienne vendredi 6 avril, ce qui porte à 30 le nombre de victimes palestiniennes depuis le début des manifestations.

L'Union européenne s'est interrogée sur l’usage proportionné ou non de la violence tandis qu’à Genève, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme a rappelé que les tirs à balles réelles ne devaient être employés qu'en dernier recours et que leur utilisation injustifiée équivaudrait à une violation de la IVe convention de Genève.

Un groupe de plus de 70 ONG internationales opérant dans les territoires palestiniens occupés a, pour sa part, condamné le "meurtre illégal de civils à Gaza", appelant à "une enquête indépendante et transparente".

De son côté, Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF), a condamné "la réaction disproportionnée des forces israéliennes" et appelé "le gouvernement israélien au strict respect de la résolution 2222 du Conseil de sécurité sur la protection des journalistes, adoptée en 2015". L’ONG a également demandé "une enquête indépendante et la condamnation des auteurs de ce crime contre la liberté de la presse".

"Utiliser des journalistes pour mener des actes terroristes"

Inflexible, l’armée israélienne a assuré dans un communiqué "ne pas viser intentionnellement les journalistes" et annoncé l'ouverture d'une enquête. En attendant, le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a affirmé que des hommes du Hamas se faisaient passer pour des journalistes.

"Nous savons que le Hamas a utilisé, à plusieurs reprises, des journalistes (...) pour mener des actes terroristes", a-t-il déclaré en suggérant que Yasser Mourtaja utilisait un drone lorsqu'il a été tué. "(Avec) celui qui fait voler un drone au-dessus des forces (israéliennes), nous ne prendrons aucun risque".

Yasser Mourtaja était connu pour posséder un drone afin de prendre des photos et vidéos. Mais selon Achraf Abou Amra et Hosam Salem, deux journalistes qui étaient à ses côtés vendredi, il "utilisait sa caméra normale" ce jour-là.

Le ministre israélien a également ajouté que les victimes de ces derniers jours étaient majoritairement des combattants du Hamas ou d'autres groupes armés palestiniens. "Il n'y a pas de gens naïfs dans la bande de Gaza. Tout le monde est connecté au Hamas", le mouvement islamiste qui contrôle ce territoire enclavé entre Israël, l'Égypte et la Méditerranée, a-t-il affirmé sur la radio publique israélienne.

Le gouvernement de Benjamin Netanyahou accuse le Hamas d'être derrière ce mouvement de protestation organisé par des Palestiniens pour réclamer le retour des réfugiés chassés ou ayant fui leurs terres à la création de l'État d'Israël en 1948.

Et Avigdor Lieberman d'asséner : "Tout le monde reçoit un salaire du Hamas et tous les militants qui essaient de nous défier et de franchir la frontière sont des militants de la branche armée du Hamas".

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