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Ventes d’armes à l’Arabie saoudite : Paris loin derrière Washington et Londres

Le prince héritier saoudien reçu par le président américain lors de sa visite à Washigton le 20 mars 2018.
Le prince héritier saoudien reçu par le président américain lors de sa visite à Washigton le 20 mars 2018. AFP

Malgré l'appel d'ONG françaises à cesser les ventes d'armes à l'Arabie saoudite, Paris compte bien profiter de la visite de Mohammed ben Salmane pour signer des contrats. Pour l'instant, Riyad se fournit surtout aux États-Unis et au Royaume-Uni.

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Paris aimerait bien que le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) quitte la capitale, mardi 10 avril, avec des armes françaises dans ses valises. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a assuré, lundi, que la France avait un “intérêt clair” à livrer du matériel militaire au royaume wahhabite. Une manière de doucher les espoirs des ONG qui avaient appelé le président Emmanuel Macron à ne pas vendre d’armes à Riyad en raison de la guerre menée au Yémen.

>> Amnesty International : "Il est toujours inquiétant d’entendre parler de diplomatie de l’armement"

"La France pourrait envoyer un signal très fort au monde en refusant de signer des accords de livraison d’armes avec l’Arabie saoudite, en raison de sa place de troisième exportateurs d’armes au monde, mais cela ne changerait pas grand-chose à l’effort de guerre saoudien au Yémen", assure à France 24 Pieter Wezeman, spécialiste des dépenses militaires au Moyen-Orient au SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute, l’un des principaux instituts de recherche sur le désarmement).

Concurrence internationale féroce

En effet, “jusqu’à présent, la France n’a pas réussi à se faire un place importante sur le marché saoudien”, poursuit l’expert. Riyad se fournit essentiellement auprès des États-Unis et du Royaume-Uni pour équiper ses armées. La récente visite de Mohammed ben Salmane à Londres a débouché sur un accord de principe pour l’achat de 48 chasseurs britanniques, indiquant que le gouvernement de Theresa May ne comptait pas mettre un terme à une fructueuse relation commerciale. Le président américain Donald Trump a répété qu’il espérait, lui aussi, augmenter le volume des armes vendues à Riyad.

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En outre, d’autres pays sont en embuscade pour grapiller quelques pétrodollars de ce pays, deuxième plus grand importateur d'armes au monde après l'Inde : “La Chine essaie de gagner des parts de marchés en Arabie saoudite et des nouveaux acteurs comme la Corée du Sud se positionnent également”, résume Pieter Wezeman. Dans ce contexte, la France préfère jouer la carte commerciale plutôt que celle de la morale. D’autant plus que le complexe militaro-industriel français a besoin d’exporter pour pallier une commande publique atone.

Mais face à la concurrence internationale féroce, les opportunités françaises de décrocher des contrats importants ne sont pas légions. Pour Pieter Wezeman, les efforts français portent “essentiellement sur le secteur naval et la modernisation de la flotte saoudienne”. Il pense aussi que la France a des arguments à faire valoir dans le domaine de l’électronique militaire - radars, radio - grâce à l’existence de champions français comme Thalès.

Billard à trois bandes

La France pourrait aussi réussir à vendre des tanks à Riyad. “L’Arabie saoudite s’était montrée intéressée par le matériel allemand, mais Berlin ne semble plus désireux de lui vendre des armes, ce qui crée une opportunité pour Paris”, remarque l’expert du SIPRI.

Enfin, “l’Arabie saoudite cherche actuellement à développer son propre secteur militaire, et le pays a besoin d’aide extérieure pour le faire, ce qui implique vendre du savoir-faire, de la technologie et de la formation”, souligne Pieter Wezeman.

La France n’a pas non plus intérêt à froisser l’Arabie saoudite si elle veut continuer à vendre des armes à d’autres pays de la région. C’est comme un coup de billard à trois bandes puisque “c’est l’argent saoudien qui sert, notamment, à l’Égypte pour acheter du matériel militaire”, remarque le spécialiste du SIPRI. C’est peut-être ça que voulait dire Benjamin Griveaux lorsqu’il a déclaré que la France avait un “intérêt clair” qui n’était pas seulement commercial, “mais aussi diplomatique”.

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