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FRANCE

"Qu’est-il arrivé à l’oncle Frank ?" : une famille australienne sur les traces de la Grande Guerre

© Libby Troy | La famille Curtis sur les lieux où ils ont enterré un morceau du violon de leur oncle Frank.

Texte par Claire PACCALIN

Dernière modification : 25/04/2018

Les Australiens commémorent le 25 avril l'Anzac Day, en hommage à leurs soldats qui ont participé à la Première Guerre mondiale. Chaque année, ils sont nombreux à se rendre en France sur les pas de leurs ancêtres, comme la famille Curtis.

Comme chaque année, le 25 avril, les Australiens célèbrent l'Anzac Day, du nom des forces armées australiennes et néozélandaises (Australia and New Zealand Army Corps) qui ont combattu lors de la Première Guerre mondiale. Ils rendent ainsi hommage à leurs compatriotes tombés pendant la Grande Guerre. Des milliers d’entre eux participent tout au long de la journée à des cérémonies dans la Somme, une région française où leurs ancêtres se sont tout particulièrement battus. Un voyage pour se souvenir du sacrifice de leurs aïeux.

Matthew Curtis fait partie de ces pèlerins. Il n’a jamais eu la chance de rencontrer son grand-oncle Frank. Contrairement à son frère Ernie, qui s’est aussi battu dans les tranchées françaises lors de la Grande Guerre, mais qui a survécu, Frank n’est jamais rentré en Australie. Il  a été tué sur l’un des champs de bataille de la Somme. Entre 1914 et 1918, 420 000 de ses concitoyens se sont engagés aux côtés des alliés dans ce conflit. "Notre famille s’est toujours demandé ce qui était arrivé à l’oncle Frank. Elle se souvenait de lui comme d'un jeune homme convenable qui avait quitté son foyer pour se battre au nom d’une toute jeune nation. La violence à laquelle il a été confronté lors de la Première Guerre mondiale a dû être inimaginable", estime Matthew Curtis.

Un portrait du soldat Frank Curtis
© Famille Curtis

 
Un crime de guerre ?

Frank Curtis a été tué le 5 avril 1918 lors de la bataille de Dernancourt, un village de la Somme. Le jeune homme, âgé de 26 ans, faisait partie du 47e bataillon australien (47th Battalion) et n’était en France que depuis 12 semaines et un jour.

Comme lui, près de 60 000 Australiens ont perdu la vie au cours de ce conflit. Dans l'Official History of Australia in the War of 1914-1918 de l'historien C. E. W. Bean, publié après le conflit, rares sont ceux qui sont mentionnés par leur nom. Frank Curtis fait exception. Une note de bas de page mentionne sa mort "d’une rare brutalité". Des témoignages recueillis par la Croix Rouge donnent des informations contradictoires, mais selon le récit d'un sergent, cité dans ce livre, Frank a été victime d’un crime de guerre alors qu'il venait d'être fait prisonnier : "Alors qu’il sortait d’une tranchée, un officier ennemi a demandé qui il était. Curtis  lui a répondu : 'Nous sommes australiens'. Sans un mot, l’officier allemand a sorti son revolver et lui a tiré dans l’estomac".

Le jeune soldat australien n’a pas de tombe connue et, cent ans après sa disparition, Matthew Curtis ne saura jamais avec certitude si son grand-oncle a été exécuté sommairement. Mais après avoir passé des heures dans des salles d’archives en Australie, son petit-neveu a ressenti le besoin de se rendre sur le lieu de sa mort. Accompagné de ses cousins, Hugh et Libby, il a fait le voyage jusqu’en France, le 5 avril 2018, cent ans jour pour jour après la mort de l’oncle Frank.

"Vous serez toujours les bienvenus"

Avant le départ, le petit groupe avait d'abord pensé prendre dans sa valise un peu de terre de Tambourine Mountain, la région du Queensland où le soldat australien a grandi. Mais les fortes pluies qui ont transformé le sol en boue ont rendu ce projet impossible et les ont forcé à opter pour un plan B. À la place, ils ont choisi d’apporter avec eux un morceau du violon de leur oncle.

Le violon de Frank Curtis abîmé au fil des années par des termites
© Famille Curtis

 
Arrivé à Dernancourt, les Curtis ont rencontré un ancien gendarme, Thierry Saudemont, qui les a remerciés pour le sacrifice des Australiens dans la libération de son village. Dans un anglais approximatif, il les a ensuite invités à prendre le café à la mairie : "Vous les Australiens, vous pouvez frapper à n’importe quelle porte de Dernancourt. Vous serez toujours les bienvenus".

L’ancien maire Lionel Lamotte n’a pas tardé à les rejoindre et une bouteille de champagne a été débouchée pour l'occasion. Un autre couple d’Australiens qui passait dans le village pour le même pèlerinage a aussi été convié à ce verre de l’amitié. En mars et avril 1918, 1 230 Australiens ont été tués ou blessés à Dernancourt. Leurs descendants ne les ont pas oubliés.

"Improvisé, digne et charmant", c’est par ces mots que Matthew Curtis a décrit ce rassemblement dans la mairie. "L’ouverture et la générosité d’esprit, c’est ce que Frank a connu à Tambourine Mountain. Ce sont les mêmes sortes de personnes qu’on retrouve ici. C’est un univers familier". Son cousin, Hugh Curtis, un violoniste comme son grand-oncle, a lui aussi été submergé par une vague d’émotions : "J’étais tellement ému que j’ai essayé de ne pas m’effondrer".

La famille Curtis à la mairie de Dernancourt
© Libby Troy

 
De retour en Australie, il souhaite transmettre cette expérience aux autres membres de la famille : "Les personnes qui ont vécu cette période ont toutes disparu. C’est donc à nous de le faire désormais". Après une décennie de recherches, Matthew Curtis a versé des larmes de joie. Un morceau du violon de l’oncle Frank est désormais enterré à Dernancourt et un peu de terre de ce village français a fait le voyage retour jusqu’en Australie. Après les contrôles d’usage, elle sera dispersée à Tambourine Mountain. Le mystère autour des circonstances précises de la mort de Frank ne sera jamais résolu, mais la famille Curtis a accompli sa mission. Elle est désormais en paix avec ce douloureux passé.

Cet article a été traduit à partir de l'original en anglais.

Première publication : 25/04/2018

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