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Espagne : la protestation enfle contre le jugement disculpant la "meute" de viol

Troisième jour de manifestation à Pampelune, dans le nord de l'Espagne, samedi 27 avril 2018.
Troisième jour de manifestation à Pampelune, dans le nord de l'Espagne, samedi 27 avril 2018. AFP

Nouvelle manifestation massive en Espagne samedi contre le jugement disculpant de "viol" cinq hommes ayant abusé d'une jeune femme et se qualifiant eux-mêmes de "meute". Même des carmélites se sont jointes aux critiques depuis leur couvent.

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Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi 28 avril à Pampelune, dans le nord de l'Espagne, au troisième jour d'un vaste mouvement de protestation dans ce pays contre un jugement disculpant de "viol" cinq hommes ayant abusé d'une jeune femme.

Le slogan "ce n'est pas un abus sexuel, c'est un viol !", a résonné dans les rues de la capitale de la région de Navarre, comme chaque jour depuis que le jugement contesté y a été rendu. À l'appel du Mouvement féministe de la ville, "32 000 à 35 000 personnes ont participé à cette marche très tranquille mais très revendicative", a déclaré à l'AFP un porte-parole de la police municipale.

Cinq Sévillans, âgés de 27 à 29 ans, qui se surnommaient eux-mêmes "La meute", avaient été condamnés jeudi à une peine de neuf ans de prison chacun, pour "abus sexuel" sur une Madrilène de 18 ans pendant les fêtes de la San Fermin de l'été 2016, aggravé d'"abus de faiblesse".

Ils avaient filmé leurs actes et s'en étaient vantés sur Whatsapp, tandis qu'au procès, la jeune fille avait dû se justifier d'avoir eu une attitude passive face à eux. Leurs avocats soutenaient que la victime, qui avait auparavant bu de la sangria,  était consentante puisque qu'elle n'avait jamais semblé dire "non" à l'image.

Nouveau procès

Finalement, les juges n'ont pas retenu la notion de "viol", pour lequel le Code pénal espagnol stipule qu'il doit y avoir eu "intimidation" ou "violence".

Cependant, dans leur jugement, les magistrats ont considéré "indiscutable que la plaignante s'était soudain trouvée dans un lieu étroit et caché, entourée par cinq hommes plus âgés et de forte carrure qui l'avaient laissée impressionnée et sans capacité de réaction". Un nouveau procès devrait avoir lieu.

Dès vendredi, le parquet de Navarre notamment avait annoncé qu'il ferait appel du jugement, en maintenant que "les faits sont constitutifs du délit d'agression sexuelle (viol)". Le gouvernement conservateur espagnol de Mariano Rajoy s'était empressé d'annoncer qu'il étudierait l'éventualité d'une révision du Code pénal.

Pétition massive

Mais la contestation n'a cessé d'enfler, de nombreux Espagnols s'indignant qu'un des trois juges se soit prononcé pour la relaxe des cinq hommes.

Des personnalités très différentes se sont impliquées dans le débat, telle la puissante dirigeante de la banque Santander, Ana Botin, qui a glissé sur Twitter que le jugement était "un recul pour la sécurité des femmes".

L'ancienne juge Manuela Carmena, maire de Madrid, a aussi considéré que "ce jugement ne répond pas aux exigence de justice des femmes" et souhaité qu'il soit cassé.

Fait rare : plus d'1,2 million de personnes ont déjà signé une pétition adressée au Tribunal suprême pour réclamer la révocation des juges ayant pris la décision.

Le mouvement de protestation n'a pas fini d'agiter les réseaux sociaux. Même des carmélites cloîtrées, de l'ordre des Moniales déchaussées, ont fait sensation en postant un texte sur Facebook, se concluant par le slogan "ma soeur, moi je te crois", couramment repris dans le pays à l'attention de la victime de Pampelune.

"Nous voulions qu'il y ait une voix dans l'Église qui critique ce jugement", a dit à l'AFP soeur Mariluz, porte-parole des 16 religieuses du monastère d'Hondarribia au Pays basque.

Avec AFP

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