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Ultra-féminin et décomplexé, le Tribeca film festival de New York à la sauce #MeToo

Un événement est organisé par le collectif "Time's Up" durant le festival du film de Tribeca, à New York, le 28 avril 2018.
Un événement est organisé par le collectif "Time's Up" durant le festival du film de Tribeca, à New York, le 28 avril 2018. Roy Rochlin, AFP

Le festival du film de Tribeca, qui s'est tenu à New York jusqu’à dimanche, a affiché une programmation résolument féminine. Une sélection rafraîchissante, alors que réalisatrices et personnages féminins sont trop souvent cantonnés aux seconds rôles.

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correspondante à New York

“Les femmes ne sont pas juste des épouses ou des filles. Nous sommes pleines de complexités." Ces mots, prononcés par l’actrice américaine Sienna Miller à New York, résument bien l’édition 2018 du festival de film de Tribeca, qui s'achève ce dimanche.

Une édition résolument engagée et féministe, six mois après le scandale Harvey Weinstein et l’émergence du mouvement #MeToo, alors que la question de la place des femmes dans l’industrie du cinéma est plus que jamais posée. Une place bien trop timide dans ce milieu dominé par des hommes, comme en attestent des chiffres éloquents : en 2017, seuls 24 % des protagonistes présents dans les films les mieux classés au box office étaient des femmes. Pire, ce chiffre est en baisse de 5 % par rapport à l’année précédente. Quant aux réalisatrices, elles sont encore moins visibles que leurs personnages féminins : selon le Centre d'études sur la place des femmes à la télévision et au cinéma de l'Université d'État de San Diego, seuls 7 % des 250 films ayant engrangé le plus de recettes en 2017 ont été réalisés par des femmes.

Toutefois, à Tribeca, ces statistiques semblent appartenir à un autre monde. Les organisateurs  de ce festival, créé après les attentats du 11 septembre pour insuffler vie et culture dans la zone meurtrie de New York, ont opté pour la parité et 46 % des films présentés sont les œuvres de femmes - un record pour cet événement. "J’aurais aimé pouvoir atteindre l’égalité parfaite. Mais nous espérons que cela servira de précédent pour d’autres festivals, et pour l’industrie en général”, avoue, confiante, Cara Cusumano, la directrice de la programmation. “Les créateurs et le public sont tous en train de se dresser contre les structures de pouvoir et les injustices qui empêchent les femmes de se faire entendre.”

Grandes dames

Haifaa al-Mansour est l’une des réalisatrices mises en avant. En tant que première femme saoudienne à exercer ce métier, elle incarne parfaitement cette opposition aux structures établies. “Quand j’étais jeune en Arabie saoudite, j’ai pris la décision de ne pas prêter attention à ceux qui me disaient : ‘Tu ne peux pas aller là, tu ne peux pas faire ça’. Si je voulais aller quelque part, j’y allais”, dit-elle, avec un grand sourire, lors d’une conférence organisée durant le festival et animée par “Time’s Up”, le collectif formé par des actrices d’Hollywood pour lutter contre les violences sexuelles.

Celle à qui l'on doit le film “Wajda” a surmonté de nombreux obstacles pour réaliser son premier long-métrage, jusqu’à devoir se cacher dans un camion durant le tournage en Arabie saoudite. Aujourd’hui, elle présente “Mary Shelley”, un film inspiré de la romancière britannique qui a écrit Frankenstein. Une manière de rendre hommage à cette femme à qui il fut interdit de signer son roman de son nom, les éditeurs de l’époque (fin du 19ème siècle) préférant prétendre que l’œuvre avait été écrite par son mari, Percy Shelley.

À Tribeca, les femmes ne sont pas seulement présentes derrière la caméra mais aussi à l’image. Sur les écrans des salles obscures disséminées dans le sud de Manhattan, elles incarnent des personnages résolument modernes et libres qui parlent, chantent, jouissent.

Authenticité

Ainsi, dans “Blue Night”, la plus new-yorkaise des actrices, Sarah Jessica Parker, campe une chanteuse leader d’un groupe dont la carrière et les tournées à travers le monde ne lui laissent pas le temps d’élever sa fille, qui vit chez son père. Dans “The Miseducation of Cameron Post”, une adolescente tombée amoureuse d’une fille est envoyée par sa famille dans un centre de thérapie, tentative - ratée - de lui faire retrouver la voie de l’hétérosexualité grâce à Dieu. Les films “Duck Butter” et “Dry Martina” mettent quant à eux en lumière des femmes au grand appétit sexuel. L’émancipation par le désir et la liberté sexuelle est également le sujet de “Slut in a good way” (“Salope de manière positive”).

Des femmes et jeunes femmes souvent décrites comme "décomplexées". Mais Cara Cusumano préfère les qualifier d'“authentiques”. “À Tribeca, nous aimons les personnages qui nous surprennent et qui sont vrais. Or, les personnages féminins dans les films grand public ont tendance à n’être que secondaires ou en deux dimensions.”

En parallèle de la fiction, le festival n’a pas oublié de questionner le regard porté par la société sur la gente féminine à travers des documentaires comme “Tiny Shoulders : rethinking Barbie”. Ce dernier nous fait suivre de près les évolutions et la quête de sens opérée chez Mattel. Le fabricant de la célèbre poupée a lancé, en 2016, plusieurs nouveaux modèles dont une Barbie “avec des courbes”. Une tentative de redorer l’image de la marque, longtemps critiquée pour avoir mis entre les mains de millions de petites filles des représentations fantasmées de femmes aux mensurations impossibles. “On arrive trop tard”, lâchera néanmoins, dans une scène, une responsable de la marque, dépassée par la rapidité avec laquelle la société évolue.

Au passage, le film rappelle que Barbie était à l’origine un symbole progressiste. La poupée blonde aux yeux bleus munie d’une poitrine avait été conçue dans les années 1950 dans l’idée de permettre aux fillettes, jusque là encouragées à jouer à la maman avec des poupons représentants des bébés, de se projeter en femmes adultes et de rêver à leurs carrières futures. À croire que ces dernières sont finalement en train de réaliser leurs rêves.

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