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Les Tunisiens boudent les urnes pour les premières municipales libres du pays

"Nous votons pour nous et pour nos enfants..." : une affiche pour inciter les Tunisiens à voter, sous un abribus, le 4 mai 2018.
"Nous votons pour nous et pour nos enfants..." : une affiche pour inciter les Tunisiens à voter, sous un abribus, le 4 mai 2018. Fethi Belaïd, AFP

Les premières élections municipales libres en Tunisie depuis la révolution de 2011 se sont tenues dimanche 6 mai. Le parti islamiste Ennahda et la formation laïque Nidaa Tounès devraient dominer le scrutin en dépit d'une forte abstention.

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Les Tunisiens ont voté sans enthousiasme, dimanche 6 mai, lors des premières élections municipales libres depuis la révolution de 2011. Seuls 33,7 % des électeurs se sont déplacés, selon l'instance en charge des élections (Isie). Un revers pour la classe politique.

Le président Béji Caïd Essebsi avait pourtant appelé vendredi à une "participation massive". "Ce dimanche ne sera pas comme les autres jours. Pour la première fois, le peuple tunisien est appelé à participer à des élections municipales, un événement qui paraît ordinaire alors qu'il est très important !", s'était-il exclamé.

Après les premières élections pour désigner une Assemblée constituante en 2011, puis les législatives et la présidentielle en 2014, les municipales ont été repoussées par quatre fois en raison de blocages logistiques, administratifs et politiques. Ce scrutin, qui devrait voir émerger une nouvelle génération d'élus, sera suivi de législatives et d'une présidentielle en 2019.

>> À lire : "Tunisie : la fin de l’Instance vérité et dignité, 'un oui à l’impunité' ?"

Des "débordements" et l'abstention

Quelques incidents ont été constatés dans le bassin minier, où un boycott a touché plusieurs bureaux après une confusion entre des bulletins de vote à l'ouverture. Le parti Nidaa Tounès a déploré des "débordements", estimant qu'ils entachent "la crédibilité et la légitimité du scrutin", sans plus de précision.

Les observateurs s'attendaient à cette forte abstention. Sept ans après la révolution, qui avait suscité de nombreux espoirs, beaucoup de Tunisiens se disaient démobilisés face à l'inflation qui frôle les 8 %, au chômage persistant au-dessus des 15 %, et aux arrangements entre partis.

"Ces municipales ne vont rien changer pour nous. Nous serons toujours sur la même charrette sans roue, ni cheval", a lancé une femme au foyer de 34 ans, Hlima, pendant la campagne.

Dimanche, 11 185 bureaux de vote ont accueilli les Tunisiens qui élisaient les conseillers municipaux lors d'un scrutin proportionnel à un tour. Ces conseillers devront, à leur tour, élire les maires. Ils ont jusqu'à mi-juin pour le faire.

Plus de 57 000 candidats étaient en lice, dont la moitié de femmes et de jeunes. Sur les 2 074 listes en course, 1 055 étaient issues de partis, 860 indépendantes et 159 de coalition, selon les chiffres de l'Isie. Les résultats sont attendus dans les prochains jours.

Décentralisation

Ces municipales marquent le premier pas tangible de la décentralisation, inscrite dans la Constitution et l'une des revendications de la révolution.

Sous la dictature, les municipalités ne géraient qu'une partie du territoire et n'avaient que peu de pouvoir de décision, étant soumises au bon vouloir d'une administration centrale souvent clientéliste.

Mais le pays est désormais doté d'un Code des collectivités locales, voté in extremis fin avril, qui en fait pour la première fois des entités administrées librement et disposant d'un début d'autonomie.

Pour des experts, les deux poids lourds de la vie politique, les islamistes d'Ennahda et la formation laïque Nidaa Tounès, qui sont les seuls à avoir présenté des listes dans toutes les municipalités ou presque, pourraient en emporter une bonne partie.

Ennahda a indiqué sa volonté de poursuivre à l'échelon local le consensus forgé avec Nidaa Tounès sur le plan national.

>> À voir, notre reportage : "Tunisie : en campagne, le parti Ennahda défend sa nouvelle image"

Avec AFP

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