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Moyen-Orient

Du 11-Septembre à l'EI, parcours d'un vétéran du jihadisme européen

© Twitter | le jihadiste Mohammed Haydar Zammar (au centre, tête découverte) filmé en 2014 lors d'un rassemblement de l'EI, en Syrie.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 20/04/2018

Les YPG ont déclaré avoir arrêté Mohammed Haydar Zammar, un Allemand d’origine syrienne accusé d'avoir participé à la planification des attentats du 11 septembre 2001. Retour sur le parcours d’un vétéran du jihadisme européen.

Il était membre de la cellule de Hambourg, groupe terroriste au cœur des attentats du 11 septembre 2001, à New York et Washington. Selon les informations du quotidien allemand Bild, Mohammed Haydar Zammar a été capturé par les Unités de protection du peuple (YPG), une milice kurde syrienne. Ce proche d’Oussama Ben Laden se trouverait actuellement dans une prison kurde.

L’information a été confirmée mercredi 17 avril par un commandant kurde qui a assuré à l’AFP que "Mohammed Haydar Zammar a été capturé par les forces de sécurité kurdes dans le nord de la Syrie" et que son interrogatoire était en cours, sans fournir plus de détails. Interrogé par France 24, le ministère allemand des Affaires étrangères n’a ni confirmé, ni infirmé. "Nous avons a reçu une information non confirmée selon laquelle Zammar a été arrêté par les forces anti-Daesh, en Syrie. Nous n’en savons pas plus sur les circonstances et le moment de l’arrestation, ni sur l’endroit de la détention", a communiqué le ministère.

La prise, si elle était confirmée par la chancellerie, serait de taille : Mohammed Haydar Zammar est "sans doute l’Allemand le plus important de l’organisation État islamique (EI)", a twitté Björn Stritzel, journaliste du Bild spécialiste des mouvements jihadistes.

Un vétéran du jihad

Le Germano-syrien de 57 ans était apparu pour la dernière fois dans une vidéo de 2014, filmé dans un rassemblement de l’EI, en Syrie, à côté d’Abou Ali al-Anbari, numéro deux de l’organisation terroriste jusqu’à son décès en 2016. Son rôle ensuite au sein de l’EI reste flou : "Avec son statut de vétéran, son passé en Syrie, et ses contacts personnels avec Oussama Ben Laden et à la cellule de Hambourg, il aurait pu être dans les rangs les plus hauts dirigeants de l’EI - ou peut-être a-t-il préféré rester en second plan", selon Björn Stritzel

Son parcours au sein des sphères jihadistes européennes, depuis le début des années 1990, laisserait pencher pour la première hypothèse. Né en 1961 à Alep, en Syrie, il a déménagé à Hambourg à l’âge de 10 ans et obtenu la citoyenneté allemande en 1982. Mais, comme l’écrit Der Spielgel dans un article de 2005, "d’une certaine manière il n’est jamais vraiment arrivé en Allemagne".

Très jeune, "Frère Haydar", comme il se faisait appeler en Allemagne, s’est rapproché des mosquées radicales de Hambourg où il a notamment rencontré Mamoun Darkazanli, considéré comme le financier d’Al-Qaïda. En 1991, il part pour la première fois en Afghanistan où il est formé au maniement des armes. Puis en 1995, il rejoint la Bosnie pour se battre aux côtés des musulmans contre les Serbes.

Rôle flou dans les attaques du 11-Septembre

En 1996, un nouveau voyage en Afghanistan avec une valise pleine de Deutsch Mark lui vaut un face-à-face avec Oussama Ben Laden dans un camp près de Kandahar, nous apprend le Spiegel. De retour à Hambourg, il prêche le jihad auprès de condisciples islamistes, dont Mohamed Atta, coordonnateur des attentats du 11-Septembre et pilote du premier avion à s’écraser contre le World Trade Center. Mais le rôle de Zammar dans l’attentat du 11-Septembre reste flou.

"Zammar était quelque chose comme un mentor spirituel pour la cellule de Hambourg et il a prétendu les avoir présentés les uns aux autres. Ce n'est pas clair s'il savait pour l'attaque prévue [du 11-Septembre]", tweete Björn Stritzel.

Interrogé par la police puis traduit devant un tribunal de Hambourg moins d’une semaine après les attaques du 11-Septembre, Zammar est finalement relâché, faute de preuves. Un mois plus tard, il s’envole pour Casablanca, au Maroc, sous prétexte d'un divorce. Mais il est arrêté en décembre 2001 par la police marocaine qui le remet à la CIA. Deux semaines plus tard, il est transféré en Syrie.

Dans les geôles syriennes

S’en suivent douze ans de captivité dans les geôles syriennes. L’homme atterrit dans la prison de Fara-Falastin, la "section palestinienne", connue pour le traitement inhumain infligé à ses prisonniers. "La prison de Fara-Falastin en Syrie est comme un iceberg. La partie la plus traître est cachée sous la surface", peut-on lire dans l’article du Spiegel qui compare les cellules à des tombeaux "où il est plus facile de mourir que de survivre". La CIA confie le premier interrogatoire du prisonnier aux "mukhabarat", les services secrets militaires connus pour leur pratique quasi-systématique de la torture.

Pour les autorités allemandes, son cas devient rapidement un casse-tête. Elles, qui ont toujours affirmé ne pas avoir été informées du transfert de Zammar en Syrie, ont finalement accès au prisonnier en novembre 2002 et l’interrogent dans sa cellule de Damas. Mais alors que le débat sur les "restitutions " [transferts de prisonniers hors cadre judiciaire afin qu'un prisonnier soit interrogé sous la torture], commence à émerger en Europe, Berlin est pris à parti. "L’État n’a-t-il pas l’obligation d’apporter assistance à un citoyen allemand comme Zamar, même si ce citoyen est un extrémiste islamiste ?", interroge le Spiegel, en 2005.

En 2006, Amnesty International publie un rapport où elle écrit que la disparition de Zammar "présente toutes les caractéristiques d’un cas de 'restitution'". Elle y affirme que le prisonnier, devenu squelettique, a été maintenu pendant au moins deux ans à l’isolement, dans une cellule de 1,85 m de long sur 85 cm de large. Certains députés allemands accusent quant à eux leur gouvernement de ne pas en faire assez pour protéger un ressortissant allemand risquant la torture et un procès inéquitable.

Libéré à la faveur d'un échange de prisonniers

En 2007, la justice syrienne condamne Zammar à mort pour son appartenance à la confrérie des Frères musulmans, mais sa peine est ensuite commuée en douze ans de prison. Il est finalement libéré en 2013, deux ans après le début de la guerre en Syrie, à la faveur d’un échange de prisonniers entre les factions rebelles islamistes et le gouvernement syrien. Il réapparait en 2014, aux côtés de l’organisation État islamique, avant de disparaître des radars jusqu'à son arrestation.

Alors que l'Allemagne avait fini par conclure, à l'issue de dix ans d'enquête, que Zammar n'était pas directement impliqué dans l'attentat du 11-Septembre malgré son rôle auprès de la cellule de Hambourg, le Germano-Syrien risque de se trouver à nouveau devant la justice allemande.

"De nouvelles charges pourraient peser contre lui s’il était transféré en Allemagne", prévient Björn Stritzel, alors que l’homme est actuellement aux mains des YPG. Mais les autorités allemandes préviennent déjà qu’une fois encore, son transfert risque d’être compliqué. "L’ambassade d’Allemagne à Damas est fermée. L’assistance consulaire pour les nationaux allemands en Syrie est donc impossible", déclare à France 24 le ministre des Affaires étrangères.

Première publication : 20/04/2018

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