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Afrique

En RD Congo, cinq provinces frappées par une crise humanitaire dramatique

© John Wessels, AFP | Des déplacés internes congolais poussent une embarcation pour traverser le lac Albert, près de Bunia en Ituri, et rejoindre l'Ouganda voisin.

Texte par Rémi CARLIER

Dernière modification : 13/04/2018

L’ONU organise vendredi une conférence des donateurs à Genève pour financer la réponse humanitaire nécessaire à 13 millions de personnes en RD Congo, affectées par les différentes crises qui secouent le pays.

La situation humanitaire dramatique en République démocratique du Congo, qui s’est largement aggravée depuis deux ans, a poussé l’ONU à organiser, vendredi 13 avril, une conférence internationale des donateurs. Le Bureau des Nations unies pour les Affaires humanitaires (Ocha) a déclaré en octobre le plus haut niveau d'urgence dans trois provinces du pays, une classification réservée jusque là au Yémen et à la Syrie.

"13 millions de personnes ont un besoin humanitaire urgent"

À Genève, les responsables onusiens espèrent lever 1,7 milliard de dollars (1,37 milliard d’euros) pour financer la réponse humanitaire nécessaire à 13 millions de personnes, dont 4,5 millions de déplacés internes. Les autorités de Kinshasa ont boycotté l’événement, estimant que les estimations étaient beaucoup trop alarmistes et que les déplacés internes ne s‘élevaient pas à plus de 230 000.

>> Voir le débat : la RD Congo va-t-elle boycotter la conférence de l'ONU à Genève ?

"Ce qui inquiétait les Nations unies, c'est que l'an dernier, le plan d'action humanitaire s'est retrouvé au plus bas niveau depuis 10 ans, et les humanitaires ont été dans l'incapacité de venir en aide à ces crises multiples qui se sont développées au Congo", explique Sonia Rolley, spécialiste du pays à RFI.

Les foyers de tension et les massacres se multiplient dans le pays, où la population civile paie le prix fort, notamment depuis 2016. Cinq provinces sur 26 sont particulièrement touchées.

Le Nord-Kivu, éternel brasier

Depuis 20 ans, l’est de la RD Congo est déchiré par des conflits sanglants, qu'ils soient interethniques, confessionels, ou pour le contrôle de territoire et de ressources. Dans le Nord-Kivu, région de forêt très densément peuplée, plus de 70 groupes armés opèrent. "Au Nord-Kivu, nous vivons dans un chaos total", affirmait le 9 avril l’évêque de la capitale provinciale Goma. Selon le Haut-commissariat aux réfugiés (UNHCR), plus d’un million de civils y sont déplacés internes. Près de 250 000 habitants du Nord-Kivu se sont par ailleurs réfugiés en Ouganda voisin.

Les ADF, groupe rebelle ougandais présent sur le territoire depuis 1995, sévissent dans le "triangle de la mort" entre les localités d’Oicha, Kamango et Eringeti, sur le territoire de Beni (nord de la province). Ils sont à l’origine de l’attaque contre une base de l’ONU à Semuliki, dans laquelle 15 casques bleus tanzaniens ont été tués en décembre 2017.

>> À voir : flambée de violences dans le Nord-Kivu

Depuis octobre 2014, l’ONU estime que plus de 700 civils ont péri dans les massacres frappant régulièrement le territoire de Beni, et les attribue aux rebelles ADF. D’autres observateurs donnent une part de responsabilité à l’armée congolaise.

Les groupes de combattants Maï-Maï (terme bantou qui s’applique aux groupes armés se considérant insensibles aux balles) essaiment aussi dans la région. L’Alliance des patriotes pour un Congo libre, considéré comme le plus structuré parmi ces groupes, combat l’armée congolaise à Walikale, à l’ouest de Goma. Les Maï-Maï Mazembe, membres de l’ethnie Nande, commettent fréquemment des massacres contre les populations hutus, comme en janvier 2018 où 34 civils ont été tués dans un camp de déplacés près de Lubero, au nord de Goma.

