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Deutsche Bank taille dans sa branche d'investissement pour survivre

© AFP | Les tours de la Deutsche Bank, le 26 avril 2018 à Francfort

FRANCFORT (AFP) - 

Deutsche Bank veut stopper l'hémorragie en taillant dans sa branche d'investissement et en se recentrant sur l'Europe, a annoncé jeudi le nouveau patron de la première banque allemande, sans détailler l'ampleur de ce plan d'austérité.

Ce changement de cap, objet de spéculations depuis des semaines, était attendu suite au remplacement express de l'ancien patron britannique John Cryan, le 8 avril, par l'Allemand Christian Sewing, après la chute de près de 30% du titre en Bourse depuis janvier et au sortir d'un troisième exercice d'affilée de perte.

La mesure prioritaire pour sortir l'ex-joyau de la finance allemande de la crise: des coupes dans la banque d'investissement, jadis sa locomotive mais qui est devenue un boulet à traîner avec une série d'affaires judiciaires et une rentabilité en berne.

Les activités américaines de Deutsche Bank seront les premières concernées, ainsi que celles en Asie, a indiqué un communiqué de la banque.

"Nos racines sont en Europe - nous voulons offrir des solutions de financement globales aux entreprises et aux clients institutionnels", a commenté Christian Sewing, 47 ans, responsable jusqu'à début avril de la banque de détail et des petites entreprises, et qui aura donc mis à peine plus de deux semaines pour annoncer cette réorientation.

Dans le conseil en restructurations et la distribution de crédits, l'accent va être mis sur les clients européens, au détriment des Etats-Unis. De même, le négoce sur les actions et des services offerts à des fonds d'investissement sont appelés à disparaître en partie.

- Combien d'emplois perdus ? -

Deutsche Bank dit vouloir, à la place, se recentrer sur la gestion internationale des paiements et le négoce des devises, où elle occupe encore une position dominante. Ces activités, en ajoutant la banque de détail incluant le réseau de Postbank et la gestion d'actifs sous la marque DWS, devraient constituer un pilier de 65% des "sources de recettes plus stables", explique l'établissement.

L'annonce n'est pas jugée particulièrement ambitieuse, alors que ces activités généraient déjà 62% des ventes de la "Deutsche" en 2017, selon le quotidien allemand Handelsblatt.

Ce revirement stratégique sera "associé à des pertes d'emplois dans le régions et les zones concernées", a laconiquement indiqué la banque, sans pouvoir chiffrer le nombre d'emplois menacés.

En ce qui concerne les coûts de restructuration, le directeur financier de Deutsche Bank, James von Moltke, a annoncé qu'ils étaient réévalués à la hausse, soit 800 millions d'euros au lieu des 500 millions précédemment budgétisés, sans pouvoir se prononcer sur un plan au-delà de l'année en cours.

2018 a d'ailleurs mal commencé pour Deutsche Bank. Ses résultats trimestriels sont en-dessous des pronostics des analystes, déjà pessimistes. Le bénéfice net s'est affiché entre janvier et mars en baisse de 79% à 120 millions d'euros.

- Retrouver la "fierté" -

Les recettes ont chuté de 13% dans la banque d'investissement, et sont aussi en recul dans la gestion d'actifs - dont un cinquième du capital est entré en Bourse - et la banque de détail.

Les coûts ont augmenté de 2% à 6,45 milliards d'euros sur un an, alors que la banque entend les réduire à moyen terme.

Le nouveau patron, Christian Sewing a qualifié ses résultats trimestriels d'"inacceptables" pour ses actionnaires.

Il a par ailleurs appelé ses troupes à la cohésion, après l'éviction la semaine dernière de l'une des membres du directoire, qui avait publiquement qualifié Deutsche Bank d'entreprise "la plus dysfonctionnelle" dans laquelle elle ait jamais travaillé.

"Une vision claire, de la discipline dans les opérations, et la fierté de travailler pour une banque audacieuse qui avaient fait de nous l'une des institutions financières les plus en pointe, vont nous permettre de renouer avec l'excellence", a exhorté M. Sewing.

La banque n'a pas formulé de prévision de résultat pour 2018.

A la Bourse de Francfort, le cours de Deutsche Bank, après avoir chuté en début de séance, prenait en milieu de matinée 0,55% à 12,06 euros dans un Dax évoluant en hausse de 0,06%.

© 2018 AFP