Accéder au contenu principal

Arménie : Nikol Pachinian, l'opposant qui a fait tomber Serge Sarkissian

L’opposant Nikol Pachinian, le 26 avril 2018, lors d'une manifestation à Erevan.
L’opposant Nikol Pachinian, le 26 avril 2018, lors d'une manifestation à Erevan. Karen Minasyan, AFP

L'opposant Nikol Pachinian est l’homme qui a fait tomber lundi le Premier ministre arménien Serge Sarkissian, en prenant la tête d’un mouvement de protestation qui ne faiblit pas. Il se dit désormais "prêt à diriger le pays". Portrait.

Publicité

Il est le visage de la contestation en Arménie, la voix des dizaines de milliers de protestataires qui se rassemblent quotidiennement depuis le 13 avril dans le centre de la capitale Erevan. L’opposant Nikol Pachinian, 42 ans, barbe grisonnante, très souvent affublé d’une casquette de couleur sombre et d’un tee-shirt à imprimé militaire, incarne pour eux l’espoir. Celle d’une Arménie débarrassée de la corruption et de la pauvreté qui touche 30 % des 2,9 millions d'habitants de cette ex-république soviétique du Caucase du Sud, d’après des statistiques officielles.

>> À voir : À Erevan, les étudiants en première ligne des manifestations

Nikol Pachinian a gagné une première bataille dans ce processus qui sera long. Lundi 23 avril, poussé par le mouvement populaire mené par l’opposant, le Premier ministre Serge Sarkissian a démissionné. Président pendant 10 ans, ne pouvant pas prétendre à un troisième mandat, il venait d’être élu à ce poste aux pouvoirs renforcés grâce à une réforme constitutionnelle votée en 2015, laissant au chef de l’État des fonctions essentiellement honorifiques. Serge Sarkissian, en plus d’être suspecté de vouloir s’accrocher à vie au pouvoir, était accusé ne pas avoir profité de sa décennie à son poste pour réduire les inégalités sociales.

"Nikol Pachinian appelle à poursuivre la contestation jusqu'au bout"

Député au Parlement depuis 2017 avec le parti qu’il a créé, "Contrat civil", Nikol Pachinian veut être celui qui fera reculer pauvreté et corruption. Interrogé lors d'une conférence de presse devant des correspondants étrangers pour savoir s'il était prêt à prendre la tête du gouvernement, il ne s’est pas dérobé : "Si le peuple me confie cette responsabilité, je suis prêt à l'assumer."

"Audacieux et créatif"

Cet ancien rédacteur en chef d’un journal contestataire dispose d’une place tout à fait à part dans le paysage politique arménien. "Pachinian est différent de la plupart des personnalités de l'opposition car il est audacieux, il n'a pas peur, il est créatif", explique le sociologue Guevorg Pogossian.

>> À lire : L'Arménie en quête d'un nouveau gouvernement après la démission de Serge Sarkissian

Avant le début du mouvement, entouré de ses partisans, l’opposant a parcouru à pied les 200 kilomètres séparant Gioumri, deuxième ville du pays, et Erevan, dormant parfois à la belle étoile. Une créativité pour exister sur la scène politique également éprouvée durant la campagne des dernières élections législatives, au cours de laquelle il a multiplié les meetings improvisés dans des arrière-cours ou sur des toits de garage.

Connu pour ses talents oratoires et son franc-parler, "on pourrait le comparer à Jean-Luc Mélenchon", se risque un observateur qui souligne aussi "l’intelligence" de l'ancien journaliste.

Mais son nom est aussi associé à un souvenir plus tragique. En 2008, il fait alors (déjà) partie des meneurs d’une contestation contre la victoire à la présidentielle de Serge Sarkissian. Les manifestations se transforment en émeutes et en bataille rangée contre la police. Le bilan est lourd : 10 personnes tuées. Ce père de quatre enfants passe alors dans la clandestinité pendant plusieurs mois avant de se rendre à la police en 2009. Condamné à sept ans de prison en janvier 2010, il sera libéré en 2011 à la faveur d'une amnistie.

"L'opposition arménienne, c'est lui"

"L'opposition arménienne, aujourd'hui, c'est lui", estime l'analyste Alexandre Iskandarian, interrogé par l’AFP. Nikol Pachinian se rêve désormais "candidat du peuple" et appelle à poursuivre les protestations antigouvernementales jusqu'à une "capitulation" totale du parti au pouvoir. Car il le sait, sans démission du Parlement, il n’a que très peu de chances d’être élu Premier ministre lors de l'élection organisée le 1er mai, malgré l'alliance politique qu'il a formée avec deux autres partis intitulée "Sortie". Le Parti républicain de Serge Sarkissian dispose en effet de 65 sièges sur 105. Nikol Pachinian réclame leurs démissions et des élections législatives anticipées "dans les plus brefs délais (...), dans un ou deux mois".

"Force est pourtant de constater que le pari a été jusque-là gagnant en terme de mobilisation. Et que, dans sa capacité à cristalliser les colères et les frustrations, Nikol Pachinian a réalisé un sans-faute. Mais le plus difficile reste à faire : transformer le rejet en espoir et lui donner un contenu politique", estime Ara Toranian, coprésident du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France (CCAF) et directeur des Nouvelles d’Arménie Magazine. Une chose est certaine, l’ancien fugitif ne compte cette fois pas se dérober.

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.