De même, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, hutus), composées en partie d’anciens génocidaires rwandais, et affaiblies aujourd’hui, sont accusées d’atrocités et de braconnage dans le parc des Virunga, à la frontière ougandaise.

Le Sud-Kivu, à la frontière burundaise, n’est pas épargné et a été classifié par l'Ocha au plus haut niveau d'urgence humanitaire. Selon le UNHCR, 545 000 personnes y sont déplacées internes, depuis que des affrontements entre milices et armée ont repris dans les territoires de Fizi et Uvira en septembre.

En Ituri, des violences jamais vues depuis 15 ans

Au nord du Kivu, la province d’Ituri connaît un soudain regain de violences depuis début février. Les ethnies d’agriculteurs Hema et d’éleveurs Lendu, qui s’y sont affrontées entre 1999 et 2003, faisant à l’époque entre 50 000 et 60 000 morts, ont repris leurs attaques réciproques. Dans le territoire de Djugu, l’épicentre des tueries, l’AFP et les agences humanitaires estiment les morts à 120 et les déplacés à plus de 300 000.

L’Ouganda voisin accueille aussi, depuis le début de l’année, un afflux massif de réfugiés (environ 70 000 personnes). L’ONG Care affirme que les femmes réfugiées ont subi "à une très grande échelle" des violences sexuelles. Les organisations humanitaires, le HCR et les autorités ougandaises sont débordés par cette crise éclair qui devrait s’aggraver dans les mois à venir, selon les prévisions du HCR.

>> À lire : près de 50 morts en Ituri, des milliers de déplacés

Le Kasaï, foyer des Kamuina Nsapu

La mort, en août 2016, du chef coutumier Kamuina Nsapu, en lutte contre les autorités, a entraîné une insurrection armée dans les trois provinces du Kasaï, au centre du pays. Le bilan de la répression par les forces armées et les combats vont de 400 morts selon l’ONU à plus de 3 000 selon l’Église catholique congolaise.

Depuis novembre 2017, les attaques de miliciens se sont multipliées. Plus d’un million de personnes ont fui les combats, avant, parfois, de regagner leurs foyers détruits. Mais le Programme alimentaire mondial des Nations Unies (PAM) avertit qu’une crise alimentaire d’ampleur sévit dans les trois provinces du Kasaï, et qu’elle pourrait se transformer en catastrophe à long terme. L’agence coordonne des vols humanitaires, qui ont pu venir en aide à 225 000 personnes en novembre. Mais "la réticence des donateurs à s'engager au Kasaï compromet cet effort. Alors que le PAM prévoit de nourrir près d'un demi-million de personnes en décembre, les caisses de l'agence onusienne sont tellement épuisées que seules des demi-rations peuvent être distribuées", déplorait le PAM fin 2017.

>> Lire le webdoc de RFI : "Violences au Kasaï"

Le Tanganyika, instable fruit du découpage du Katanga

Dans le sud-est de la RD Congo, la province du Tanganyika, bordant le lac du même nom, connaît depuis eux ans une flambée de violences. Elle s’est retrouvée isolée après le découpage administratif de la riche province du Katanga, en 2015. L’UNHCR estime à environ 600 000 les personnes déplacées par les violences intercommunautaires entre pygmées twas et bantous lubas. Autour de la capitale provinciale Kalemie, posée entre les eaux calmes du lac et la plaine fertile de la Rugumba, 67 000 déplacés bantous survivent dans 12 camps. Une dizaine d’entre eux ont brûlé en 2017, soit du fait des forces de sécurité, soit à cause d'accidents liés à la surpopulation et aux infrastructures de mauvaise qualité.

"Ceux qui demeurent dans le pays ont des difficultés à maintenir leurs activités de pêche ou d’agriculture, et ils deviennent dépendants de l’aide", souligne le HCR.

Première publication : 13/04/2018

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