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Affaire Lafarge en Syrie : que savaient l'État et les actionnaires ?

L'usine Lafarge de Jalabiya est au centre de l'affaire judiciaire qui touche la multinationale cimentière.
L'usine Lafarge de Jalabiya est au centre de l'affaire judiciaire qui touche la multinationale cimentière. Delil Souleiman, AFP

Un ex-cadre de Lafarge a affirmé à Libération que la DGSE était au courant des activités du cimentier, soupçonné d'avoir financé l'EI en Syrie. Selon Le Monde, la justice se demande si ces versements ont été cautionnés par l’actionnaire principal.

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Qui savait quoi sur les activités de Lafarge en Syrie ? Des articles publiés respectivement lundi 23 et mardi 24 avril dans Libération et Le Monde sèment le trouble. Le quotidien fondé par Jean-Paul Sartre révèle que les renseignements français étaient tenus au courant des activités du cimentier. Le Monde affirme de son côté que la justice s'intéresse à l’actionnaire principal, le Groupe Bruxelles Lambert (GBL).

Le groupe français Lafarge, qui a fusionné en 2015 avec le suisse Holcim, est sous le coup d’une enquête judiciaire depuis 2017 pour avoir financé des factions armées en Syrie - dont le groupe État islamique (EI) – entre le printemps 2013 et septembre 2014. Sa cimenterie de Jalabiya, dans le nord du pays, a continué à fonctionner malgré la guerre, mettant en péril de la sécurité de ses employés syriens. Sept cadres du groupe ont été mis en examen à ce jour.

• Que savait l'État ?

C'est la question que pose l'article de Libération en s'appuyant sur l'interrogatoire le 12 avril de Jean-Claude Veillard, ancien directeur sûreté du groupe et l'un des sept cadres mis en examen dans cette affaire. "Je ne faisais aucun tri dans les informations que je donnais aux services de renseignement", affirme Jean-Claude Veillard. "Au cours des réunions [avec les services de renseignements, ndlr], j’ai donné toutes les informations."

Selon l'agenda fourni par l'ancien commando marine âgé de 64 ans, il aurait rencontré à 33 reprises les différents services de renseignement extérieurs (DRM, DGSE) et intérieur (DGSI) français entre 2012 et 2014 dans le cadre des activités de Lafarge en Syrie. La DGSE lui aurait fourni une adresse de contact à l'intitulé extravagant : grosmarmotte@gmail.com. Jean-Claude Veillard affirme s'en être servi pour tenir au courant les services français de l'évolution de la situation de l'usine et de ses rapports avec le groupe État islamique.

Jean-Claude Veillard fait également état de contacts avec le cabinet militaire du président François Hollande "en octobre ou novembre" 2015. L'ancien directeur de sureté propose alors que l'usine soit utilisée comme base de déploiement pour l'armée française. Un email de Jean-Claude Veillard à l'ambassadeur français en Syrie daté du 28 décembre 2015 tend à prouver ses dires : "J’ai informé le directeur de la DRM et le CEMP [état-major personnel] du PR [président de la République] de cette évolution de situation.

En février 2015, des combattants kurdes des YPG reprennent le site à l’EI, qui l’occupait depuis septembre 2014, date laquelle Lafarge y a cessé toutes activités. Quelques semaines après le message de Jean-Claude Veillard, la cimenterie sert alors de base arrière aux forces spéciales occidentales, françaises et américaines.

L'association Sherpa, partie civile dans l'affaire, a demandé l'audition de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères à cette époque.

• Des actionnaires faussement naïfs ?

Selon le journal Le Monde, la police belge s'intéresse de près au principal actionnaire de Lafarge, Groupe Bruxelles Lambert (GBL), qui détenait 20 % des parts du cimentier à l’époque des faits. Elle soupçonne celui-ci d'avoir fermé les yeux sur les activités de la filiale syrienne et ses liens avec le groupe État islamique.

Quatre responsables de GBL ont été entendus le 13 décembre 2017 par la police belge. Selon Le Monde, les quatre hommes ont affiché une ligne de défense similaire, à savoir que CBL n'avait qu'une approche "financière" concernant cette entreprise, affirmant n'avoir aucune information sur les activités syriennes. Ian Gallienne, l'un des interrogés, a expliqué aux policiers qu'entre l'usine et les actionnaires il y a "sept ou huit niveaux". Nous ne sommes pas des gestionnaires mais des investisseurs financiers", résume-t-il.

Les quatre dirigeants ont été placés sur écoute durant le mois ayant précédé leur audition. Celles-ci révèlent une certaine fébrilité concernant les poursuites judiciaires. Gérald Frère, un autre des responsables entendus par la police belge, parle d'un conseil d'administration ayant "joué au naïf parce que ça l'arrangeait bien".

Si la ligne de défense n'a pour le moment été contredite " par aucun des derniers éléments de l’enquête", insiste Le Monde, " Elle n’en soulève pas moins de sérieuses questions sur la gouvernance de Lafarge et le manque de curiosité de son principal actionnaire."

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